CHAPITRE PREMIER La Foi
SI. — Les deux ordres de connaissance.
11 y a donc des connaissances naturelles et que la raison humaine peut acquérir jDar ses propres forces. Elles se sont présentées à nous, groupées autour de trois grandes réalités : le monde, l'ànie et Dieu, créateur du monde et de Fàme.
L'Eglise a de tout temps apprécié les « sciences » et les « arts » ^ et elle n'a pas manqué de prendre la défense de la « raison », quand celle-ci s'est trouvée en butte à des attaques imméritées. On l'a bien vu, au siècle dernier, quand des catholiques bien intentionnés mais mal inspirés crurent servir la cause de la
1. « Tantum abest ut Ecclesia hiimanarum artium et disciplinarum culturœ obsistat, ut banc multis modis juvet atque promoveat. Non enim commoda ab iis in humanam vitani dimanantia aut ignorât aut dcspicit ; fatetur imo, eas queraadmodura a Deo, scientiarum Domino, profecta? sunt, ita, si rite pertractentur, ad Deum, juvante ejus gratia, perdu- €ere ». Concil. Vatic. Constit. Dei Filius. c. 4.
Religion en diminuant le rôle et la portée de la raison humaine. Rome n'hésita pas un instant à frapper les chefs du « traditionalisme fidéiste » ^
L'Eglise reconnaît encore « Tautonomie » des sciences, bien entendue et sagement pratiquée. Elle sait que chaque science a un objet propre et qui ne peut être atteint qu'avec des méthodes appropriées. Aussi laisse-t-elle aux savants pleine liberté de choisir leurs méthodes, de varier leurs procédés, de multiplier les expériences, d'imaginer des hypothèses, de s'engager dans des voies « nouvelles », sous leur propre responsabilité et à leurs risques et périls. La seule cho.sc qu'elle leur demande, c'est de n'aller jamais ni contre la foi ni contre les mœurs'-. Quel savant digne de ce nom pourrait trouver là un empiétement et un obstacle au progrès ?
Mais au-dessus de la raison il y a la foi, comme au-dessus de la sensibilité il y a la rai-
1. Labbé Bonnetty dut souscrire aux propositions suivanl'.'s, que certains philosophes de nos jours paraissent avoir perdu de vue :
1°<« Raliocinalio Dei existentiani, animfe sjHritualitatem, hominis liberlatem cum certitudine probare potest.
2' Fides posterior est revelatione, proindeque ad probandam Dei existentiani contra atheum, ad probandam animœ rationalis spiritualitalem ac Hbertatem contra << naturaUsmi » et « fatahsnii » sectatores, allegari convenienter non potest.
3" Hationis usus fidem prcecedit, et ad eam, ope reveiationis et gratise conducit.
2. « Nec sane ipsa vetat ne hujusmodi discipHnse in suo quaîque ambitu, propriis utantur prinripiis et propria methodo ; sed justamhanc libertatein agnoscens, id sedulo cavet. ne divinœ doctrinre repugnando, errores in se suscipiant, aut fines proprios transgressa;, ea quee sunt fidei occupent et perturbent ». Concil. Vatic. loc. cit.
son. La foi nous introduit dans un monde nouveau et meilleur, le monde surnaturel et divin, inaccessible par essence aux méthodes et aux investigations scientifiques. Et c'est à bon droit que l'Eglise condamna jadis Abélard et qu'au siècle dernier elle a condamné Gunther, qui, ne voyant dans la « Théologie » qu'une u extension » naturelle de la u Philosophie », supposaient la raison capable de comprendre et de démontrer les vérités religieuses aussi bien que les vérités scientifiques ^
Le Concile du Vatican a formulé la doctrine dans une déclaration importante et qui ne laisse place à aucune équivoque : « L'Eglise a de tout temps professé qu'il existe deux ordres de connaissance également distingués par leurs principes et par leur objet : dans l'un, nous connaissons par la raison naturelle, dans l'autre, par la foi divine ; car au-dessus des vérités que la raison peut atteindre il est des mystères proposés à notre créance et si bien cachés en Dieu que seule la révélation est capable de nous les découvrir » -.
Après une déclaration aussi nette et aussi ferme, que penser de l'assertion de ^L Loisy : « Cette distinction n'a guère d'application dans la réalité de l'histoire » ? C'est qu'aux yeux de
1. « Si quis flixerit iii revelalione divina nulla vera et proprie dicta mysteria contineri, sed universa tîdei dogmata posse per rationem rite excullam e naturalibu^ principiis intelligi et demonstrari ; anathema sit ». Concil. Vatic. Constit. DeiFilius, c. 4, can. 1.