‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 189 sur 208 · P. b TiM. VI, 20 ; 2-' Ti'm. u · texte numérisé non relu

P. b TiM. VI, 20 ; 2-' Ti'm. u

de la gentilité, Ibrcèrent les docteurs chrétiens à préciser le contenu des formules... Les mots, au cours de cette élaboration, ont éprouvé bien des vicissitudes . . . Nécessaires pour vêtir la pensée, les termes ne l'incarnent pas jusqu'à ne faire qu'un avec elle... Les limites de cette élasticité sont celles du rapport des mots aux concepts, et deviennent plus étroites à mesure que le vocabulaire ecclésiastique s'affine et se précise. Cause très active du développement dogmatique aux premiers siècles, cette impropriété relative des sentences doctrinales tend constamment à se réduire et ne conserve que dans l'histoire du passé une importance capitale »...

« L'âme divine, qui présida au développement de la doctrine chrétienne.., compléta par une série de définitions, qui s'étend du second concile de Nicée (787) ...jusqu'au concile, inachevé encore, du Vatican, la défense doctrinale de l'Eglise. Presque toutes ces formules, pièces de cette armure spirituelle qui se proportionne aux dangers des âges, ont ce caractère commun qu'elles empruntent la rigueur d'un langage formé aux habitudes scolastiques; même vocabulaire, même netteté, même appel aux principes rationnels. L'immense majorité de ceux qui ont préparé, précisé, prononcé les définitions dogmatiques étaient, par la méthode et la langue, des scolastiques, au sens <( historique » du mot. La question se pose donc immédiatement: Dans quelle mesure lenr philosophie a-t-elle pénétré dans le dogme, s'est-elle identifiée avec lui?...

A quel degré le magistère enseignant de l'Eglise est-il devenu solidaire de la philosophie scolastique? Quelle liberté d'opiner laisse au penseur chrétien la forme scolaslique dans laquelle ont été coulées les définitions doctrinales?

« La réponse générale est commandée par la distinction de ce qui, dans la scolastique, est de philosophie fondamentale, et, en droit du moins, universelle, avec ce qu'elle contient de philosophie syslématiqiie. Tout vaste ensemble de conclusions rationnelles qui prétend enfermer dans ses prises l'univers des choses et des pensées, comprend en effet deux parties : les principes premiers d'abord, qu'on suppose ou connus à tous les hommes ou si facilement démontrables, qu'ils peuvent servir de base assurée pour les déductions ultérieures ; et celles-ci, en s'éloignant des principes universels, seront contestables.., et fussent-elles rigoureuses, elles s'imposeront avec une assurance moindre... Cette seconde partie est la philosophie systématique.

i< Or,- parmi les philosophies objectives, les seules compatibles avec une foi objective, la scolastique occupe une place à part, par ce fait qu'elle n'est pas sortie, conception géniale, mais pour une part, éphémère, de la pensée d'un seul homme — cet homme s'appelAt-il Aristote, Origène ou Kant, — et qu'elle est, au fond, l'une des plus éclectiques des philosophies. Elle est, au temps de sa gloire, et quand l'Eglise la prend pour instrument de son enseignement doctrinal, l'aboutissement de longues élaborations »...

CIIAP. II. — LES DOGMES 'Ml

Sur ce fonds d'idées générales, de notions vraiment humaines et déjà approfondies, s'édifia au moyen âge un immense édifice systématique... Certaines parties de cet immense édifice vinssent-elles à s'écrouler, il resterait que les fondements, empruntés à la philosophie universelle, sont inébranlables. Or je dis que c'est là, au-dessous des superstructures, si régulièrement conduites pourtant, que l'Eglise a pris des assises pour les définitions dogmatiques qu'elle a eu besoin d'édifier depuis... Je dis que les définitions ecclésiastiques, celles mêmes qui s'énoncent en termes spécifiquement scolastiques, ne contiennent, pour la plupart, sous leurs vocables précis, que la philosophie universelle, sur laquelle, en dehors des systèmes particuliers, toutes les métaphysiques doivent s'entendre.

« Soit, par exemple, l'enseignement conciliaire qui concerne les « sacrements », doctrine élaborée plus profondément peut-être qu'aucune autre par le moyen âge scolastique, et fixée par le décret d'Eugène I\^ pour les Arméniens (1439) €t les décrets du Concile de Trente. Il est hors de doute que nulle part on ne trouve chez les Pères, surtout les plus anciens, un pareil système de notions précises, exprimées sous forme rigoureuse. On pourrait dire, si les mots ne semblaient emporter quelque irrévérence, que tous ces rapports entre les vérités révélées, existant réellement dans les monuments de la tradition catholique (Ecriture, liturgies, écrits patristiques), ont été par les scolastiques dégagés

de la matière sacrée qui les maintenait à l'état particulier, et mis en théorèmes, au point de former une théologie géométrique des sacrements... Or ce que je veux, c'est montrer que le ciment philosophique employé par eux n'a introduit dans l'édifice, désormais consacré, de la dogmatique orthodoxe, pour relier ces concepts spécifiquement chrétiens, que des notions de métaphysique universelle...

« Quand Eugène IV affirma que trois éléments parfont tout sacrement : la chose (sensible), en tant que matière, les paroles, en tant que forme, la personne du ministre conférant le sacrement avec linlention de faire ce que fait l'Eglise — et définit que trois des sacrements impriment un caractère indélébile.., les vocables, forme, matière, caractère, semblent gros de scolastique. Et ils sont profonds, en effet, mais n'impliquent cependant, quand on les examine de près, que des notions philosophiques très simples... Que dans le sacrement chrétien la forme et la matière soient substantiellement d'institution divine ; que le caractère imprimé ait, en certain cas, une efficacité telle que non seulement il communique à l'âme une nouvelle manière d'être, mais encore la marque, la consacre, la configure d'une façon indélébile au divin exemplaire, dont il lui communique quelque chose de la noblesse ou de la puissance,... ce sont là des traits que nous impose (f historiquement » la foi catholique, non des conclusions déduites par les philosophes. Le « commenl » deviendra matière à de très

hautes spéculations ; les concepts impliqués par le fait et détaillés dans les formules définies appartiennent tous à la philosophie universelle; leur expression seule ou l'intelligence plus exacte de ce qu'ils contiennent donnent prise au progrès théologique ». Cependant, poursuit le même auteur, « il peut arriver que pour défendre tels concepts traditionnels, légués à l'Eglise comme de foi par l'antiquité chrétienne, pour empêcher son contenu d'être dénaturé par des interprétations respectueuses des mots et destructives du sens, le magistère inspiré doive recourir à des notions philosophiques, seules capables de maintenir sur le domaine de la raison l'affirmation théologique .

Encore une fois, la philosophie universelle suffira le plus souvent à ce but ; pas toujours, surtout si l'erreur prétend s'autoriser de doctrines métaphysiques déjà systématiques, et à ce titre hors des prises de la raison commune. Des concepts qui fussent restés autrement discutables, peuvent alors entrer dans les formules de foi, logiquement impliqués par la sauvegarde intégrale des vérités révélées... Soit Y union de l'âme et du corps : question mystérieuse sur laquelle la philosophie universelle n'a que des thèses bien vagues : deux parties, matérielle et spirituelle, intimement unies en un sujet agissant par elles, je ne crois pas que la méthode socratique puisse mener beaucoup plus loin. Cependant l'Eglise nous déclare, dans le concile de Vienne (1312) que « l'on ne peut, sans erreur

dans la foi, nier ou simplement révoquer en doute que Tàme raisonnable soit, par elle-même, essentiellement, véritablement, la forme du corps humain » '. Cette définition laisse pendantes bien des controverses ultérieures sur l'union de Tâme et du corps... et sur le concept de la matière et de la forme appliqué aux choses inanimées. Il reste néanmoins que le concile entendit, non seulement répondre à l'erreur d'un obscur dogmatisant, Pierre d'Olive, mais délinir à ce propos un point dogmatique qui coupât court, dans l'avenir, à toute erreur analogue. Ce but, positivement indiqué par la teneur du décret '^, ne laisse, si on le corrobore par la généralité du prononcé doctrinal, par les adverbes caractéristiques qualifiant le mot « forma », aucune probabilité à l'opinion qui restreindrait le sens du concile à la condamnation de Pierre d'Olive. D'ailleurs, on doit forcément admelti-e que les Pères ont pris les termes qu'ils employaient au sens unanime de l'Ecole à leur époque, au sens où eux-mêmes et Pierre d'Olive les entendaient, au sens où tous les hommes instruits du temps devaient infailliblement les entendre et les entendirent en fait, au sens enfin où tous les théologiens postérieurs les ont entendus. Mais s'il en est ainsi — et je ne vois pas comment on pourrait sérieusement le contester — il faut convenir que le concept scolastique de >« forme

Page 1