Les progrès de l'apologéUque
CHAP. III. — l'apologétique 389
nèse » de la foi, la double préparation morale et surnaturelle, on peut dire que cette préparation, plutôt individuelle et personnelle, ne ressort pas au traité apologétique de la Religion, mais bien aux traités de la Grâce et de la Foi, où le théologien « psychologue » fait l'analyse de Tacte surnaturel en général, et de l'acte de foi en particulier. L'apologétique vise directement la préparation u intellectuelle » ; son but est d'établir Tobjet de la foi, qui est la vraie religion, considérée comme l'ensemble des vérités révélées de Dieu, et de prouver par là que l'acte de foi est en même temps « raisonnable » et (( obligatoire ».
Pour conclure, autre chose est la genèse de la foi — question pratique de psychologie morale et surnaturelle, intéressant le prédicateur et le confesseur — autre chose le « fondement » et la « règle » de la foi — question spéculative de dogmatique générale, s'adressant à l'apologiste, chargé de montrer la vraie religion et la vraie Eglise. C'est pour n'avoir point su distinguer ces deux questions bien différentes, quoique connexes, que certains apologistes modernes ont commis des confusions fâcheuses et adressé à l'apologétique « traditionnelle » des reproches immérités.
§ II. — Apologétique moderne.
I. — Immuable dans son u fond » et dans ses « principes », l'apologétique peut être variable
dans ses « forines » et dans ses « applications », particulièrement aux époques de transformations et de luttes.
« Ceci explique le grand nombre d'essais tentés au siècle qui vient de finir, et les foi*mes si diverses qu'on a données à la défense de la Religion. Avec Chateaubriand, apologétique plutôt par le dehors du christianisme, par son coté poétique et artistique. Avec Lacordaire, apologétique chaude et concrète, par le fait de FEglise qui s'impose et les « vertus réservées » dont elle est le principe. Avec M. l'abbé Bougaud, apologétique plus affective et mystique, par la réponse que donne le Christianisme aux besoins intimes de l'Ame, à la nécessité d'une vie religieuse, ou par la transcendance du Christ. Avec Auguste Nicolas et F'rantz Hettinger, apologétique plus intégrale et plus scientifique. Avec Al. l'abbé de Broglie, apologétique plus historique, partant de la transcendance du christianisme en face des autres religions. Avec MM. Ollé-La prune et Yves Le Querdec, a})ologétique psychologico-morale, fondée sur la convenance intellectuelle et morale du christianisme, ou son identité avec les lois de la vie » ^
Ces diverses formes d'apologétique ont répondu aux besoins de l'heure qui les a vues naître. Ouelques-unes même peuvent rendre encore de bons services, surtout si l'on a soin de les compléter les unes jjar les autres, pre-