L'Inlelligence, p
3. L'hérédité psychologique, 3' part. art. 3% et ch. I. conclus.
Rien de moins fondé qu'un tel reproche. D'après la conception traditionnelle, la personne est une réalité concrète, vivante, agissante, douée d'intelligence et de liberté, complète et autonome.
En premier lieu, la personne appartient à la catégorie de la « substance » et, par ce côté elle a un caractère métaphysique, mais nullement abstrait. Gomme telle, elle existe en elle-même et demeure une et identique, si longue que puisse être la série ou la file des a événements » qui se succèdent dans le « moi ».
Mais elle est une substance « complète » et « autonome », capable d'exercer par elle-même toutes les actions conformes à sa nature. Ainsi en est-il de riiomme, de l'ange, de Dieu. Pour cette raison, Tàme humaine, bien qu'intelligente et libre, ne jouit point de la personnalité ; incomplète par nature, elle a besoin d'être unie à un corps pour remplir les diverses fonctions de la vie végétative et sensitive qui appartiennent au composé humain.
Cependant la personne est encore une entité « psychologique », car elle est douée d'intelligence et de liberté ^, capable de penser, de se replier sur elle-même et de se déterminer librement.
Ici pourtant, gardons-nous bien de la méprise de plusieurs modernes psychologues, qui, à la
1. ' Persona .ï^ignificat id quod est perfectissimiiin in tota natura, scilicet subsistens in rationali natura ». S. Tn., \\ <{. 29, a. 3.
LES FONDEMENTS DE LA CONNAISSANCE. — l'J.
suite de Kant, font consister la personne ou le moi clans la conscience que TAme a d'elle-même. Sans doute, c'est par la conscience que le moi se connaît lui-même et se distingue du non moi, c'est-à-dire de tous les objets extérieurs. Mais la conscience est une faculté et la réflexion est un acte ; l'acte est consécutif à la faculté, la faculté consécutive à la nature et à la substance. Le moi commence avec l'existence, non avec la réflexion ; autrement il faudrait refuser la personnalité à Tenfant qui ne réfléchit pas encore, à l'adulte qui ne réfléchit pas toujours. — Si la personne ne réside pas dans l'âme seule, mais dans le composé, à plus forte raison ne résidet-elle pas dans la conscience et la réflexion.
Enfin, la personne est encore en possession de la vie morale ; car la responsabilité naît de la liberté, comme la liberté naît de la pensée et de la réflexion. « Ibi incipit genus moris, ubi primo dominiiim volunlatis inveniiur, dit S. Thomas avec sa précision ordinaire.
M. l'abbé Loisy consent « à maintenir la personnalité de Dieu », mais seulement comme « symbole de son absolue perfection ». Restriction inquiétante, si l'on se rappelle que, dans la terminologie de la nouvelle école, les » symboles » ne doivent pas se prendre au pied de la lettre, mais dans un sens « spirituel » et « métaphorique ».
L'auteur ajoute que « la personnalité divine est d'un tout autre ordre que la personnalité de rhomme ». Rien de plus juste, si l'on veut dire
que la personnalité, ainsi que les autres perfections humaines, n'est point en Dieu avec les bornes et les lacunes qu'elle rencontre au sein de la créature. La raison de l'homme a des limites ; de même en est- il de sa conscience, de sa volonté, de son essence, et, parla même, de sa personnalité, puisque la personnalité revêt le caractère de l'essence qui lui sert de substratum et se nuance suivant les facultés dont elle dispose pour l'exercice de son activité. Otez de la personnalité humaine les imperfections et les bornes, et mettez en Dieu, dans un degré éminent, tout ce qu'il y a d'essentiel et de positif dans son concept : la vie, la pensée, la conscience, l'autonomie absolue avec la faculté d'entrer en rapport avec nous et d'exercer sur toutes choses un souverain domaine.
IL — Mais, quels sont précisément les rapports de Dieu avec la créature? On nous informe que « l'évolution de la philosophie moderne tend de plus en plus à l'idée du Dieu immanent ».
Si par « immanence » on veut dire seulement que le Ciel n'est pas le séjour exclusif de Dieu, que le Créateur n'a pas abandonné l'œuvre sortie de ses mains, qu'il est en tous lieux et en toutes choses, soutenant l'êlre, stimulant l'action et la vie de tout ce qui a vie et action, dirigeant les énergies particulières vers une tin commune, dernier terme de la nature, on exprime une idée ancienne par un mot nouveau, qui n'a d'autre inconvénient que de prêter à l'équivoque.
N'est-ce pas S. Paul qui a dit ces paroles d'une
si haute portée philosojiliique et tliéologique : « Dieu donne à tous la vie, la respiration et toutes choses .. Il n'est pas loin de chacun de nous, car c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être, et comme l'ont dit aussi quelques-uns de vos poètes :
... De sa race nous sommes '. »
De tous les docteurs catholiques S. Thomas est celui qui paraît avoir le plus fortement saisi et traduit la pensée de l'Apôtre : « Dieu, ditil, est dans tous les êtres par sa puissance, en tant que tous sont également soumis à son empire ; par sa présence, en tant que tous sont à découvert devant son regard ; par sa substance ou son essence, en tant qu'il leur donne et leur conserve Têtre ». — « Certes, il n'est pas dans les êtres créés, comme faisant partie de leur essence ou de leurs propriétés, mais comme agissant immédiatement en eux et les pénétrant de sa vertu. Car si Dieu est l'être par essence, il faut que l'être créé soit son effet immédiat, comme la flanmie est l'effet du feu. Or, Dieu ne produit pas seulement cet effet dans les êtres quand ils commencent à exister, mais aussi longtemps qu'ils sont conservés dans l'existence, comme la lumière du soleil se conserve dans l'air aussi longtemps que l'air demeure éclairé. Aussi longtemps donc que la créature existe, il faut que le Créateur lui demeure présent dans la