‹ Les fonctions hépatiquesChapitre 16 sur 30 · I.E FOIE SANGUFW · texte numérisé non relu

I.E FOIE SANGUFW

plus concluanles encore ; certains dialxHic|ues, même strlctemenl soumis au régime carné, con.tinuent à excréter du sucre en grandes jiroporlions. Kulz et iNaunyn ont constaté que l’ingestion de caséine ou de viande en exces augmente la glycosurie. Nous avons constaté, de même, que, chez les individus présentant de la glycosurie alimentaire, un fort repas composé de viandes et de peptones sullisait pour faire apparaître la glycosurie.

"De Renzi et Reale ont pu, chez des diabétiques qui, grâce au régime, ne présentaient plus de glycosurie, la faire réapparaître par ingestion de nucléine. Par les courants de haute fréquence, qui augmentent la désassimilation de la nucléine, ils ont pu provoquer également la glycosurie, en même temps que s’élevait le chiflre de l’acide urique dans l’urine.

Bien d’autres expériences démontrent cette transformation, qu’elle ait lieu, ou non, au niveau du foie; on sait, d’après les expériences de MinkoAvski, que, chez le chien dépancréatisé, on constate la transformation en sucre de 45 à 6o pour loo de l’albumine qu’il désassimilc.

Il en est demômepourlaglycosuriephloridzique, qu’on l’interprète par un excès de perméabilité rénale au sucre, comme le fait NlinkoAvski, ou par la formation même de sucre au niveau du rein.

Comment se fait cette transformation ? Ch. Bouchard, partant de la formule de constitution de l’albumine donnée par A. Gautier, calcule qu’une molécule d’albumine donne, en sedédou-

i/io FOXCTIONS HÉPATIQUES EN PAUTICVUEH

blant, cinq molécules de glycogène (jui, en s’hydralanljlburnissenlcinqmoléculesdc glucose. Kn poids, le rendement maximum ])révu sera de de glucose pour loo grammes d’albumine.

Kn conséquence, on devra trouver, pour un diabétique au régime carné, le rapport urinaire maximum de 3’’”',7 tle glucose pour i gramme d’azote. Or cliez les ebiens dépancréatisés, Minkowski a trouvé le rajjporl de de

sucre pour i d’azote urinaire. Dans le diabète pbloridzique, les chiffres de sucre sont plus, élevés encore et atteignent, pour Meliring, le rapport de i à 33.

Par quels intermédiaires se l'ont ces transformations ? Cbimiquement, on obtient des hydrates, de carbone ou des glycosamines par dédoublement de la molécule albuminoïde, aux dépens des gélatines (Gerhardt), des glycoprotéides (mucine notamment), de la nucléine, de l'albumine d’œul (KraAvkoAv) et du jaune d’œuf (Seemann, Blu menthal et Mayer).

Parmi les produits de dédoublement des albuminoïdes pouvant donner des hydrates de carbone, nous citerons aussi la leucine : Cohn, récemment, a vu que l’ingestion de leucine augmente, d’une façon certaine, le glycogène du foie.

Enfin, par traitement de la jécorine, substance isolée du foie par Drechsel, mais qui se retrouve on moindres proportions dans d’autres organes,, on a pu obtenir un hydrate de carbone qui,, d’après Manasse, ne serait autre que du glucose.

Seegen a démontré qu’il y avait lormation

LE FOIE SANGUIN

ihi

directe de sucre dans le foie aux dépens des peptones ; l’ingestion de peptones augmente, en ellet, la cpianlilé de sucre.

Seegen avait même cru obtenir du sucre par simple digestion, in vitro, de peptone avec le tissu hépatique broyé. Mais ce résultat n’est pas admis par Lépine.

De nouvelles expériences préciseront, probablement, davantage le rôle propre du foie dans la transformation des albumines en sucre.

b. Formation du sucre aux dépens des graisses. — Cette transformation est très probable, et semble résulter des expériences de Seegen, de Chauveau, de Rumpf. Contejean, Hartogb et Schumm l’admettent, en particulier, pour la glycosurie pbloridzique. Mais d’après Bouchard et Desgrez, elle n’aurait pas lieu au niveau du foie.

Seegen a vu qu’après une alimentation grasse, prolongée 3 à 4 jours, le foie est plus riche en sucre : en mettant un fragment de foie en présence de graisse et d’un peu de sang, il a vu se former du sucre dans le mélange ; mais cette expérience devrait être confirmée.

11 se passerait probablement, dans le foie, un processus analogue à celui que l’on connaît bien, dans le lègne végétal, pour les graisses oléagineuses, qui se transforment en amidon et en sucre. Tliéoriquement, il sulliraitde 5o grammes de graisse j)our loo grammes de sucre, ’ tandis que 3oo grammes de viande seraient nécessaires à la meme transformation.

i'i3 FONCTIONS HÉPATIQUES EN PAHTICUUEIi

Les expériences de Nasse semblent prouver (pie la consommation des graisses se l'ait surlout dans le l’oie : cet auteur pense que le l'oie détruit celle graisse, et même que c’est au niveau du l’oie que se détruit la graisse venue du tissu adipeux.

Tout récemment, MM. Boucliard et Desgrez ont reconnu expérimentalement que le glycogène liépaticpie provient de la transformation, jiar le foie, des hydrates de carbone alimentaires, et de la destruction de l’albumine, tandis que le ^dycogène musculaire provient de l’oxyclation incomplète de la graisse, et, accessoirement, du sucre sanguin :

Si l’inanition fait tomber le glycogène d’un kilogramme de foie de G6''‘',3o à 29^', 54, l’alimentation copieuse par la graisse, succédant à l'inanition, abaisse encore le chifl're du glycogène à comme si l’inanition continuait: la graisse

ne paraît donc pas augmenter le glycogène du foie.

Mais si l’inanition fait tomber le glycogène d’un kilogramme de muscle, de 4®'’, 20 à 2'^'',28, l’alimentation copieuse par la graisse, succédant à l’inanition, relève le cliiffre du glycogène musculaire à 3‘’’' ,i3 : la graisse est donc bien transl'ormée en glycogène dans les muscles, mais ne j)araît pas l’ètre dans le foie.

A propos d’autres recberclies, nous avons consigné le fait suivant, que nous rapprocherons du précédent : lorscpi’on injecte, dans la veine porte, une certaine quantité d’huile émulsionnée, on

LE FOIE SAXGUIN

retrouve une certaine C[uantil6 de gouttelettes graisseuses teintes par l’acide osmique, dans les vaisseaux, puis dans les cellules hépatiques : mais sur les coupes, le glycogène de la cellule hépatique ne nous a pas paru augmenté, même lorsque les gouttelettes graisseuses intra-cellulaires étaient en voie de résorption.

Chez le nouveau-né, cette transformation paraît plus probable : en effet, Nattan-Larrier a constaté que la graisse avait, à la naissance, une topographie péri-portale, le glycogène une topographie ])éri-sus-hépaticpie : dans les premiers jours après la naissance, la graisse diminue très brusquement et est nettement remplacée, in situ, par des gouttelettes de glycogène. Il semble donc y avoir eu transformation directe chez le nouveauné. Mais on sait que la physiologie du foie, chez l’embryon, est assez dilTérenle de celle de l’adulte.

c. Ti'ansfoi'mation des albuminoïdes en s^raisse. — La production des graisses aux délions des albuminoïdes a été étudiée au niveau du foie dans différentes conditions. Mais elle est principalement nette dans les cas de dégénérescence graisseuse du foie.

On sait que, dans l’ictère grave, dans la fièvre jaune, dans l’intoxication alcoolique aiguë, dans l’intoxication pbosphorée surtout, le foie est, en ([uelques jours, transformé en une masse- adijieuse.

Une démonstration d’ordre expérimental est

l'ii FONCTIONS HÉPATIQUES EN PARTICULIER

<^lonnéc par les dcgéncresccnccs aiguës pliosphorées, procliillos, chez le chien, après un jeûne de <louze à vingt jours (Bauer). A la vue et au toucher, les sections de l’organe paraissent jaunes, luisantes, onctueuses et rendent translucide une feuille de papier. Sur les coupes, presque toutes les cellules hépatiques sont transformées en gouttelettes de graisse, plus ou moins grosses, teintes en noir par l’acide osmique. Cette graisse, ainsi produite au niveau du foie pendant une période de jeûne, provient certainement de la transmutation des albuminoïdes. Des travaux récents faisaient penser cpie le corps ainsi formé dans la dégénérescence graisseuse du foie était, non de la graisse, mais de la lécithine. Mais nous nous sommes assurés, dans un cas récent, que l’extrait éthéré ne contenait pas de phosphore : il n’y a donc pas de lécithines dans la dégénérescence graisseuse du foie (Carnot et Albarry). En aucun organe d’ailleurs, la dégénérescence graisseuse ne prend autant d’extension qu’au niveau du foie.

Pettenkofer et ^ oit, nourrissant un chat exclusivement avec de la viande dégraissée, ont constaté que tout l’azote de cette viande se retrouvait dans l’urine, alors qu’une partie du carbone était retenue par l’organisme. Or, cette quantité de carbone cories])ondrait à loo grammes de glycogène, quantité invraisemblable d’après eux ; une partie de ce carbone doit donc être retenue sous forme de graisse.

Une démonstration indirecte est également donnée par le fait, actuellement prouvé, de la

LE FOIE SANGUIN

Iransformation des albumines en sucres el des sucres en graisses, comme nous allons le voir.

d. Transformation des hydrates de carbone en iiraisse. — On sait que, chez des chiens nourris exclusivement de féculents. Cl. Bernard trouva de grandes quantités de graisse dans le foie, tandis qu’il n’en trouvait presque pas chez les animaux soumis au régime azoté.

Boussingault et Persoz trouvèrent qu’une oie formait, par jour, 17 grammes dégraissé avec des éléments autres que les aliments gras. Ces observations ont été répétées, avec une grande précision, par Schultz, Soxhlet, Munk, Tschenvinsky et par Alaisslet Strohmer. Tscherwinsky nourrit un porcelet, pendant quatre mois, avec de l’orge de composition connue ; la quantité de graisse gagnée par l’animal fut de dont 5 kilo-

grammes, au moins, venaient certainement des matières amylacées de l’alimentation : il s’agit là d’un processus assez général, nullement localisé d’un façon exclusive au niveau du foie.

La part de l’organe hépatique est beaucoup plus nette dans la genèse de la graisse déterminée par la préparation spéciale à laquelle on soumet les oies destinées à la fabrication des foies gras.

Il semble que, d’une façon générale, la transformation en graisse ne se fait cpie pour les aliments surnuméraires, une fois seulement que les besoins de l’organisme sont complètement remplis et les réserves en hydrates de carbone large- Giliiert et Garrot.

i/iG FONCTIONS HÉPATIQUES EN PAUTICULIEP

rnenl assurées. Après l’inanition, les réserves glycogéniques du foie sc consliluenl d’abord jusqu’à saturation, puis l’accumulation se continue sous forme de graisse, partie directement, partie par transformation du sucre en graisse.

D’après Ilanriol, l’assimilation des sucres commencerait, au contraire, par une transformation en graisse, ainsi que l’indiquent les coefficients respiratoires.

Quant à la transformation finale des sucres et des graisses en albumine, elle exige l’introduction de composés azotés ; il s’agit alors d’une opération de synthèse plus complexe, mais qui se produit évidemment dans toute cellule vivante.

Malgré l’obscurité dont sont encore entourées ces très importantes questions, on voit donc que 1e rôle du foie est, ici encore, de premier ordre, sinon exclusif, et que cet organe complète, par la transmutation des aliments, son rôle de réservoir et de laboratoire nutritif.

ACTION DU FOIE SUR LES SUBSTANCES NON ASSIMI- LABLES AMENÉES PAR LE SANG

{Râle dépurateur du foie.)

Le rôle du foie vis-à-vis des substances alimentaires est, ainsi que nous l’avons vu, un rôle de régulation, par transformation et par mise en réserve.

Vis-à-vis des substances non assimilables, le foie se comporte de même : il les fixe, les accumule ou les transforme : il peut aussi les éliminer par la bile.

Mais si le mécanisme est le même, le but |jbysiologique est tout différent : le rôle du foie consiste, vis-à-vis des corps étrangers, à en débarrasser l’économie, ou du moins à neutraliser leur action nocive :

a. Le foie peut, en eifet, transformer des produits toxiques en produits inoHénsifs : il peut faire de l’urée aux dépens des produits de désassimilation des albuminoïdes : il peut sulfo-conjuguer les phénols, etc.

p. Par un autre mécanisme, le foie peut filtrer, arrêter et éliminer, par la bile, d’autres substances.

i48 FONCTIONS HÉPATIQUES EN PARTICULIER

|)lus OU moins toxiques : matières colorantes, couleurs d’aniline, chlorophylle, pigments de la hile elle-même, et aussi certains métaux tels que le mercure, le plomb, etc.

y. Enfin certaines substances sont arrêtées et emmagasinées par le foie, soustraites ainsi à la circulation : le foie est alors une véritable glande d’accumulation, comme certains organes excréteurs bien connus des animaux inférieurs : tel est le cas pour un grand nombre de métaux lourds, d’alcaloïdes, etc. Tel est aussi le cas poulies corps étrangers insolubles, les pigments et les micro-organismes.

Ifien que ces dilTérents mécanismes (transformation, élimination, accumulation), puissent se passer simultanément vis-à-vis d’un même corps, nous étudierons successivement un exemple où prédomine chacun d’eux.

/V. Rôle dépurateur par transformation.

(^Fonction uropoiélique, etc.)

Le foie débarrasse l’économie d’un certain nombre de substances en leur faisant subir une transformation chimique: nous prendrons pour exemple le fonction mieux étudiée à cet égard : la fonction uropoiétique.

Fonction uropoiétique du foie. — Depuis longtemps, on a reconnu le rôle du foie dans la formation de l’urée.

Folircroy cl Vauquelin, dès i8ü3, Meissner surtout, en t86/|, avaient ajipclé l’attention snr celle importante fonclion hépatique.

Depuis, les ti-avaux se sont multipliés, fournissant des arguments d’ordre clinique, d’ordre [)hysiologique et d’ordre chimique:

a. Arguments cliniques. — La quantité <l’urée, trouvée dans l’urine, varie suivant l’état pathologique du foie : elle diminue considéra l)lemenl lorsque cet organe est malade.

Charcot, Brouardel, Lécoi’ché, Murchison, etc. , en ont rapporté de très nombreux exemples.

La quantité d’urée variant beaucoup suivant l’alimentation, l’état fébrile, etc., ces recherches gagnent en précision, lorsqu’on envisage, non plus le chiflre total de l’urée, mais le rapport entre l’Az de l’urée et l’Az total.

Or, ce rapport est très notablement diminué clans les maladies du foie.

C’est ainsi qu’Ilallervorden rapporte plusieurs cas de cirrhose avec diminution d’urée et augmentation sensible d’ammoniaque dans les urines. vStadelmann rapporte, également, des cas d’hépatite interstitielle, de cirrhose atrophique, de cancer, de dégénérescence amyloïde du foie, avec diminution d’urée et augmentation d’ammoniaque. Schrœder montre qu’à l’état normal la quantité d’ammoniaque excrétée étant, en a4 heures, de o,4 à 0,9, elle augmente, dans la cirrhose atrophique, jusqu’à 2'^'’, b.

Actuellement, ainsi que nous le verrons par

ir.o FONCTIONS HÉPATIQUES EN PARTICULIER

la suile, riiypoazoliiric esl un des signes les ineilleiu’s et les plus constants de rinsuffisance hépatique.

p. Arguments expérimentaux. — Von Meistcr a vu que, à la suite de la résection étendue du foie, la quantité d’urée diminue, ainsi cpie son rapport à l’azote total ; elle remonte à mesure que se régénère l’organe.

Une brusque diminution de l’urée se produit aussi, lorsqu’on provoque la dégénérescence aiguë du foie par le phosphore, ou par injection intracanaliculairc d’acide acétique.

D’après les recherches de Cyon, le sang sushépatique est plus riche en urée que le sang porte : dans une expérience, par exemple, il y avait o‘’''',og d’urée dans loo centimètres cubes de sang porte; o’-’’’, i4 dans loo centimètres cubes de sang sus-hépatique. Dans une autre expérience, le chiffre d’urée s’éleva, après traversée du foie, de o«%o8 à

Y- Arguments chimiques. — Le rôle du foie semble s’exercer indépendamment de la vie cellulaire : ainsi, Stolnikow obtient, par électrisation d’un mélange de foie et de sang, une grande quantité d’urée.

Mais la démonstration capitale de ce fait a été donnée par Ch. Richet. Ce savant extirpe un foie, en prélève une partie pour l’analyse et conserve l’autre, aseptiquement, dans un enrobement de paraffine. Ce deuxième lot est analysé après

LE FOIE SAi\GUI\

(|uclqncs jours. Or, on y trouve régulicrcmcnl plus d’un'c c[uc dans le l'oie frais. Cet organe a donc continué à sécréter de l’urée, même apres la mort.

Par conséquent, il faut faire intervenir ici autre chose que l’activité protoplasmique de la cellule hépatique, et considérer î’uréopoièse comme un jdiénomène chimique, indépendant de la vie, probablement lié à l’existence d’un ferment d’origine hépatique.

Sclnvartz a obtenu les mômes résultats.

L’existence de ce ferment uropoiétique epi n’était, jusque-là, que probable, a été complètement démontrée dans un récent travail où Ch. Richet reprend, avec Chassevant, ses précédentes expériences : en effet, il y est démontré que :

1° Le foie, séparé du corps, produit une petite quantité d’urée ;

2“ Un extrait aqueux de cet organe, macéré et filtré, possède les mêmes propriétés ;

3“ Chauffé à loo", cet extrait devient inactif ;

4“ Précipité par l’alcool, il devient inactif également : le précipité par l’alcool, isolé, puis redissous dans l’eau, a la même propriété que l’extrait total, quoique avec une activité très inférieure.

Toutes ces qualités sont celles attribuées aux corps, bien énigmatiques encore, que l’on désigne

(i) O. Lœwi soutient que le corjDS formé dans ce processus, n’est pas de t’urcc, mais un corps azote crislallisahtc voisin de l’urée.

i53 FONCTIO.yS HÉPATIQUES EN PARTICULIEIi

SOUS le nom de l'ermenls : il semble donc que ij l’on puisse admellrc l’existence, dans le tissu ^ bcpalique, d’un l’ermenl uropoictique. ^ \

Enfin, Richet et Ghassevant ont démontré que '% i ce ferment que l’on peut isoler des foies de chien, \ \ de la])in, d’homme, fait, au contraire, défaut \ dans le foie des oiseaux, du canard en particu- j lier ; or les oiseaux excrètent de l’acide urique, % mais n’excrètent pas d’urée. L’absence d’uro- i ])oièse chez l’oiseau, coïncidant avec l’absence du O

ferment de Richet, est encore un argument im - ^

portant en faveur de l’origine diastasicjue de l’urée. |

Origine chimique de l’urée hépatique. — Peut J on approfondir davantage le mécanisme de la S formation de l’urée, et savoir aux dépens de { ipiels corps elle se constitue? A ce sujet, deux ^ théories sont en présence, appuyées, chacune, j par un ensemble important de faits :

U. Dans la première théorie, l’urée provient des sels amnioniacaux .

Pour Knieriem, chez l’homme et chez le chien, l’ingestion de chlorhydrate d’ammo- ! Iliaque augmente l’excrétion d’urée. Salkoivski i obtint chez le lapin, le même résultat, mais | échoua chez l’homme et chez le chien, ce qui tient à l’acidité du suc gastrique et à la non neutralisation de son acide chlorhydrique, ^^'altcr et Goranda ont, en ell'et, montré que la présence d’acide chlorhydrique empêche la formation normale d’urée et augmente l’excrétion d’ammo-

LE FOIE SANGUIN

Iliaque. Au contraire, chez les mêmes animaux, l^chmiedcberg obtint une augmentation d’urée, <?n substituant, au cblorbydrale, du carbonate d'ammoniaque.

Scbrœder, surtout, obtint, dans ce sens, des l'ésidtats très intéressants : il fit circuler artificiellement, à travers difféi'ents organes extirpés du corps, des solutions de carbonate ou de lactate d’ammoniaque. Or on constate que de l’urée s’est produite aux dépens des sels d’ammoniaque, dans la traversée du foie et seulement à ce niveau. Les circulations artificielles à travers les iuitres organes n’ont donné naissance à aucune trace d’urée : on peut notamment faire passer, pendant quatre heures, une solution de carbonate ou de lactate d’ammoniaque à travers le rein ou à travers le train postérieur de l’animal, sans observer aucune formation nouvelle d’urée. Au contraire, après circulation trans-bépatique, la quantité d’urée double ou triple. Si le liquide ne contient pas de carbonate ou de lactate d’ammoniaque, il n’y a aucune augmentation. Salomon a répété, sur le chien et sur le mouton, les ■expériences de Scbroëder et confirmé ses résultats.

On peut remarquer, d’autre part, avec Roger, (pie la toxicité des sels ammoniacaux diminue très notablement à travers le foie.

Pourtant, in vitro, le ferment de Richet et f.'bassevant n’agit pas sur les sels ammoniacaux : •si donc il y a formation d’urée aux dépens des sels ammoniacaux, ce n’est pas par l’intermédiaire de ce ferment ; d’autres expériences sont

i5/l FONCTIONS HÉPATIQUES Ei\ PAKTICULIEIt

encore nécessaires pour élucider le rôle direct ou indirect tles sels ammoniacaux dans la ]>roduclion d’urée.

Dans la deuxième théorie, Curée résnhe de la déconiposilion de corps plus complexes dèricès eux-mêmes des albuminoïdes : ]‘dle se formerait aux dé])ensdes acides amidés, aux dépens de la xanthine, de l’iiypoxanllune, de l’acide urique, etc.

Frérichs avait déjà noté que , dans les cas [>athologiqucs d’insuffisance hépatique, on voyait augmenter, dans l’urine, la leucine, la tyrosine, on même temps que diminuait l’urée.

L’ingestion de ces dilférenls corps augmente la quantité d’urée : telles les ingestions de glycocolle (Salkowski), de leucine (Schultzen et Nencki) , d’acide aspartique (Ivnieriem) , de sarcine, d’alanine (Salkowski), d’acide prussique (Zabelin). Enfin d’après Schultzen et ^encki, d’après Salkowski, d’après Ilojipe Seyler, l’acide cyanique se fixerait sur certains acides amidés jiour donner des acides uramidiques, qui seraient, en réalité, des urées substituées.

Richet et Chassevant ont im ju'oduire de l’urée au moyen de leur ferment, aux dépens de plusieurs de ces corps, aux dépens de l’acide urique notamment.

Il semble donc bien que l'urée, qui cerlainenement dérive des albuminoïdes et qui en chilTre, pour ainsi dire, dans rurine, la consommation, provient directement, dans le foie, des

LE FOIE SANGUIN

matériaux do leur désasslmilalion (leucine, tyrosine, acide urique, etc.).

Mais il est possible, conlormémenl aux recherches de Schrœder, qu’une certaine cjuanlilé d'urée, se produise aussi aux dépens de l’ammoniaque et de l’acide carbonique, avec élimination d’eau. Si le premier processus peut être reproduit in AÛtro, et semble de nature diastasicjue, le deuxième nécessite, peut-être, l’intervention de la cellule vivante : en tous cas, le ferment de Richet ne le détermine pas in vitro.

Cette synthèse serait plus simple encore, dans les cas où l’urée dériverait de la leucine ou du glycocolle, qui ne contiennent c|u’un atome d’azote au lieu de deux.

Utilité antitoxique de l’uropoièse. — ■ Si l’on peut admettre, à la fois, la formation d’urée aux dépens, et de l’ammoniaque, et des produits de décomposition des albumines, (acide urique, xanthine, etc.), on est assez mal fixé sur l’importance réciproque de ces deux processus :

Pour Bunge, la production de l’urée aux dépens de l’ammoniaque est, peut-être, restreinte aux petites quantités d’ammoniaque venant des décompositions microbiennes dans le tube digestif. Pour l’école de Saint Pétersbourg, Nencki, Pawlow, Zaleski, ce phénomène serait beaucoup plus général. La veine porte et l’artère hépatique apportent au foie des c[uanlités d’ammonia- (pie beaucoup plus considérables qu’on ne l’aurait pensé, environ 6'"^', 6 pour loo centimètres

i50 FO.yCTIONS HÉPATIQUES EN PAPTICULIEIt

cubes de sang : le sang sus-liépalique n’en conlicnl plus ([lie i™'-"',/). On peul calculer, d’après la vitesse île la circulation à travers le foie, cjue, chez un chien de g kilogrammes, cet organe retient, dans les lo heures consécutives aux repas, environ 4''’%73 d’ammoniaque venant du tube digestif et correspondant à 8'^'', 3 d’urée. I

Or, ammoniaque, leucine, hypoxanthine, acide urique, glycocolle sont des corps de toxicité beaucoup plus forte cjue l’urée. Cette dernière substance est au contraire peu toxiijue. D’après , Bouchard en effet, l’urée est 4o fois moins i, toxique cpie les sels ammoniacaux ; elle a des ; jiropriétésdiurétiques considérables : c’est, d’après Bouchard, un véritable diurélkjue physiologique; ' elle a donc un rôle propre et utile.

En résumé, le foie a transformé des produits t toxiques en matériaux inott'ensifs et même utiles : ;

il semble prouvé, d’une part, que le foie forme ; de l’urée, non toxique et diurétique, aux dépens 1 des sels ammoniacaux, très toxiques : cette pro- î priété ne semble pas d’ordre diastasicpie ; car elle J ne se transmet pas aux extraits. 11 est, d’autre î jiart, prouvé, par les expériences de Richet et j

(lhassevant, que le foie forme de l’urée, même in |

\itro, aux dépens des matériaux de désasslmi- lation des albuminoïdes, éminemment toxiques \ eux aussi; la fonction uropoiétique du foie est donc essentiellement une fonction antUo.rtque.

Théorie hépatique de l’acide urique. — Le rôle

LE FOIE SANGUIN 167

du foie dans la formation de l’acide urique a été longuement agité :

Schroder, sur les Poules cl les Serpents, exclut les reins de la circulation et note une augmentation d’acide urique dans les organes, notamment dans la rate.

MinkoAvski, grâce aux anastomoses porto-caves de Jacobson chez les oiseaux, put extirper complètement le foie sur plus de 60 oies : ces animaux conservent une sécrétion urinaire normale et peuvent survivre plus de 6 heures, quelquesuns même vingt heures. On constate que cette extirpation du foie n’influence pas notablement la sécrétion azotée, qui est représentée par la moitié ouïes deux tiers de la sécrétion normale. Mais, tandis que le rapport entre l’azote de l’acide urique et l’azote total est, normalement, de 60 à 70 pour 100, il est, après l’opération, de 3 à 6 pour 100. On retrouve, de plus, dans l’urine des oies déshépatisées, 5o à 60 pour 100 de l’Az, sous forme d’ammoniaque, au lieu de 9 à 18 pour 100 chez les oies normales.

MinkoAvski en conclut que, chez les oiseaux tout au moins, l’acide urique dérive de l’ammoniaque, et que le foie joue un rôle, direct ou indirect, dans sa transformation. Il se pourrait (jue la grande quantité d’acide lactique constatée, parfois, après déshépatisation, soit une cause de non-formation d’acide urique dans tel ou tel organe. MinkoAvski est, en effet, parvenu, par adftiinistralion de carbonate de soude à une oie normale, à réduire la proportion d’ammoniaque

i58 FONCTIONS HÉPATIQUES EN PAIiTICULIER

(le II pour loo à 3 pour loo de la sécrélioii azotée. Ce savant est d’avis cpie l’acide urique se l’orme normaleriient dans le l’oie par synthèse de l’ammoniaque et d’un compose non azoté, peutêtre l’acide lactique, dérivés, eux-mêmes, de la désassimilation des albuminoïdes.

D’autre part Cloetta, Meissner et Schrœder ont noté que la proportion d’acide urique, contenue normalement tlans le l’oie des Oiseaux, est plus forte que celle que l’on trouve dans le sang.

Mais ces expériences sur les Oiseaux ne peuvent pas être généralisées aux Mammifères : il s’agit, en effet, d’une désassimilation dilférente ; les Oiseaux produisent beaucoup d’acide urique et seulement des traces d’urée ; les Mammifères produisent, au contraire, beaucoup d’urée et très peu d’acide urique.

Le rôle du foie dans la genèse de l’acide urique, peut-être important chez les Oiseaux, n’est nullement démontré chez les Mammifères, où l’acide urique semble provenir, en partie, de la desassimilation nucléaire (augmentation dans la leucocytémie, etc.).

Théorie hépatique de la sulfo-conjugaison des phénols. — Les autres types de transformation antitoxique, par le foie, des matériaux de la désassimilation sont moins connus.

11 est cependant permis de soupçonner un rôle important de l’organe hépatique dans la sulfo-conjugaison des phénols: en ellet, Bau-

LE FOIE SANGUIN

mann a constaté que les éthers phénol-sulfuriques existent, en plus grande quantité dans le foie que dans les autres organes.

Albaharry, P. Carnot et A. Chasscvant ont constaté la présence normale dans la bile de chien, d’une certaine quantité d’acides sulfoconjugués. Des expériences sont actuellement poursuivies par ces auteurs pour définir, à cet égard, le rôle du foie: peut-être s’agit-il là d’une action diastasique, indépendante de la vie des cellules, et transmissible aux extraits.

La formation de sulfo-conjugués diminue très notablement la toxicité des phénols, indols, etc., produits par la désassimilation intestinale.

jNous verrons, lorsque nous, parlerons des différents signes de l’insuffisance hépatique, que d’après Gilbert et Weil, l’indicanurie est un des symptômes de l’insuffisance hépatique.

Transformation hépatique de certains alcaloïdes, etc. - — On commence à connaître également le rôle du foie dans les transformations de certains alcaloïdes.

Verhoogen, dans de très curieuses recherches, a vu que le foie d’une grenouille, trituré avec de l’hyoscyamine, fait perdre à cet alcaloïde son pouvoir mydriatique : cette action se transmet à l’extrait de foie et disparaît quand on chauH'e à 70°. Elle se rapproche donc des phénoriicnes diastasiques.

I Go FONC TIONS IIÉPA TIQ UES EN PA fi TICULIER

B. Rôle dèpurateur par élimination.

Le rôle dèpurateur du foie par élimination sera éluclié plus en cléfcoil lorsque nous parlerons tic la secrétion biliaire.

Nous devons, cependant, indiquer, en quelques mots, l’importance de ce processus de dépuration. L’élimination des poisons par la bile a été signalée par OiTda, et étudiée par Cl. Bernard, CbrzonszezeAvsky, Ileidenhain, Peiper, Mosler et récemment par Wcrtlieimer, Prévost et Binet, par Doyon et Dufour, etc.

On a constaté, successhement, qu’un grand nondjre de métaux sont éliminés par la bile. Cl. Bernard a trouvé plus de sulfate de cuivre ; Felz et Bitter, plus d’albuminate de cuivre, dans la bile que dans l’urine. D’après Annuschat, un huitième à un tiers de sucre de plomb est arrêté par le foie : on en retrouve, dans la bile, une quantité très variable.

Enfin, il y a une véritable élimination élective pour les matières colorantes : pour les pigments biliaires et sanguins, pour la fuchsine (Husson, Feltz et Bitter, CbrzonszezeAvsky), pour le rouge d’aniline, l’indigocarmin(CbronszezcAvsky), pour le bleu de méthylène (Charrin), pour le sullindigotatc de soude (DiakonoAV, Ileidenhain, CbrzonszczeAAsky), pour les matières colorantes

LE FOIE SANGUIN

de la rhubarbe (Heidenhain), pour la cbloropbyllo (^^'erlbeimer), etc.

La pbijjarl des poisons, éliminés par la bile, sont, en même temps, retenus plus ou moins longtemps par le foie. D’autres sont retenus, sans être éliminés par cette voie, puis repris progressivement, à failDle dose, par la voie sanguine.

C’est ainsi que le fer est accumulé dans le foie, à la suite de l’injection d’un sel ferrique (Gottlieb, Jakobj, Zalesky, etc.), soit sous forme de granulations d'hydrate ferrique, soit sous forme de composés organiques. D’après Gottlieb, on trouverait, dans le foie, de 56 à 70 pour 100 de la quantité de fer injectée. Ce fer est ensuite rendu peu à peu à la circulation pour être éliminé, principalement par l’intestin. Cette élimination intestinale dure un très long temps, de 20 à 3o jours. Mais la quantité de fer dfe la bile n’augmente pas à la suite de cette injection.

Pourtant les sels de fer, citrate (Pagganuzzi), lactate (Bouchard) ont été retrouvés dans la bile, lorsque l’injection est faite par une veine mésaraïque. Mais ils sont surtout arrêtés par le foie et accumulés dans cet organe.

L’élimination du mercure par la bile a été notée par Autenrieth et Zeller à la suite de frictions. Cl. Bernard a, par contre, obtenu un résultat négatif après absorption de calomel.

11 en est, enfin, de même pour une série d’autres métaux : sels de manganèse, d’antimoine, d’étain, d’argent, dezinc (Lussana), deoadmium, (Marfoni), de bismuth (Brick), etc.

Gilbert et Carnot. i i

i6a FOWCTJONS HÉPATIQUES EH PAIiTICULIEIi

L’élimination, par la bile, de l’iodure de potassium, se fait de G à 8 heures après son administration (Cl. Bernard, Mosler, Lussana, Peiper); celle du salicylate de soude, une demi-heure après l’injection (Peiper).

Les alcaloïdes sont retrouvés beaucoup moins souvent. La quinine, trouvée dans la hile par vVlhertonl et Ciotto, n’y a pas été décelée par Cl. Bernard, Mosler, Jacques. La nicotine n’a pas été retrouvée par Jacques. Des traces de strychnine ont été décelées (Jacques) : de même de la curatine (Lussana), de la caféine (Straucli), etc.

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