Pour le dogmatisme moral, p
m'agitent sans cesse à la surface, et que mes sensations, mes pensées et mes volitions se poussent tour à tour et se renversent les unes les autres comme les vagues de la mer.
En faut-il davantage pour réfuter la doctrine kantiste et positiviste, qui ne voit dans le moi autre chose que des phénomènes, a qu'une file d'événements, divers d'aspect, un flux perpétuel, un faisceau coordonné de sensations et impulsions qui correspondent par certains côtés à un flux et à un faisceau de vibrations nerveuses ? »
Je dis qu'une telle opinion ne s'accorde ni avec la mémoire, ni avec la conscience.
(' Lors même que je me souviens de mon passée le moi ne m'apparaît pas davantage comme constitué par la série de mes événements passés, mais comme le sujet constant et toujours entier auquel s'attribue successivement chaque terme de cette série. Si je dis, par exemple : j'ai fait telle chose il y a dix ans, la série de mes événements écoulés depuis dix ans n'est nullement présente à ma pensée; je songe seulement à l'action faite il y a dix ans, et j'attribue cette action à un moi représenté dans ma conscience par un groupe d'images sensiblement identiques à celui qui représente mon moi actuel » ^
L'être que j'affirme d'une affirmation solide, en disant : « Je suis » est donc bien quelque chose de stable, de permanent et d'unifié en soimême. Aussi n'ai-je nul besoin de « m'affirmer
L Rabikr. Leçons de Psychol. ch. XXXIII, § 2
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OU de me voir en Dieu pour être certain d'être, et (l'être moi-même. C'est une certitude trop personnelle, trop intime et trop forte pour « qu'aucune déception puisse jamais l'ébranler ». Oue d'hommes qui s'affirment eux-mêmes comme subsistants, permanents et unifiés et qui n'affirment point que Dieu est, encore moins qu'il est en eux, et eux en Lui 1
De même, dans le moment présent, je remarque bien en moi un certain nombre de phénomènes, sensations, pensées, volitions, mais il s'en faut de beaucoup que je les confonde avec moi-même : sans doute ils m'appartiennent et me touchent diversement, dune manière déterminée ou indéterminée, agréable ou pénible, mais je les distingue naturellement de mon être ; je me regarde seulement comme leur cause ou leur sujet, comme le suppôt ei le centre d'attribution qui les réunit. De bonne foi, peut-on ne pas faire de différence entre l'agent producteur, la propriété qui affecte un sujet et le sujet qui en est affecté ? Peut-on mêler ce qui demeure avec ce qui change, l'un avec le multiple, les faits ou mouvements groupés ensemble avec le lien qui les rattache? Et comment serait-il en mon pouvoir de rassembler en moi, dans une série continue, les événements qui se suivent comme des flots pressés, s'ils ne venaient d'une même source, s'ils n'étaient reliés à un centre d'attribution unique et permanent ? D'après l'opinion des positivistes, il devrait y avoir en nous autant de consciences qu'il y a d'impressions, autant
de moi successifs qu'il y a de phénomènes différents.
Ainsi la conscience et la mémoire me ramènent à cette inévitable conclusion : Il y a en moi un sujet tour à tour actif et passif, sans cesse agité et changeant et toutefois immuable dans son fond et l3ien distinct des événements qui s'accomplissent en lui. Ce sujet, je l'appelle substance, et voilà, saisi par le sens intime, ce « vinciiliim SLibslanliale » dont parle M. Piat, et sur lequel, à l'en croire, « les philosophes auraient soutenu tant d'infructueuses discussions ».
L'auteur ajoute : « Comment savoir, avec l'unique secours de la métaphysique, si l'âme est ou n'est pas radicalement distincte de tout le reste, si elle est essentiellement indépendante du corps ou non, d'une réalité plus riche ou plus profonde? Comment définir si elle n'est pas inhérente à quelque autre sujet qui la développe et l'enveloppe derechef d'après des lois inconnues ? » ^
Mais nous savons tout cela par la conscience et par la raison. La conscience nous atteste que notre moi « est radicalement distinct de tout le reste », qu'il est en lui-même et non dans un autre, et la raison nous dit que, s'il peut relever d'un autre, au point de vue juridique et moral, il ne relève de personne au point de vue psychologique, étant complet et indépendant et n'ayant à inhérer dans aucun autre sujet « qui le développerait derechef d'après des lois inconnues ».