Conc. Valic, sess. m., rap. 3 de fide
motifs de sa conversion, il insinua que clans les choses morales et religieuses riiomme* arrive à la certitude par un ensemble de « probabilités convergentes » plutôt que par des arguments rigoureux et démonstratifs. « Je ne m'exprime pas en théologien*; mais plutôt, parlant historiquement de ce que je croyais en 1843-44, je dis que je croyais en Dieu sur le fondement d'une probabilité, que je croyais au christianisme sur une probabilité, que je croyais au catholicisme sur une probabilité, et que ces trois probabilités.. . n'étaient toutes trois que des probabilités d'un caractère spécial, probabilités accumulées et transcendantes, mais enfin des probabilités, tant il est vrai que Celui qui nous a créés a voulu que, dans les mathématiques, nous fussions capables d'atteindre la certitude par une démonstration rigoureuse, mais que, dans les enquêtes religieuses, nous fussions réduits à atteindre la certitude par une accumulation de probabilités... ^lais qu'il soit permis de faire remarquer que j'expose ici un fait sans chercher à le défendre » K
Dieu a bien des moyens d'amener et d'opérer la conversion d'une âme et tout le monde accorde que sa grâce peut, en certains cas^ suppléer à ce qui manquerait du côté des motifs objectivement considérés. Et Xewman lui-même nous déclare
1. Apoloijin. \). l'.)'J-200. Cf. Bulletin de liltéraîure eccléaiastifjue, juin 100.3; co n» contient d'excellentes observations sur les mérites et les défectuosités de la théorie de Newman.
qu'il expose un fait « personnel » sans chercher à le défendre, ^lais à considérer les choses au double point de vue philosophique et théologique, le fait en question ne saurait être érigé en théorie. L'existence de Dieu, la vérité du christianisme et du catholicisme ne reposent pas sur < des probabilités accumulées et transcendantes » mais sur desarguments rigoureusementdémonstratifs, quoique non mathématiques.
Pour ce qui concerne les motifs de crédibilité, le concile du Vatican les ramène aux miracles, aux prophéties et à l'autorité de l'Eglise, qu'il nous présente comme ^^ autant de signes et de témoignages absolument certains et à la portée de tous les esprits ».
Tout système reste donc erroné qui porte atteinte à la valeur démonstrative des motifs de crédibilité, ou prétend mettre de côté ceux que l'Eglise elle-même couvre de son patronage.
Si l'on envisage la question au point de vue philosophique, il serait tout à fait illégitime de convertir en certitudes des probabilités, même <( accumulées et transcendantes », car il est de l'essence de la certitude d'exclure toute espèce de doute, et il est de l'essence de la probabilité, de laisser place à la probabilité contraire.
Nos modernes << anti-intellectualistes » ont abusé des réflexions plutôt personnelles de Xewman et ont fait, en l'exagérant encore, une théorie d'une idée u qu'il ne songe pas à défendre », et qu'il présente non en (^ théologien » mais en <( historien » qui raconte sa conversion.
Cependant nul catholique n'avait, jusqu'ici, réduit la foi au rôle mesquin que lui assigne M. Tabbé Loisy. Rapportons ses propres paroles et tâchons d'en pénétrer la vraie signification : « Le christianisme primitif n'avait pas de symbole dogmatique, si l'on entend par là une série d'articles de foi, définis comme thème d'euseignement, et expression réglementaire de la croyance... Les vérités de la révélation sont vivantes dans les assertions de la foi avant d'être analysées dans les spéculations de la doctrine... Leur forme native est une « intuition » surnaturelle et une <( expérience » religieuse, non une considération abstraite ou une définition systématique de leur objet » K
Que le (^christianisme primitif n'ait pas eu de symbole dogmatique défini comme thème d'enseignement », cela résulte, aux yeux de l'auteur, de ce que Jésus-Christ a été « l'initiateur d'un mouvement, non le fondateur d'une doctrine » et de ce que les apôtres ont fait œuvre non « d'historiens s'astreignant à la réalité matérielle des événements », mais de « prédicateurs » « uniquement préoccupés des besoins cliangeants des Ames à conquérir ». — « Prédicateurs d'une religion vivante, les premiers adeptes de PEvangile ne songèrent pas un instant qu'ils dussent être liés dans leur enseignement, soit par la lettre des formules dont le Christ avait pu ?e servir, soit par la réalité matérielle des faits