Cont. Cent. III
L'idée « d'immanence », entendue comme elle l'est de nos jours, dans un sens plus ou moins panthéistique, est une idée fausse et dérogatoire à la majesté de Dieu. Elle mêle Dieu à la nature, et le fait entrer dans la catégorie du temps et de l'espace pour le soumettre à la loi de révolution universelle qui régit le Cosmos.
Tout au contraire, c'est la création qui, à ce qu'on assure, introduirait en Dieu le « mouvement ». Rien de moins exact. La création ne rend pas Dieu véritablement « relatif» ; elle n'introduit en lui aucune modification, si légère qu'on la suppose. Elle ne lui ajoute rien, ne lui ôte rien. S'il se décide à créer, c'est par un acte éternel, qui en même temps conçoit tout, dispose tout, ordonne tout ; s'il se donne, il ne perd rien ; si nous dépendons de lui, il ne dépend pas de nous ; s'il parait se mêler au temps, il demeure dans son éternité ; s'il entre en contact avec le multiple, il ne sort pas de son unité ; s'il s'unit à ce qui se meut et s'il agit dans tout ce qui agit, il reste parfaitement immobile. Tel le soleil, qui éclaire et réchauffe de ses rayons toute la nature, concourt à toutes les actions et à tous les mouvements, se môle pour ainsi dire à tous les corps et à toute l'étendue de l'espace, sans qu'aucune des grossières vapeurs qui s'élèvent de la terre monte jusqu'à lui ou ternisse l'éclat de sa radieuse beauté.
Pour la Providence, on peut la considérer comme le prolongement de la création. A la fois « ])articulière » et « générale », elle embrasse
d\in seul regard les détails et Tensemble. « Dieu ne veut pas les choses en général seulement, il les veut dans tout leur état, dans toutes leurs propriétés, dans tout leur ordre ». — « Dieu a tout vu, Dieu a tout mesuré. Dieu a tout compté. Rien n'excède. A regarder le total, rien n'est plus grand ni plus petit qu'il ne faut. Ce qui semble défectueux d'un côté sert à un ordre supérieur et plus caché que Dieu sait. Tout est répandu à pleines mains, et néanmoins tout est fait et donné par compte. Ce qui l'emporterait d'un côté a son contrepoids dans l'autre. La balance est juste et l'équilibre parfait »*.
Mais dans ce vaste univers, ce qui attire surtout les regards de Dieu, c'est l'homme, créé à son image et établi roi de la création. Et dans la multitude des choses humaines, parfois si ondoyantes et si troubles, tous les événements sont voulus ou permis, et finalement dirigés en vue de la Religion et de l'Eglise, c'est-à-dire de la plus grande gloire de Dieu. Voulez-vous avoir la sensation de ces hautes vérités ? Lisez attentivement la Cité de Dieu et le Discours sur l'histoire universelle.