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CHAP. VIII. CONNAISSANCE DE l'aME 239

Nous avons parlé delà liberté. Mais la liberté comme la conscience est chose individuelle et personnelle, inhérant dans le moi et non dans un autre sujet, fùt-il « supérieur et plus riche pu plus profond ». Et il faut bien qu'il en soit ainsi ; autrement nous cesserions de nous appartenir, et notre liberté comme tout le reste serait la propriété dun autre « qui l'envelopperait )> et pourrait l'engager dans des voies qu'elle n'aurait pas elle-même choisies. Si donc la preuve psychologique établit que nous sommes personnellement libres, elle établit du même coup notre indépendance substantielle ; et si notre conscience est dans le vrai, lorsqu'elle rapporte au moi tous nos événements, elle est également dans le vrai lorsqu'elle rapporte le moi à lui-même et à lui seul.

Jusqu'ici nous nous sommes principalement attaché à la preuve du « sens intime », parce qu'elle s'appuie sur un fait, et que la psychologie moderne, injustement défiante envers la métaphysique, affectionne particulièrement les preuves expérimentales. Toutefois, il nous sera permis d'ajouter que la « substantialité » de Tàme est une conséquence naturelle et nécessaire de sa spiritualité.

On définit la substance un être assez complet pour avoir des opérations propres, qu'il peut exercer par lui-même sans inhérer dans un autre sujet. Or, on a vu qu'à la différence de l'àme animale, dont toutes les actions s'accomplissent au moven d'un oroane matériel, l'âme humaine

a deux actions qui lui sont propres, la pensée et la volition, qu'elle exerce pai- sa propre vertu et sans l'intervention d'aucun organe. 11 ne lui manque donc rien de ce qui est nécessaire à la constitution d'une entité substantielle.

Cependant nous nous garderons bien de soutenir avec Descartes que IMme humaine est une substance » complète » et que u le moi est une substance dont toute la nature ou essence n'est que de penser ». Quand je parle de moi, j'ai l'idée d'un être extrêmement complexe, qui se meal^ qui vit, qui sent, pense, veut, Jouit et souffre. Toutes ces atFections si diverses, si opposées entre elles, c'est en moi que je les observe et que je les éprouve, et je sais fort bien qu'elles m'appartiennent en propre.

C'est un point acquis : la première idée que j'ai de moi-même, c'est que je suis un être doué d'attributs multiples et contraires, dont les uns m'abaissent jusqu'à l'animal et les autres m'élèvent jusqu'à l'ange, pour faire de moi un composé de matière et d'esprit qui n'est précisément ni l'un ni l'autre. « Ex corpore et anima dicitur esse homo, sicut ex cluabus rébus tertia res constituta, r/uœ neutra illarum est » ^

J'observe en moi un autre phénomène bien lemarquable ; c'est que les impressions et les affections contraires ne se trouvent pas isolées les unes des autres. Ces diverses actions s'unissent au contraire et se combinent si bien en-

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