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Bossuet, Logique, III, xxvii

IL — Ajoutons que pour être « intellectuel » avant tout, il ne laisse pas d'être encore « moral » par certains côtés.

Il est bien vrai — et nous promettons de donner nos raisons — que nous n'attribuons la connaissance ni au sentiment ni à la volonté ; mais cela ne nous empêche nullement d'apprécier à sa juste valeur le concours des facultés affectives pour la découverte de plusieurs vérités importantes.

Il faut s'appliquer, ramasser ses forces et peiner, si l'on veut aller au fond des choses, surtout si les théorèmes se compliquent et si les raisonnements se multiplient. Alors il faut regarder pour voir, écouter pour entendre, et au besoin pousser l'effort jusqu'à la tension. Oui soutiendra la raison aux prises avec le travail, avec l'effort, avec la peine ? Oui Fempèchera de défaillir et de succomber à la double tentation de la paresse et du découragement ? Une grande force, une force opiniâtre, la volonté doublée au besoin de la passion.

Cependant, il reste une dernière tâche à remplir, et non la plus aisée ; vous connaissez enfin la vérité, c'est bien ; mais il faut la creuser, il faut entrer en elle et, réciproquement, la faire entrer au fond de votre être par une assimilation lente et complète. « Il faut, dit Maine de Biran, que les vérités s'incorporent à nous et nous pénètrent longtemps, comme la teinture s'imbibe peu à peu dans la laine qu'on veut teindre... Quand nous creusons dans la vérité pour la

pénétrer, elle creuse aussi en nous pour entrer dans la substance de notre âme. Alors seulement elle devient pratique et nous est comme une partie de nous-mêmes » ^.

Les observations qui précèdent acquièrent une nouvelle force, et le concours de la partie affective et volontaire de l'âme devient bien autrement nécessaire, s'il s'agit de vérités relatives à la « morale ». Celles-ci demandent de notre part une parfaite impartialité, beaucoup de désintéressement et une grande pureté de cœur. Bossuet a dit de la connaissance de Dieu ces mémorables paroles : « Autant nous sommes purs, autant pouvons-nous imaginer Dieu ; autant que nous nous le représentons, autant devons-nous l'aimer ; autant que nous l'aimons, autant ensuite nous l'entendons » -.

Au sujet des choses divines et morales, Pascal a fait une remarque bonne à méditer et féconde en conséquences pratiques : « Dieu a voulu qu'elles entrent du cœur dans l'esprit, et non de l'esprit dans le cœur... De là vient qu'au lieu qu'en parlant des choses humaines, on dit qu'il faut les connaître avant de les aimer; les "saints^ au contraire, en parlant des choses divines, disent qu'il faut les aimer pour les connaître, et qu'on n'entre dans la vérité que par la charité » ^.

L'histoire des âmes a toujours jusqu'ici donné raison à la maxime des saints. Que de noms.

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