‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 103 sur 208 · S. Th., 1% q. 81, a. 3. c · texte numérisé non relu

S. Th., 1% q. 81, a. 3. c

que Y âme fait son corps. « L'esprit est rouvrier de sa demeure ; voyez comme il travaille la figure humaine dans laquelle il est enfermé, comme il imprime la physionomie, comme il en forme et déforme les traits ! Il creuse l'œil de méditations, d'expérience et de douleurs : il laboure le front de rides et de pensées : les os même, la puissante charpente du corps, il la plie et la courbe au mouvement de la vie intérieure » (MiCHELET).

5*^ Enfin, éclairée par fintelligence, l'àme humaine s'élèvejusqu'à la moralité /]u^(\i\ h la sainteié. Elle distingue nettement l'utile ou le délectable de rhonnête, elle s'attache au bien en soi, indépendamment de toute considération subjective et relative, elle découvre et proclame une morale universelle, éternelle, absolue. Et cette morale supérieure, elle la fixe en Dieu par la religion, car l'homme est un « animal religieux », comme il est, au gré d'Aristote. un animal « social» et«politique». Naturellement. l'homme cherche d'où il vient, où il va et qui le mène, et sa raison lui montre en Dieu son principe et sa fin et elle lui dicte les devoirs de religion, d'amour et d'obéissance qu'il a envers Lui. Plus ou moins pur et vivant ou plus oumoins languissant et grossier, le sentiment religieux se trouve chez tous les peuples civilisés ou sauvages, et Ouatrefages en faisait la note distinctive de l'espèce humaine, bien qu'il soit un dérivé naturel de la raison.

^^'allace, écrivain bien connu pour ses opi-

nions transformistes et pour l'indépendance de ses jugements, n'a pu s'empêcher de convenir que toute explication éuolniionnisie et utilitaire du sens moral et religieux impliquait des faits contradictoires. Cet aveu est trop important et d'ailleurs trop fortement motivé pour que nous résistions au plaisir de reproduire les propres paroles de l'auteur.

a) « Les actions bonnes révèlent à nos yeux le caractère de la sainteté. Or, quoique la pratique de la bienveillance, de l'honnêteté ou de la vérité puisse avoir été utile à la tribu possédant ces vertus, cela n'explique pas du tout la sainteté particulière attribuée aux actions que chaque tribu envisage comme bonnes et morales, en opposition avec les sentiments tout différents avec lesquels on regarde ce qui est utile.

b) Chez l'animal, les instincts, précisément parce ([u'ils ne sont que des instincts, commandent impérieusement et assurent parfaitement l'avantage (ou l'utilité) de la communauté ; témoin les castors, les abeilles et les fourmis.

La transformation des instincts sociaux (c'est le fond de la théorie évolutionniste) en cette loi morale qui s'offre au libre choix de la volonté humaine, est donc inutile pour assurer la sui vivance des communautés animales les plus aptes dans la concurrence vitale. Par conséquent, la sélection naturelle n'aurait pu créer que des instincts utiles de plus en plus impérieux, des habitudes sociales de plus en plus accentuées.

A plus forte raison, en se maintenant toujours

CHAP. MU. CONNAISSANCE DE l'aME 233

sur le terrain de la sélection naturelle, on ne comprend pas comment la transformation des instincts de Tanimal aurait pu produire l'amour ardent du bien pour lui-même, Vhorreiir du mal, des maximes telles que celle-ci : Fiat jiistiiia, ruai cœliim. La sélection naturelle, en etTet, ne peut produire que ce qui est strictement nécessaire pour assurer la victoire dans le combat de la vie. Pourcela. il suffit del'accomplissementdes actes utiles à la communauté ou matériellement bons, ne fût-ce que sous la seule impulsion de Tinstinct. Un extrême amour du bien pour lui-même, une vive horreur du mal parce qu'il est le mal, ne sont pas nécessaires à cette fin. Ce sont là des sentiments de luxe, au point de vue de la morale darwinienne ; dans la théorie de la sélection, ils seraient des effets sans cause.

c) (( Non seulement le changement d'instincts fatalement obéis en une loi morale proposée au libre choix de la volonté humaine est une opération impossible à la sélection naturelle, parce que cette transformation es\ inutile, mais nous dirons même qu'une modification dans ce sens est contradictoire avec le rôle de la dite sélection. Celle-ci, en effet, d'après la théorie, tend seulement à assurer la survivance du plus apte, quelle que soit d'ailleurs la nature des procédés employés. Or, du moment où l'on n'a en vue que le résultat matériel, les instinctssociaux toujours obéis conduisent plus sûrement au but qu'une loi morale parfois transgressée » •.

Page 1