Logique, \. I. c
ces caractères communs, j'en forme une idée, Vidée de plante.
Que j'observe maintenant un chien, un chat, un agneau, je remarque aussi que ces êtres grandissent et meurent, qu'ils sentent, qu'ils marchent, qu'ils ont des impressions communes. Je rassemble encore ces caractères pour en former une idée, Vidée d'animal.
Cette idée est générale, parce qu'elle convient à un genre ou à un groupe d'objets semblables, l'idée de plante à toutes les plantes, rose, lis, peuplier, bouleau, chêne, etc ; l'idée d'anipial à tous les animaux, chien, chat, agneau, lion, etc. Bien mieux, elle peut se trouver reproduite dans un nombre indéfini d'individus ayant tous des caractères analogues.
— Elle est abstraite, parce qu'elle désigne un extrait, c'est-à-dire une portion d'individu, laquelle se retrouve dans tous les individus du groupe ; l'idée d'arbre exprime le caractère commun à tous les arbres, l'idée d^animal le caractère commun à tous les animaux.
— Elle est objective, parce que, si la vie végétative et la sensibilité n'existent pas dans la nature sous leur forme abstraite, en dehors des êtres vivants et sentants, elles n'en possèdent pas moins une existence réelle dans toutes les plantes et tous les animaux.
— Elle est nécessaire, parce qu'elle néglige ce qui convient à tel ou tel individu, pour retenir seulement ce qui convient à tous les individus de l'espèce, ce que l'esprit remarque en eux avant
tout le reste, ce qui constitue leur essence ou nature, ce qui ne peut pas ne pas leur convenir K
Ainsi nul doute que le fondement de l'universel ne soit donné par la nature.
Dira-t-on que l'intelligence ne saurait faire le travail ÛMbstraction et de généralisation nécessaire pour concevoir l'universel en acte ?
Rien de plus contraire, je ne dis pas à la raison, mais à l'expérience elle-même. Saint Thomas, dans une fine analyse que ne désavouerait point un psychologue du xx*^ siècle, a observé que chacune de nos facultés, chacun de nos sens, possède, à sa manière, la vertu abstractive, car dans tout être complexe, chaque faculté saisit ce qui constitue son objet et néglige tout le reste. « La vue, par exemple, perçoit la couleur d'un fruit, sans percevoir son parfum. Or la couleur est bien réellement dans le fruit ; mais que l'œil la saisisse sans le parfum, cela tient à la nature de l'organe visuel, fait pour recevoir l'image de la couleur et non pas celle des odeurs » 2.
Et ce qui est vrai des sens, facultés organiques, appliquées à la connaissance des qualités particulières et concrètes, doit l'être à plus forte raison de l'intelligence, puissance immatérielle, née pour Tuniversel, et par suite douée de la vertu abstractive dans son degré le plus éminent.
L Nous expliquerons ce point dans notre chapitre sur la^solu, où l'on trouvera un complément de la théorie de lintelligence et la réponse à diverses objections.