‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 14 sur 208 · Blondel, LAdion, conclus, p · texte numérisé non relu

Blondel, LAdion, conclus, p

vertu de son énergie naturelle, par une vue soudaine, et sans que la volonté ait à intervenir! Les premiers principes, les axiomes, ont-ils autre chose à faire, pour enlever l'adhésion de l'intelligence, que de se montrer à elle, et essayent-ils seulement de frapper à la porte de la volonté ? — De même et malgré l'affirmation contraire de Renouvier, j'ai beau m'interroger, descendre au fond de ma conscience, je me sens absolument libre de toute passion douce ou violente, quand j'affirme l'existence du monde extérieur, des vérités mathématiques, de plusieurs faits historiques sans importance, et, généralement, de toutes les vérités qui n'intéressent pas la morale ^

Il est un autre ordre de vérités qui, non seulement n'offrent à la volonté aucun charme séducteur capable de ravir son suffrage , mais qui lui déplaisent et lui répugnent, et qu'elle s'efforce de repousser. Les démons croient et frémissent de rage, dit l'apôtre S. Jacques. Bien des hommes, sans avoir toute la malice des démons, tremblent comme eux devant la vérité connue. Le libertin croit à la vertu ; sa raison ne peut lui refuser son estime, mais son cœur corrompu la poursuit de

1. s. Th. 1* 2", q c. 17, a. 6. c. — Si ce qu'on vient de dire est exact, l'assertion suivante de M. Fonsegrive ne paraît guère d'accord avec l'analyse psychologique : « Nous ne pouvons plus dire que l'intelligence, à elle seule, constitue le jugement et l'affirmation. Nous savons que dans tout jugement il entre autre chose : des tendances, des émotions, des éléments de la volition ». La Quinzaine. 1" mars 1904: Le Kantisme el la pensée contemporaine.

ses haines secrètes. Le pécheur, même le pécheur eiulurci et vieilli dans le crime, croit encore à la justice divine, mais il souhaiterait bien qu'elle ne fût pas. Au vrai, pour affirmer une chose il suffit de la connaître, et la connaissance, comme telle, n'implique aucun élément affectif ou passionnel. Et quand il arrive à la connaissance de s'accompagner d'émotion ou de volition, celle-ci est conséciilive, non conslitiilive.

Ensuite, il y aurait lieu de distinguer exactement les facultés de l'âme et d'attribuer à chacune le rang qui lui convient. Certains néocritiques, plus ou moins imbus des principes kantiens, semblent faire deux puissances distinctes de la raison spéculative et de la raison pratique. Or, il n'y a là qu'une seule et même raison, sous deux noms différents; car le vrai spéculatif et le vrai pratique appartiennent également à la catégorie de l'intelligible; une seule et même puissance doit donc saisir et apprécier l'un et l'autre.

Au contraire, il y a une distinction réelle entre la raison pratique et la volonté ou le cœur. Les facultés se révèlent par leurs actes, et les actes se différencient par leurs objets. Or la raison pratique apprécie et discerne ; elle est donc une puissance cognitive, tandis que la volonté se range parmi les puissances affectives et se porte non vers le vrai, mais vers le bien^

1. Cf. Dullelin. de littérature ecclésiastique, juin-juillet, 19.J4.

C'est bien elle qui « décide », mais ce n'est pas elle qui « juge », et cela doit s'entendre de tous les jugements sans distinction, même de ceux auxquels elle prête son concours et qui subissent son influence.

Enfin, est-il à propos de modifier l'ordre établi par la nature et de mettre la volonté avant la raison ? Sans la raison, non seulement la volonté ne pourrait accomplir son acte propre, elle serait encore impuissante à le commencer. Qu'est-elle, en effet ? L'amour du bien, le désir du bien. Or l'amour ne suppose-t-il pas la connaissance, et peut-on désirer ce qu'on ignore ? Mais il y a le bien sensible et le bien suprasensible ; lequel des deux convient-il de donner à la volonté ? Le second, c'est-à-dire le plus noble. Or la raison seule connaît le bien suprasensible ; seule donc elle pourra le présenter à la volonté et tenir le flambeau qui doit éclairer sa route. La seconde de ces facultés dépend donc essentiellement de la première qui lui fournit son objet.

Et comme la volonté est bonne de la bonté de cet objet, et que celui-ci relève entièrement de la raison, il s'en suit qu'en dernière analyse, la bonté de la volonté dépend de la raison ^ De là vient cette répugnance invincible que nous avons de concevoir la volonté comme déraisonnable ou simplement arbitraire. Pourtant elle est déraisonnable quand elle va contre la raison, et arbi-

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