Médil. touchant la philos. /", 4' médit., n
2. Essais de critique générale, 2' essai, t. 2, p. 13G, 137, 153.
avec certains amendements reconnus nécessaires, vous aurez, dans ses grandes lignes, la llîéorie du dogmatisme « moral ;>, présentement assez à la mode. Son fondateur est M. Maurice Blondel, dans un livre d'ailleurs remarquable et dont le ti^re seul contient un programme : L'Action. Le nouveau système compte en France uîTcértain nombre de partisans, parmi lesquels on peut citer MM. Fonsegrive, Brunetière, Tabbé Laberthonnière et l'abbé Denis, directeur des Annales de philosophie chrétienne. Bien que séparés par des nuances, tous considèrent la raison spéculative comme trop faible et trop branlante pour porter l'édifice de nos certitudes. « ?si la science ni l'intelligence pure ne peuvent absolument comprendre le vrai... La science nous donne l'abstrait et non le concret. Or le concret seul est le vrai p ^ — « Au moyen às^e on était dogmatisant. J'appelle dogmatisant celui dont les raisons procèdent de la raison raisonnante... Ses raisons se réduisent ordinairement en formules ; généralement ces formules sont des tautologies » 2.
Cependant on veut bien nous rassurer. L'action et la vie, la volonté et le cœur nous rendront nos précieuses certitudes, dégagées de
1. Fonsegrive, La Quinzaine, 15 déc. 1903 : L'exégèse de M. Loisij.
2. Cii. Denis, Annales de philos, chrét., déc. 1903. — Dans ce même N°, une lelire de M. Brunetière contient quelques idées analogues sur la raison spéculative. On trouve semblables théories dans les Essais de philosophie religieuse, par M. Laberthonnière.
toute compromission avec une métaphysique démodée, pleinement adaptées aux besoins et aux exigences de l'àme contemporaine. « La vérité est en fonction de la vie... Dans la raison, ce n'est pas Tintellect abstracteur, mais une autre sorte de puissance — que Ton appelle raison pratique, action, cœur, ou tout simplement raison — qui atteint jusqu'au réel et prend possession métaphysique de l'être » ^ — « L'être et la vie ne sont pas pour nous dans ce qui est à penser, ni même à croire, mais dans ce qui est pratiqué. Il faut... placer ce point vital... non dans les objets qu'atteignent les sens... non dans les spéculations intellectuelles... mais dans l'action » -. Partant de l'action, M. Blondel passe à la conscience, de la conscience à l'intuition sensible et au monde extérieur, de l'action individuelle à l'action sociale, puis à la morale naturelle, règle universelle de l'action, puisa Dieu, puis au terme de la destinée humaine, et il conclut en montrant « le lien de la connaissance et de l'action dans l'être et la métaphysique ».
Ainsi présenté, le dogmatisme moral nous paraît prêter flanc à plusieurs objections de quelque importance.
Et d'abord, la raison spéculative atteint, quoi qu'on en dise, nombre de vérités où Faction, la volonté et le cœur n'ont aucune part. Que de vérités, en effet, auxquelles adhère la raison en