‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 102 sur 208 · Op. cil., ch. I · texte numérisé non relu

Op. cil., ch. I

qu'il est doué de raison. Si l'animal demeure assujetti au déterminisme, c'est qu'il n'a que des sensations ou des connaissances particulières et qu'il ne peut comparer les biens particuliers à une idée supérieure qui leur serve de commune mesure. Il désire fatalement les jouissances, et comme il ne connaît rien au-delà et qu'il n"a que ce seul critère pour se décider, il cède fatalement à l'appât de la plus grande jouissance.

Mais l'homme a l'idée du bien en général, du bien parfait et absolu ; il apprécie, à la lumière de ce critère transcendant,, tous les biens particuliers qui sollicitent son amour, et se porte ensuite vers celui qui obtient ses préférences sans y être attiré par un désir exclusif et nécessitant. C'est donc la raison qui affranchit la volonté humaine, et elle l'affranchil en lui montrant les imperfeclions et les lacunes des biens particuliers K Eclairée par la raison, la volonté se sent faite pour le bien universel et parfait. Les biens particuliers, honneurs, plaisirs, fortune, ne réalisent pas son idéal, ne remplissent pas sa capacité, et par là même n'ont pas assez de force pour lui imprimer un mouvement irrésistible.

4^ — L'àme raisonnable commande aux pr/ss/o/îs et au corps. Que de fois la passion ne s'efforcet-elle pas d'obscurcir la raison et de vaincre la

1. «' Necesse est quod homo sit liberi arbitrii. ex hoc ipso quod rationalis est ». S. Th., 1\ q. 83, a. 1. 3.

volonté I Que de fois n'excite-t-elle pas ces violents orages du cœur, autrement terribles que les tempêtes de l'océan ! Vains efforts ! Le pilote veille, il sait commander à la mer. » Chez les autres animaux, dit S. Thomas, le mouvement suit aussitôt Tinclination de l'appétit, comme la brebis fuit aussitôt qu'elle aperçoit le loup, parce que chez eux il n'y a pas d'appétit supérieur pour résister. Pour l'homme, il ne se meut pas immédiatement au gré de l'appétit, mais celui-ci doit attendre le commandement de la volonté, qui est un appétit supérieur» ^ Or d'où vient à la volonté cette force de résistance ? De la raison surtout ; c'est en faisant appel à des pensées plus générales, à des considérations supérieures, que Tàme apaise la colère, la crainte, ou au contraire les excite.

L'àme commande au corps aussi bien qu'aux passions. \'oyez si elle sait se faire obéir : je veux mouvoir ma main, mon bras, mes pieds, tout mon corps ; aussitôt commandé, aussitôt fait. Je donne à mon estomac la nourriture que je veux, je règle mon sommeil, je soumets mon corps à des exercices pénibles, pour le rendre plus souple, plus propre aux opérations intellectuelles et morales ; bien mieux, je puis l'exposer à tous les périls, je puis l'exposer à sa ruine certaine, malgré la violence et la douleur que je souffre en l'y exposant.

D'un autre côté, il n'est pas exagéré de dire

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