‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 27 sur 208 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La connaissance intellectuelle.

,^ I. — Caracîères de l' intelligence.

Universalité, profondeur, unité, réflexion et raisonnement, tels sont les traits distinctifs de rintelligence humaine.

Universalité. — Les facultés organiques, en raison de la nature particulière de leur organe, ont un objet déterminé et restreint, au-delà duquel elles ne sauraient s'étendre ; la vue ne connaît que les couleurs, Touïe les sons, l'odorat les odeurs, et ainsi des autres. Il en va tout autrement de l'intelligence. Quoique enfermée dans un corps et perdue dans un point de l'espace, elle se dégage de la matière et franchit en un instant tous les espaces. Elle est la faculté universelle par excellence ; tous les problèmes sollicitent tour à tour son insatiable curiosité ; elle les aborde tous, dùt-elle ne venir à bout que d'un petit nombre. — Il n'est rien dans la nature qui n'attire son attention ; les individus comme les espèces, les infiniment petits comme

les infiniment grands, le concret et l'abstrait, le contingent et le nécessaire, le matériel et Timmatériel, le réel et le possible, l'espace et le temps, l'idéal et le rêve, font également l'objet de ses études.

Rien ne limite Thorizon de sa pensée ; l'infini lui-même s'étend devant son regard, non pas sans doute l'infini en acte, objet propre de l'intelligence incréée, mais l'infini en puissance, objet naturel d'une raison imparfaite, mais toujours progressive ^

Il y a plus, car elle porte son ambition jusqu'au seuil de Dieu. Et comme il ne lui est pas donné de le contempler face à face, elle raisonne sur lui, compte, analyse, médite ses infinies perfections et se perd avec bonheur dans cet océan de lumière.

C'est donc à bon droit que S. Thomas considère l'universalité comme la note distinctive de l'esprit. (' Differt sensiis ab iniellectu, quia inielleclus est iiniversalium, c/uœ suni ubique et semper, sensus autem est singularium » ^.

Profondeur. Dans l'esprit, l'universalité ne fait pas tort à la profondeur ; le sens s'arrête à la surface des choses, l'esprit voit et lit dans l'intérieur, pénètre jusqu'à ce qu'il y a de plus intime et de plus caché ; sous les accidents il

1. « In intelleclii nostro invenilur infinilum in potenlia, in accipiendo silicet unum post aliiid,. quia nunquam intcllectus nosler tôt cognoscit quin possit plura intelligere ■ S. Th. I% q. 86, a. 2. c.

Page 1