‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 151 sur 208 · JoAN., m, 1. Luc, XI · texte numérisé non relu

JoAN., m, 1. Luc, XI

de les recevoir, si on venait à les lui donner ? Dira-t on que le disciple a des moyens de contrôler les affirmations du Maître et que Tliomme n'a pas le moyen de contrôler les affirmations de Dieu ? Mais au contraire le chrétien a le moyen et même le devoir de n'engager sa foi qu'en connaissance de cause et qu'après avoir bien constaté, par lui-même ou par l'intermédiaire de l'Jtglise, que Dieu a parlé et fait telle ou telle déclaration.

\'ous ne « comprenez » pas la vérité révélée et elle ne fait pas « corps » avec les connaissances « rationnelles » ? Mais vous comprenez que la science de Dieu est supérieure à la vôtre et que ne pouvant ni se tromper, ni vous tromper, sa parole mérite toute créance. Et la vérité révélée — fùt-elle remplie de mystère — viendra s'étager sur vos connaissances naturelles comme les principes de la raison s'étagent sur les données des sens, doucement et sans heurt. La grâce ne détruit pas la nature, elle la perfectionne ; la foi ne trouble pas les connaissances de la raison, elle les complète et les couronne.

« L'évolution de la foi », est bien, si on le veut, « coordonnée » jusqu'à un certain point, « à l'évolution intellectuelle et morale de l'homme », mais elle n'en sort pas, elle vient de plus haut, elle est d'un autre ordre, surnaturel.

§111. — Les motifs de crédibilité.

I. — La foi est une adhésion ferme à la vérité révélée. Elle a donc pour << principe » immédiat la raison puisque c'est à la raison qu'appartient la connaissance du vrai K

Cependant la volonté doit prêter son concours à l'intelligence ; bien mieux, elle doit lui « commander » l'acte de foi. Dans les vérités évidentes, rintelligence est suffisamment « déterminée » par son objet, car l'objet s'impose au nom de l'évidence. Il en est de même des conclusions qui se rattachent aux principes par un lien nécessaire et clairement perçu.

Mais quand la vérité, bien que nécessaire, dépasse la raison ou demeure voilée par quelque obscurité, elle ne suffit pas, à elle seule, à entraîner l'adhésion et il faut que la volonté inter-

1. Les partisans du « dogmatisme moral » nous paraissent altérer gravement le concept théologique de la foi. D'après M. Laberthonmère, «croire est un acte par lequel on s'ouvre à Dieu pour être et pour vivre réellement et éternellement en lui '). — « Croire au Christ, c'est appuyer son être au sien pour y trouver le salut ». Le Réalisme chrétien et l'Idéalisme grec, p. 98 et p. 123 . Une telle définition peut bien convenir à la religion, à l'espérance, à la piété, à la charité, elle ne saurait s'appliquera la foi. Celle-ci, par définition, est chose « intellectuelle », ayant pour objet propre et unique la vérité révélée qui veut être crue sur la seule autorité de Dieu. Ce que la foi découvre en Dieu, c'est le vrai, non le bien : ce qu'elle ouvre, c'est l'intelligence et non le cœur. Cela est si constant que pour l'ordinaire la foi demeure dans l'àme du pécheur séparée de la charité. Cf. '2^ Cor. x, ô,Hehr. I, 1, Gai. I, 23.

LES FOXDEME.NTS DE LA CONNAIS-AXCE. — 21.

322 LES FOXDExMEXTS DE LA CROYANCE

vienne pour faire pencher la balance de son côté ^

Voilà pourquoi la foi est « libre », quoique certaine. Voilà pourquoi les hommes bien disposés, excités et aidés par la grâce, donnent volontairement leur adhésion à la vérité révélée-, si obscure qu'elle leur paraisse, tandis que ceux qui apportent quelque obstacle à la foi par l'orgueil de Tesprit, par l'insoumission de la volonté, ou la mollesse du cœur, se dérobent ou suspendent leur jugement. C'est donc l'esprit qui croit puisqu'il s'agit d'adhérer à la vérité, objet propre de l'esprit. Mais pour croire à une vérité obscure et divine, il a besoin d'être excité et aidé par la grâce, d'être secondé par une volonté droite et loyale, de telle sorte que la soumission à la parole de Dieu revête à ses yeux le caractère du devoir.

Si c'est l'esprit qui croit, il doit avoir des raisons et de bonnes raisons. Non certes qu'il puisse prétendre à comprendre la vérité révélée. Cette vérité peut être un mystère ; elle a certainement quelques ombres ; et toujours elle com-

1. « Credere immédiate est intellcctus, quia objectum hujus actus est verum, quod proprie pertinet ad intellectum ». S. Th. 2* 2", q. 4, a. 2, c. — « Credere ad intellectum pertinet, prout est a voluntate motus ad assentiendum ». Ibid., a. 2 et q. 1, a. 4. << Et ideo non solum oportet volunlatem esse promptam ad obediendum, sed etiam intellectum esse bene dispositum ad sequendum imperium voluntatis ». Ibid., q. 4, a. 2. c. et ad 2. Cf. Ilebr. x, 38.

2. « Ilomines disponuntur ad justitiam, dum divina gratia excitati et axljuti, fidem ex auditu concipientes, libère moventur ad Deum, credentes vera esse quse divinilus revelata et promissa sunt ». Conc. Trid., sess. 6, c. 6.

mande au nom de rautorité divine, jamais au nom de l'évidence interne. Supérieure à la science, au point de vue de la certitude, car elle s'appuie sur l'autorité infaillible de Dieu tandis que la science s'appuie sur la raison défectible de riîomme, la foi se trouve inférieure à la science, au point de vue de la clarté i.

Mais, si la vérité révélée est obscure par définition, « argumentam non apparentium » - « videmiis mine in œnigniafe » 3, il faut que le « fait » de la révélation soit certain et constant, afin que l'acte de foi soit aussi raisonnable qu'il est surnaturel. (( Que la raison humaine, disait Pie IX, fasse une sérieuse enquête sur le fait de la révélation, et qu'elle ne s'arrête qu'après avoir acquis la certitude que Dieu a parlé » ^. Innocent XI avait déjà condamné la proposition suivante : «■ L'assentiment de la foi peut être surnaturel et utile au salut avec une connaissance seulement probable du fait de la révélation, et nonobstant la crainte qu'on pourrait avoir que Dieu n'ait pas parlé ».

Saint Thomas a formulé la doctrine dans une proposition, tenue aujourd'hui pour un axiome

1. <r De ratione opinionis est quod non habeat fîrmam inhcesionem ; de ratione scientiae quod habeat firmam inhœsionem cum visicne intellectiva : a fides autem medio modo se habet ; excedit enim opinionem in eo quod habet finnam inhœsionem ; déficit vero a scientia in eo quod non habet visionem », l* 2", q. 67, a. 3.

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