De sensu el sensato, Icct. I
\P. m. LA CONNAISSANCE INTELLECTUELLE 61
découvre l'essence, la substance ; derrière le fait il saisit la cause, à travers ce qui change il aperçoit rimmuable, le général au-dessus du particulier.
Unité. La sensation est diffUse parce qu'elle ne saisit point les rapports des choses. Pour la raison, au contraire, l'unité est un des plus profonds, des plus impérieux besoins. Réduire tout à Tunité, telle est la loi que Kant assigne à la raison, la plus haute faculté de Tesprit ; loi tout aussi nécessaire que supposer la substance sous les qualités, derrière les faits la cause, après le moyen la fin.
L'unité suit l'être comme étant sa première, sa plus transcendantale propriété. L'être est dans la mesure où il est un ; et le même principe qui lui donne l'être, lui donne en même temps l'unité *.
Plus l'être est parfait, plus il est un. De même, plus un esprit est grand, plus il se fait remarquer par l'unité de se's conceptions. Dieu comprend toutes choses dans son essence ; les anges les plus parfaits embrassent un vaste domaine à l'aide d'un petit nombre d'idées très générales ; les esprits moins parfaits possèdent un plus grand nombre d'idées, mais leurs idées sont moins générales et moins compréhensives.
Les hommes donneraient lieu à une remarque semblable ; les esprits d'élite ne se distinguent
1. u Unum convcrtitur cum ente. Unumquodque, in qaantum est, in tantum est unum». S. Th. I* q. 103. a. 3. et XI, a. 1. c.
pas par le nombre, mais bien par Télévation et Funiversalité de leurs idées. « Ils n'en possèdent qu'un petit nombre, dans lesquelles ils embrassent le monde. L'oiseau des plaines se fatigue à raser la terre ; il passe et repasse aux mêmes lieux, ne francbissant jamais les sinuosités et les limites de la vallée natale. L'aigle, s'élançant dans l'espace, monte, monte toujours ; il ne s'arrête que sur les plus hautes cimes, et de là son œil perçant contemple les montagnes, les cours des fleuves, les vertes prairies et les riches moissons. 11 y a dans toutes les questions un point culminant oi^i se place le génie. De ce faîte, son regard domine et embrasse l'ensemble des choses » ^
L'histoire de la philosophie et des sciences dépose en faveur de la doctrine que nous venons d'exposer d'après le Docteur Angélique.
Réjlexion et conscience. Cependant l'àme humaine éprouve un besoin plus intime, le besoin de se replier sur elle-même, de descendre dans son fond, d'étudier sa propre nature, son origine et sa fin, de se rendre raison d'elle-même et de ses actes ; en un mot de penser, de réfléchir.
Balmès a exprimé cette idée en termes excellents : « Il n'est donné qu'à l'intelligence de s'étudier elle-même ; la pierre tombe et n'a pas conscience de sa chute ; la foudre calcine et pulvérise, elle ignore son redoutable pouvoir ; la
1. Balmès, Arl d'arriver au vrai, ch. XXI, §7 ; cf. s. Tn. I» ({. 83. a. 1. c.
fleur ne sait rien de sa grâce et de sa beauté ; l'animal suit ses instincts et ne les interroge pas ; seul, riiomme, organisation fragile, bientôt rendue à la poussière, porte en lui un esprit qui, non content d'embrasser le monde, s'inquiète de se comprendre, se replie au dedans de lui-même comme dans un sanctuaire dont il est à la fois et le prêtre et Toracle. Que suis-je ?Oue fais-je ? Qu'est-ce que ma pensée ?... Que sont les phénomènes que je sens en moi ? Quelle en est la cause ? Dans quel ordre sont-ils produits? Quelles sont leurs relations ? questions graves, questions sublimes... témoignage glorieux qu'il est, au fond de nous, quelque chose de supérieur à la nature inerte » ^.
Raisonnement. Ce qui vient d'être dit de la réflexion et de la conscience, est accepté sans conteste par les dogmatistes moraux. Ils goûtent moins la doctrine traditionnelle et classique sur le raisonnement.
Pourtant, s'il faut en croire .Joseph de Maistre, moraliste plus encore que philosophe. « on ne l'aura jamais assez répété, le syllogisme est l'homme » -. Sous une forme hyperbolique, la parole du célèbre écrivain cache une vérité profonde et fait penser à la vieille définition : L'homme est un animal raisonnable. C'est parce qu'il est un esprit, que l'homme peut s'élever à la connaissance de la vérité ; et c'est parce qu'il est le dernier dans l'échelle des substances in-