De Anima, c
Balmès résume en quatre propositions d'une haute importance la fécondité scientifique de l'idée d'étendue :
Première proposition : L'étendue est la base de la géométrie.
Deuxième proposition : Plus encore : tout ce que nous savons des corps se réduit à des manifestations, à des applications, à des modifications de l'étendue, auxquelles sajoulcnt les idées de nombre et de temps.
Troisième proposition : Tout ce que nous connaissons des sensations méritant le nom de science est compris dans les modifications de l'étendue.
Quatrième proposition : Impossible de nous former une idée dun objet corporel, quel qu'il soit, le monde sensible échappe à notre oi^servation, nous marchons en aveugle-, si nous ne prenons pour règle et pour point de dépai l l'étendue.
Les propositions que je viens d'établir sont des faits. 11 suffit de constater ces faits pour que les propositions restent démontrées ». Philos, fondam, t. II, 1. 3, c. 3.
tif de la sensation, parce que, suivant lui, toute sensation vient se couler dans le moule de Fespace et du temps, et que ce moule est de Tordre subjectif. Mais comment prouve- t-il ce dernier point ? Le voici: Nous ne percevons rien aude-\ hors sans le percevoir dans l'espace et le temps, la notion d'espace et de temps doit donc être conçue avant toute sensation, et, par suite, elle est une forme a priori du sujet sentant, elle ne relève pas de l'expérience^
Accordons que tout objet sensible est dans l'espace et dans le temps. S'ensuit-il qu'il doive toujours être explicitement perçu par nous avec ce double caractère ? Percevoir un objet comme attaché au temps et à l'espace, c'est percevoir les rapports qui l'unissent aux choses qui l'entourent ou qui existent au même moment que lui. Or, ne peut-on percevoir un objet en luimême, avant de remarquer les rapports qui lui sont communs avec d'autres objets différents ou semblables ?
Mais admettons que nous n'apercevons aucun objet matériel sans l'apercevoir dans tel temps et tel lieu. Il ne s'ensuit pas que la notion de l'espace et du temps doive être antérieure à la sensation ; il suffit qu'elle soit simultanée. Rien ne nous oblige donc de supposer l'innéité de la notion d'espace et de temps, l'expérience pourra nous fournir cette notion aussi bien que les autres.
Parlons d'abord de l'espace. Aristote s'exprime sur ce point avec une clarté remarquable.
« Une preuve manifeste de Texistence de l'es- / pace, c'est la succession des corps qui se remplacent mutuellement dans un même lieu. Là où il y a de Teau maintenant, arrive de Tair quand l'eau sort de ce- lieu, comme quand elle sort, par exemple d'un vase, et c'est un autre corps qui " vient occuper ce même lieu que le premier abandonne. L'espace se distingue donc de toutes les choses qui sont en lui et qui y changent, car là où actuellement il y a de l'air, l'eau se trouvait antérieurement. Par conséquent, l'espace ou le ^ réceptacle qui contient successivement l'air et l'eau est différent de ces deux corps, espace où ils sont entrés et d'où ils sont sortis » ^
; Voilà une explication qui a le double avantage de s'accorder très bien avec l'opinion commune ^ ^ et avec les données de l'expérience. Les corps S /se meuvent sous nos veux ; rien de plus univer- ^ '^J^(^ sel ni de plus sensible que le mouvement. Mais >i>/)\ quand un corps change de place, nous le voyons j^ V ,• toujours pousser devant lui un second corps, penjT.j^ danl (ju'un troisième vient occuper le lieu même Sj^ ({u'il abandonne.
Ainsi l'espace est aussi réel, aussi objectif que les corps eux-mêmes, puisqu'il leur donne asile et leur sert de récipient. Tout corps a son espace ou son lieu particulier, qui lui est fourni par le corps voisin, qui lui sert de contenant. Que si maintenant vous faites abstraction du contenu pour ne considérer que le contenant, ou