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CHAPITRE II

LA STRUCTURE DU FOIE

Chez ITiomme adulte et chez la plupart des animaux supérieurs, le foie constitue la glande la plus importante et la plus volumineuse de réconomie ; car une foule de fonctions y sont localisées.

Son poids, qui représentait, chez un embryon de I mois, la moitié du poids total du corps, le tiers chez un embryon de 3 mois, le 1/20 chez un fœtus à terme, constitue encore, chez l’adulte, le 1/33 du poids total. A ce moment, il pèse, vide de sang, environ i 5oo grammes. Avec le sang qu’il contient, il peut dépasser 2 kilogrammes. Cette accumulation énorme de sang appelle déjà l’attention sur le rôle du foie comme glande vasculaire à sécrétion interne.

Sa couleur éveille la même idée : le foie paraît, en elfel, rouge brun, grâce au sang qu’il contient, rappelant beaucoup plutôt une glande close, comme la rate, cju’une glande canaliculaire, comme le pancréas ou les glandes salivaires.

Après laA^age, la Icinle du tissu hépatique, complètement dépourvu de sang, est une couleur fauve, assez claire, attribuable à dillcrents pigments : les uns sont diffus, les autres granulés, présentant alors les réactions micro-cbimiqucs du fer faiblement lié (Maccallum).

Dastre distingue, dans le foie, deux sortes de pigments :

L’un est un pigment ferrugineux, soluble dans l’eau, à spectre continu, contenant, à peu })rès, tout le fer du foie, soit sous forme combinée, sans réactions micro-cblmiques (nucléo-albumines ferrugineuses de Bunge), soit sous forme libre, se colorant alors par les réactifs du fer (sulfliydrate d’ammoniaque et ferrocyanure acidifié) ; il existe, du reste, entre ces deux extrêmes, tous les intermédiaires (J’erratine de Marfori et Sebmiedeberg, ferrine de Dastre et Floresco), présentant plus ou moins nettement les réactions du fer.

L’autre pigment, soluble dans le chloroforme, insoluble dans l’eau, dépourvu de fer, Xccholéchrome de Dastre, semble intermédiaire entre les pigments biliaires et les lipoebromes.

La consistance du foie est molle et pourtant élastique : il se modèle facilement sur la place (pii lui est dévolue, se déforme par les pressions, le corset, et peut grossir très rapidement, sous l’influence de troubles circulatoires notamment.

Sa forme generale est pourtant assez fixe ; on l’a comparée à un ovoïde à grand axe transversal, à grosse extrémité droite, dont on aurait

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tranché, par une section oblique, la partie inférieure gauche.

Sa face supérieure, convexe, estaccoleeau dia- [)hragme et maintenue par divers ligaments ; sa face inférieure, plane, présente le dessin d’un H, qui découpe superficiellement quatre lobes, et cjui loge le hile hépatique dans sa barre transversale. Par là s’introduisent, entre deux feuillets épiploïques, l’artère hépatique, la veine porte, et les nerfs. Par lài sortent les canaux biliaires et les lymphatiques.

Enfin, au niveau du bord postérieur, épais, véritable face, le foie est amarré solidement par le ligament coronaire et surtout par les veines sus-hépatiques, qui se réunissent à la veine cave inférieure.

Moyens d’ attache. — Le foie, organe vasculaire sanguin, est donc suspendu par le paquet des veines sus-hépatiques au tronc de la veine cave, comme toute glande est suspendue par son pédicule excréteur, comme la rate est suspendue par ses vaisseaux, le pancréas par son canal. Faure a montré que, si l’on coupe tous les ligaments c[ui servent de moyens accessoires de suspension, le foie reste encore en place, uniquement maintenu par le faisceau des veines excrétrices.

En^>elopi)e. — La masse hépatique est délimitée par le péritoine qui l’entoure presque complètement, et qui, par l’accolementde ses feuillets, constitue les ligaments suspenseur, coronaire, triangulaire, etc.; seules, deux parties en sont dépourvues, pour donner passage aux deux voies

aG FONCTIONS DU FOIE EN OÉNÉEAL

de sécrélion : l’une, au bord postérieur, entre les feuillets du ligament coronaire, pour la sortie des veines sus-hépatiques (sécrétion interne); l’autre, au niveau du hile, pour l’entrée du pédicule vasculaire porto-artériel, et pour la sortie des canalicules biliaires (sécrétion externe) ; à ce niveau, le péritoine se réfléchit sur ces vaisseaux en constituant le petit épiplon gastro-hépatique qui prolonge, entre scs feuillets, le hile du foie.

La capside de Glisson fixe le foie dans sa forme et en constitue la limite ; elle double le péritoine. Mais au niveau du hile, tandis que le péritoine se réfléchit en dehors, elle accompagne les vaisseaux portes en dedans du foie, leur permettant ainsi un certain jeu : aussi les vaisseaux portes s’aplatissent-ils lorsqu’ils sont vides, tandis que les veines sus-hépatiques, directement adhérentes au parenchyme hépatique, restent béantes et perméables et ne s’aplatissent pas sous l’inlluence du vide inspiratoire : disposition importante pour transmettre aux vaisseaux hépatiques la diminution de pression due à l’expansion thoracique, qui est une des causes de la progression du sang à sa sortie du foie.

Le foie est constitué par une agglomération de cellules semblables, groupées et, pour ainsi dire, polarisées autour de deux systèmes d’excrétion, l’un sanguin cl l’autre biliaire. Aussi, pour comprendre la structure générale du foie, devons-nous décrire tout d’abord cetlé double cliarpente vasculo-canaliculairc.

LA STHUCTURE DU FOIE

A. La charpente vasculo-canaliculaire.

Le foie est en communication avec l’organisme par ses vaisseaux et ses canaux excréteurs : les uns lui apportant les matériaux à élaborer,

Fig. i6 et 17. — Schème du foie et de ses connexions vasculocanaliculaires représentant :

j° Les trois voies d’apport venant du tube digestif (estomac et intestin), du pancréas p et de la rate r ; a° les deux voies de secrétion, l’une, interne ou sanguine (veines sus-hépatiques, fig. 16), l’autre, externe (voies biliaires, fig. 17).

les autres emportant les matériaux élaborés, et les produits de la sécrétion soit interne, soit externe du foie. Ces voies de communication consistent en trois voies d’apport et deux voies d’excrétion :

ii8 FONCTIONS DU FOIE EN GÉNÉIiAL

Voies d apport. — Les trois i>oies d’a pport sont représentées par les diverses branches de la veine porte, provenant de trois organes ca[)itaux, l’intestin, le pancréas et la rate. Ces branches, reunies finalement en un tronc porte unicpie au moment où elles abordent le foie, se redivisent en deux au niveau du hile, puis se dichotomisent successivement ; elles pénètrent plus intimement le foie au niveau des espaces portes ou de Kiernan, et là se résolvent en un système de capillaires radiés qui se dirigent, respectivement, vers plusieurs centres représentés par les ramuscules des veines sus-hépatiques. Chaque veinule porte fournit donc des capillaires à plusieurs veines sus-hépatiques, et inversement, chaque veinule sus-hépatique reçoit, de plusieurs rameaux portes, des capillaires qui convergent vers elle comme les rayons d’une roue.

Si l’on se rappelle que les veines portes sont déjà constituées par la réunion des veinules et des capillaires de l’intestin, du pancréas et de la late, on voit que deux réseaux capillaires sont ainsi interposés sur le tronc porte. Cette disposition est unique chez l’homme ; mais certains animaux présentent la même disposition au niveau de l'autre glande principale et ont im système porte au niveau du rein. Il en résulte dillérentes consé- <|uences, très remarquables au point de vue des échanges : en ell'et les produits, introduits dans la circulation au niveau du premier réseau capillaire, sont mis en contact, au niveau du

réseau, avec les cellules glandulaires chargées

LA STRUCTURE DU FOIE

(le les (élaborer, de les retenir ou de les éliminer; la pression sanguine est très faible au niveau du •2° réseau, puisqu’elle est presque annihilée au niveau du premier, et les échanges sont facilités par là même.

accouplement vasculaire du foie avec l'intestin, le pancréas et la rate répond à un accouplement fonctionnel dont nous A^errons ultérieurement toute l’importance (p. 5i etsq.).

La vascularisation portale du foie par un sang veineux déjà usé nécessite une autre vascularisation superposée à la première : il y a donc, à côté de la Amie porte, une Amie directe apportant du sang neuf, V artère hèpatùjue, qui se ramifie suhvant les divisions de la veine porte jusque dans les espaces de Kiernan. Son sang, une fois désoxygéné, n’ayant plus aucun droit à une canalisation distincte, se fusionne avec le sang porte dans les capillaires porto-sus-liépa tiques.

Voies d’excrétion. — A côté des trois voies d’apport, établissant trois accouplements fonctionnels de glandes, le foie présente deux voies d’évacuation (^i^-.VnnQ, très importante, la voie

(i) Les lymphatiques du foie repreisentent encore une voie d’excrétion que nous ne pouvons cpie mentionner, étant donnée l’obscurité qui règne sur la pliysiologio de ces vaisseaux. Notons que, d’après lleidenliain, après ligature de l’aorte thoracique, toute la lymphe du canal thoracique est d’origine hépatique : elle est assez abondante et très chargée d’albumino’idcs.

3o FONCTIONS DU FOIE EN GÉNÉRAL

de la sécrétion interne, la veine sus-hépatique ; l’autre, moins importante, beaucoup déchue, chez les animaux supérieurs, de son importanceprimordiale, la voie de la sécrétion externe ou intestinale, la voie biliaire.

a. La voie de la sécrétion interne est constituée par la réunion de toutes les veines sus-hépatiques lobulaires, qui, nous l’avons vu, forment un axe recevant normalement les capillaires radiés du lobule.

Ces veinules, béantes à la coupe, adhérentes au tissu du foie, convergent les unes dans les autres et constituent finalement deux groupes, l’un supérieur, l’autre inférieur, s’ouvrant obll- ([uement dans la veine cave Inférieure, au niveau (lu bord postérieur du foie. Le sang sus-hépatique atteint ensuite immédiatement le cœur, le poumon et la circulation générale.

(î. L’autre voie d’excrétion, celle de la sécrétion externe, est représentée par l’arbre biliaire ; chaque cellule hépatique constitue, par une de ses faces, la paroi d’un canalicule hllialre. Les canalicules se rassemblent, côtoient la veine porte, au milieu de l’ilot conjonctif, qui représente l’espace de Kiernan. Puis les canaux convergent de plus en plus et sortent du foie au niveau du hile par deux branches, l’une droite, l’autre gauche, bientcjt réunies en un seul tronc. Ce tronc, canal hépatique, puis canal cholédoque, débouche dans le duodénum au niveau de l’ampoule de \ ater. Ce canal est remarquable, chez l’homme , par le branchement d’un canal

LA STRUCTURE DU FOIE

accessoire, le canal cysllque, aboulissanl à un réservnir d’accumulalion, la vésicule biliaire.

Ces canaux sont tapissés d’un épithélium cylindrique ou cubique, terminé le plus souvent vers la lumière par un plateau strié ; des cellules muqueuses caliciformes y sont interposées ; enfin la vésicule, surtout au niveau du col, et les grosses voies biliaires présentent un certain nombre de glandes à mucus. Des fibres musculaires lisses accompagnent les voies biliaires, renforcées en certains points, constituant, surtout à l’extrémité duodénale, des sphincters (sphincters d’Oddi), dont nous verrons le rôle et l’importance pour l’aiguillage du liquide excrété, soit dans l’intestin, soit dans la A'ésicule.

Telle est la voie de la sécrétion externe.

B. Les lobules sanguins et biliaires.

Les voies d’apport et d’excrétion, que nous venons d’indiquer, constituent l’ossature môme du foie, sur laquelle s’appuient les cellules hépatiques et qui rend compte de leurs groupements. Elles leprésentent, surtout au niveau du groupement gdissonien porto-biliaire, des axes de résistance, ([ui étayent le tissu hépatique, par lui-même très mou et très malléable.

Ces lignes de force sont particulièrement mises en évidence au cours de certains états pathologi-

fjucs, aboiilissant a diirércnles déformations mécaniques : il en est ainsi lors de la compression et de l’étirement du tissu hépatique par des tumeurs voisines, et surtout dans le foie cardiaque : sa compression jiar les vaisseaux dilatés et la dégénération consécutive des cellules hépatiques s’exercent alors, au minimum, au niveau des axes de résistance porto-hiliaires qui protègent le parenchyme hépatique voisin : ainsi s’explique (A. Gilbert et E. Weil) le groupement des parties saines autour de l’espace de Kiernan, qui réalise ce que l’on a appelé le lobule interverti, et que l’on retrouve pour cette raison, non seulement dans le foie cardiaque, mais aussi dans beaucoup d’autres états pathologiques.

La répartition des cellules hépatiques est principalement déterminée par ces axes de résistance, qui sont en même temps les axes d’apport sanguin et d’évacuation biliaire et qui sont, à proprement jjarler, les modeleurs embryologiques du foie.

Chaque cellule hépatique appartient, à la fois, à un territoire sanguin et à un territoire biliaire. Si on les centre par rapport à la veine sus-hépatique, on obtient le lobule sanguin, le seul apparent, sans démonstration, chez l’homme, parce ({u’il est prédominant au point de vue sécrétoire. Si on les centre par rapport au canal biliaire, on obtient le lobule biliaire, un peu schématique chez l’homme, représentant l’ancien foie tubulé des poissons, des reptiles et des invertébrés, la première ébauche du foie

LA STRUCTURE ÜU FOIE

lie rembryon, mais de plus en plus eflacé a mesure que s’atténue l’importance de son fonctionnement.

Lobule sanguin. — Le lobule sanguin ou susbépatique est directement apparent chez l’homme.

IFiG. i8. — Lobule sanguin', ses contours sont dessinés par une injection faible poussée dans les vaisseaux portes.

11 est plus net encore chez certains animaux, •comme le porc, le chameau, où il est encerclé d’une petite zone conjonctive continue.

Ce lobule présente, sur une coupe, la forme d’un cercle ayant pour centre la veine sus-hépatique, ayant pour circonférence une ligne rétmissant les espaces jiorto-biliaires de Kiernan, ligne <lessinée fréquemment par les ramifications portes, Gii.iiert et CinNoT. 3

3i FONCTIONS DU FOIE EN GÉNÉRAL

artérielles et canaliculaires ; enfin ayant pour rayons les capillaires sanguins porto-sus-liépaliques.

Cette figure circulaire représente la section du cylindre qui constitue véritablement le lobule sanguin, et dont Taxe central est la veine sushépatique.

Chaque lobule est ainsi suspendu par son axe veineux aux ramifications sus-liépatiques comme les feuilles d’une branche à la tige centrale.

Sur un l’oie dont le système porte est injecté par de la gélatine au carmin, on voit particulièrement bien les rapports du groupement vasculaire et du lobule sanguin qui en dérive (fig. i8).

L’importance des différentes fonctions de la sécrétion interne montre que ce groupement anatomique est également un groupement physiologique autour de la voie d’excrétion sanguine. C’est ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, que Ranvier, de Sinety ont montré, chez la femelle en lactation, que le lohule est nettement indiqué par l’accumulation, à son centre, de corpuscules graisseux prêts à être excrétés par la veine centrale. 11 en est souvent de même des autres réserves.

Ln grand nombre de lésions, chez l’homme, schématisent le lobule sanguin. Certaines en accentuent le contour par le développement d’une légère sclérose périlobulaire (cirrhoses légères de l’alcoolisme, de la sénilité), ou par l’infiltration de leucocytes (foies infectés). Dans certaines formes de tuberculose hépatique, l’acide osmiquo

LA STRUCTURE DU FOIE

dessine, de même, un cercle noir de dégénérescence graisseuse au pourtour du lobule.

Lobule biliaire. — Le lobule biliaire, cjui représente le groupement des cellules hépatiques

Fig. ig. — Lobule biliaire-, ses conlours sont indiqués par une injection rétrograde faible poussée dans les veines sus-hépatiques.

Cette figure représente, en même temps, le premier stade du foie cardiaque.

autour des voies de la sécrétion externe, a, chez l’bomme, une importance infiniment moindre que le lobule sanguin. Sur les coupes, il apparaît si fruste qu’il est difficilement reconnaissable sans certains artifices, et l’on doit, pour en démontrer théoriquement l’existence chez l’homme, avoir, comme Sabourin, recours à

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divers arguments d’ordre embryologique, zoologique et pathologique.

Les arguments d’ordre pathologique invoqués par Sabourin, ne sont même pas très probants. C’est ainsi que le lobule interverti du foie cardiaque, groupé autour de l’espace porto-biliaire, et qui représenterait le prototype du lobule biliaire, est, nous l’avons vu, susceptible d’autres intei'prétations plus simples, telles que le moindre aplatissement, par pression vasculaire, autour de l’axe de résistance représenté par l’espace de Kiernan.

Les arguments ontogéniques et phylogéniques, sur lesquels nous avons antérieurement Insisté à [)i’opos de riiistogenèse comparée du l'oie ont, au

contraire, pleine valeur.

Mais ils conriuisent à une corrceplion du lobule biliaire, sensiblement dilTérente de celle de Sabourin. Tandis (jue ce savant allribue au lobule biliaire une

métliode de Golgi. q,j lobule saiiguin, et

qu’il considère, avant tout, le foie comme une glande biliaire, nous serions volontiers ])ortés à renverser les rôles, et à donner, chez l’homme et les vertébrés supérieurs, au lobide sanguin, une |)rédominance assez marquée.

à envisager le lobule biliaire

LA STRUCTURE DU FOIE

comme un vestige atavique encore utile, mais en voie de régression progressive, anatomique et physiologique.

En effet, le lobule biliaire, si prédominant chez les animaux inférieurs et dans les premiers stades de la vie embryonnaire s’estompe et perd d’autant plus de son imj)ortance primordiale que la fonction biliaire, elle-même, s’efface davantage devant la fonction sanguine. Ici, comme partout, c’est la fonction qui fait l’organe ; la diminution de la fonction biliaire et l’extension de la fonction sanguine sont caractérisées par la diminution d’importance du lobule biliaire et la prédominance du lobule sanguin.

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