‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 188 sur 208 · Autour d'un petit livre, p. 154, cf. 152 et Avant-propos · texte numérisé non relu

Autour d'un petit livre, p. 154, cf. 152 et Avant-propos

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taies et suprasensibles, telles que l'idée de création, de révélation et de rédemption, pourraient, avec le temps et le progrès des sciences, recevoir une interprétation toute différente de l'interprétation traditionnelle. Ce que nous voulons maintenant examiner, c'est la question de savoir si l'Eglise « donne ses définitions d'après la philosophie », et si les formules dogmatiques sont aussi absolues que le dogme qu'elles expriment, ou si, au contraire, elles peuvent avoir une certaine ^< élasticité » ^

Les définitions dogmatiques sont formulées en langage humain aussi bien que les paroles de la Sainte Ecriture, avec cette différence pourtant que celles-ci sont généralement empruntées à la langue « populaire », tandis que celles-là appartiennent plutôt au vocabulaire précis de la langue « philosophique ... Dans l'énoncé dogmatique comme dans tout énoncé humain, la «' pensée » doit être considérée avant toutes choses; seule, la |)ensée est d'essence divine; seule, par suite, la pensée estabsolue, immuable, définitive. La formule a bien aussi quelque chose d'absolu, mais en ce sens seulement « qu'il ne sera jamais permis de l'entendre autrement que ne l'ont entendue les conciles ou les papes qui l'ont énoncée ». S'il en était autrement, on pour-

1. Ce point a été mis en parfait lelief par le P. de Grandmaison, S. J. : « L'élaslicité des formules de foi, Etudes. 25 juillet et 10 août 1898: cf. Revue Thomiste, janvier-février 1W4. La réforme de la Ihéolofjie catholique, pav le P. Gardeil ; Bulletin de littérature ecctésiastique, février-mars 1904, Dogme et Histoire, par Eugène Portalié.

rait éluder toutes les définitions et les tenir pour essentiellement relatives el provisoires. En ce cas, l'énoncé ecclésiastique ne présenterait à Fesprit aucun sens précis et obligatoire, la foi n'aurait plus d'objet où se prendre, et pourvu qu'on gardât la formule, « jusqu'à ce que l'Eglise juge à propos de la modifier en l'expliquant », on serait quitte envers l'Eglise, dont on respecterait extérieurement l'autorité sans adhérer intérieurement à aucun de ses dogmes. Il suffirait au fidèle de bien dirio:er son intention, ou. comme on dit. u d'adhérer d'intention, à la vérité pleine et absolue •% qu'en réalité on ignore, que l'Eglise elle-même ignore et qu'elle ignorera toujours, la foi ayant pour objet « l'incompréhensible divin », qui se dérobe à la connaissance tout aussi bien qu'à la compréhension.

L'Eo:lise ne saurait se contenter d'un formulaire qui respecte les mots, mais qui les vide de toute signification arrêtée. Elle sait que ses formules n'expriment point adéquatement l'objet de foi, mais elle les tient pour exactes ; et elle veut qu'on adhère d'esprit et de cœur, absolument et immuablement, à la vérité qu'elles signifient; et elle anathématise celui qui n'adhère pas aux jugements ainsi exprimés, tout comme elle anathématiserait celui qui rejetterait la formule en même temps que son contenu.

( L'élasticité » des formules dogmatiques a donc des limites, et ces limites — le simple bon sens ne le dit-il pas assez haut? — sont celles que trace le respect du contenu ou de la pensée définie.

Quant à « l'ori^cine » et à la « valeur » des formules, qu'il nous suffise de rapporter les principales reniai*ques du P. de Grandmaison.

« Un point à noter d'abord, c'est que rarement l'Eglise au début, créera son vocabulaire. Avec le temps seulement, et pour ainsi dire pressée par les hérésies ouïes subtilités.., elle frappera comme une médaille à l'effigie nette, un vocable nouveau, dont le sens consacré permettra de symboliser en toute brièveté, en toute exactitude, une doctrine spécifiquement chrétienne ^ Mais durant les premiers temps, l'utilité des fidèles et la simplicité même de ses exposés dogmatiques lui conseilleront d'emprunter au vocabulaire vulgaire, aux mots connus... les termes de ses définitions... C'est à cette première expression des dogmes que se rattachent les formules des symboles, les âges patristiques, les normes doctrinales qui ont cours dans la théologie antique.

« Mais leurs affirniations n'ont pas suffi longtemps à garder aux professions de foi un sens certain... L'on dut bientôt pousser plus loin ce soin d'exactitude verbale, que S. Paul, à la fin de sa carrière -, recommandait déjà si instamment... Le légitime besoin de prendre possession, par la réflexion et l'analyse, de leurs croyances, aussi bien que la nécessité de réfuter les hérésies et de répondre aux libres penseurs

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