‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 171 sur 208 · Ti.M.. m · texte numérisé non relu

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périence toujours en acte qui lui permet de rester, à certains égards, maîtresse des textes au lieu d'y être strictement asservie... Tournée vers le passé, où est son trésor, elle va vers l'avenir où est sa conquête et sa lumière... Elle a sans cesse à nous apprendre du nouveau, parce qu'elle fait passer quelque chose de l'implicite « vécu » à l'explicite « connu ». Pour elle, en somme, travaille quiconque vit et pense chrétiennement, aussi bien le saint qui perpétue Jésus parmi nous, que l'érudit qui remonte aux sources de la Révélation ou que le philosophe qui s'efforce d'ouvrir les voies de l'avenir et de perpétuer le perpétuel enfantement de l'esprit de nouveauté... La Tradition anticipe l'avenir... elle sert à nous affranchir des Ecritures même sur lesquelles elle ne cesse de s'appuyer... elle résume les données de l'histoire, l'effort de la raison et les expériences accumulées de l'action des fidèles » ^

La théorie nouvelle distingue-t-elle suffisamment la tradition ecclésiastique de la tradition dogmatique et conserve-t-elle à celle-ci son caractère exclusivement divin ? Voilà ce qui sera contesté par plusieurs. On contestera que la tradition dogmatique garde du passé « non pas tant l'aspect intellectuel que la réalité vitale », « qu'elle anticipe l'avenir et serve à nous affranchir des Ecritures », qu'elle soit, à certains égards, maîtresse des textes », « qu'elle résume en elle les données de l'histoire, l'effort de la

1. La Quinzaine, 16 février 1904, Les lacunes de l'exégèse moderne, p. 436-439.

raison et les expériences accumulées de l'action des fidèles », « et que le philosophe travaille pour elle, parce qu'il s'efforce d'ouvrir les voies de l'avenir et de perpétuer le perpétuel enfantement de l'esprit de nouveauté ». — L'Eglise est la gardienne elV interprète et non pas « la maîtresse des textes », et la tradition dogmatique — divine par son ohjet et son origine — ne relève ni du philosophe qu'agite l'esprit de nouveauté, ni de l'effort de la raison, ni même « des expériences accumulées de l'action des fidèles », autant d'éléments étrangers à la révélation et par suite à la tradition divine.

§11. — Le Progrès du dogme catholique.

Si le dogme est divin (( par son origine et par son objet », ne s'en suit-il pas qu'il doit rejeter toute idée de progrès comme dérogatoire à sa nature ? Et s'il en est ainsi, ne s'en suit-il pas que le catholicisme, qui se fait gloire de s'appuyer sur le dogme, se condamne lui-même à l'impuissance en s'isolant des conditions de la vie ? Voilà bien le reproche que nous adresse l'école protestante « libérale » K

Ce reproche suppose ou que l'on connaît bien mal le catholicisme, ou qu'on se méprend gravement sur les conditions du progrès. L'Evangile

1. Cf. Aug. Sauatieh, £iS(7«/sse d'une philosophie de la religion.

contient deux paraboles qui nous montrent le progrès religieux sous son vrai jour et avec son admirable fécondité. C'est le grain de « sénevé » qui devient un grand arbre, c'est le « levain » qui fait fermenter les trois mesures de farine ^.

Mais suivant une juste remarque du P. Lagrange, « ce goût du progrès, presque maladif de notre temps, ne doit pas nous faire perdre de vue les conditions du progrès ; or la stabilité des bases est la principale » -. Il semble que plusieurs écrivains catholiques, plus ou moins imbus des principes « loysistes », aient sacrifié « à ce goût maladif de notre temps » et qu'il y ait lieu de préciser la doctrine.

I. Progrès de la Révélation. — L'action providentielle suit une marche lente et progressive, et cette loi de progrès se remarque dans l'ordre surnaturel aussi bien que dans l'ordre naturel. Or la Révélation est un fait divin qui a une histoire, une longue histoire, puisqu'elle commence avec le premier homme et qu'elle se continue jusqu'à Jésus-Christ, « auteur et consommateur de notre foi » ^.

Cette histoire comprend deux périodes bien ti-anchées et que S. Paul indique au commencement de son épître aux Hébreux : « Après avoir à plusieurs reprises et en diverses manières, parlé autrefois à nos Pères, par les Prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par son

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