‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 204 sur 208 · R. P. Lemonnyer, art. cit. p · texte numérisé non relu

R. P. Lemonnyer, art. cit. p

IH. — Théologie historique. De tout ce qui précède il résulte que c'est à tort que certains écrivains modernes ont confondu la théologie « positive » avec la théologie « historique ». La première est, « au fond, aussi ancienne que la théologie elle-même, puisque nous voyons les docteurs scolastiques introduire dans leurs sommes, sous forme d'arguments d'autorité, divers textes de la Sainte Ecriture, les écrits épars des principaux Pères, les actes des grands conciles et quelques lettres pontificales célèbres... Les (( sed contra » théologiques de la somme de saint Thomas sont un exemple, remarquable à tous égards, de ce procédé ».

La théologie historique, au contraire, ne remonte guère au-delà des dernières années du xix*^ siècle, et elle est principalement due aux progrès réalisés de nos jours par les sciences historiques. Malgré les analogies et les points de contact qu'on remarque entre ces deux sciences, on peut dire qu'elles n'ont ni le même objet, ni le même but, ni la même méthode, ni la même autorité.

La théologie historique est purement historique; elle comprend 1 instoire de la religion biblique et l'histoire des dogmes; elle ne se propose pas, au moins directement, de justifier les croyances actuelles de l'Eglise, elle veut seulement connaître les différentes phases du mouvement religieux. Elle professe ne rien devoir à la théologie et prétend s'organiser comme science distincte purement humaine, étudiant les faits

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et les textes religieux, abstraction faite de leur caractère surnaturel, par la méthode et les procédés de la critique historique. — Elle fait une assez grande place aux religions sémitiques, consulte les documents d'histoire juive et évangélique que l'Eglise tient pour apocryphes, utilise les monuments épigraphiques et tout ce qui peut fournir des renseignements sur les croyances religieuses des peuples avec lesquels Israël et les générations apostoliques se sont trouvés en contact ».

Nous nous référons, en les abrégeant, aux observations du P. Lemonnyer sur la légitimité, les règles et l'utilité de la théologie historique.

(( Pour qu'une science soit possible en ellemême, il faut qu'elle ait un objet réel et des moyens scientifiques de l'atteindre. Or la religion juive et chrétienne — bien que d'origine et d'essence surnaturelle — n'en est pas moins entrée, par un côté, dans la sphère des réalités humaines et se présente, à certains égards, comme un fait historique. De plus, les documents, même sacrés, où se trouvent exposées ses croyances et qui racontent son histoire, sont composés d'après des procédés humains et écrits daus une langue humaine. Tout cela, sous un de ses aspects, est accessible à la pure science. Par ailleurs, la théologie historique, en tant que science historique, est en possession des méthodes scientifiques adaptées à l'étude de ces sortes de faits et de documents...

Mais d'un écrivain qui admet le caractère

Ll^S FONDEMENTS DE LA CROYANCE

transcendant de cette reliprion et de ces livres sacrés, Ton est en droit d'exiger, dans la pratique de la théologie historique, qu'il observe un certain nombre de règles. Voici, croyonsnous, les principales. Il fait abstraction, comme historien, du caractère surnaturel de l'objet qu'il étudie. C'est son droit.., l'abstraction est un mode d'activité essentiel à l'esprit humain et toutes les sciences sont fondées sur l'abstraction... Mais, abstraction n'est pas négation... et l'on attend du savant catholique... qu'il confesse la réalité du caractère surnaturel dont il fait abstraction comme historien.

Il reconnaîtra, de plus, que, pai* la méthode dont il dispose et au point de vue qui est le sien, il ne saurait épuiser la véi'ité de cet objet, lequel, en même temps qu'historique, est théologique et divin. Cette réalité demeure accessible par son côté surnaturel, à d'autres moyens de connaissance et peut être envisagée dans une lumière supérieure à la sienne ». — c De plus, il doit se préoccuper des enseignements de la Foi comme d'une règle supérieure, mais générale et extrinsèque, et ne rien affirmer qui, même en tenant compte de la différence des points de vue et de la terminologie propre à chaque science, soit incompatible avec ses enseignements...

Enfin, nous croyons que Thistorien de la religion juive et chrétienne, théologien biblique ou historien des dogmes, ne doit pas avoir la prétention de dicter à la théologie ce qu'elle doit penser vis-à-vis de son objet propre. Celte science

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surnaturelle ne repose même pas, immédiatement, sur les documents qu'interprète l'historien de la religion, mais sur la parole de Dieu toujours vivante dans la foi et l'enseignement de l'Eglise...

Est-ce à dire qu'en retour des services qu'elle lui rend, la théologie « surnaturelle » ne puisse en recevoir de la tliéologie historique? Nous sommes bien éloigné de le penser. Et nous n'entendons pas seulement que la théologie surnaturelle se servira de la théologie historique pour se défendre, mais aussi pour préciser certains de ses concepts et pour progresser. Toutefois, ce ne sera qu'après les avoir confrontés avec ses propres principes et jugés dans sa lumière, que la théologie surnaturelle, si elle les juge assimilables, pourra s'incorporer les conclusions de la théologie historique » *.

S'il en est ainsi, on ne devra pas dire — comme il a été dit par certains — que la théologie n'a pas encore réussi à trouver sa méthode, qu'elle est une science (( conditionnée », qui « dépend de l'histoire générale, de l'exégèse, de la philosophie, de l'épigraphie » etc.. Ce serait confondre la théologie h historique », science naturelle et conditionnée , avec la théologie « positive », science supérieure et surnaturelle, qui tenant de Dieu et de l'Eglise son objet et ses principes, ne recourt que « subsidiairement » âux données des sciences naturelles, et ^^ seu-

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