‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 43 sur 208 · Cf. s. Th., 1% q. 84, a. 6, c · texte numérisé non relu

Cf. s. Th., 1% q. 84, a. 6, c

trouver il a besoin de chercher, et même il ne passe de l'ignorance à la science que lentement et graduellement.

Mais cette imperfection originelle ajoute, en réalité, quelque chose à son excellence. Car si l'esprit humain n'apporte aucune idée en venant au monde, c'est qu'il est capable de composer lui-même le trésor de ses connaissances ; s'il n'est d'abord qu'en puissance, il aura plus tard assez d'énergie pour passer à Tacte, quand Tor-

, ganisme auquel il est étroitement uni se sera développé, quand les sens auront fait une cueillette suffisante dans le monde extérieur et que la mémoire et l'imagination, unissant leurs

, efforts, lui auront offert les matériaux nécessaires à l'exercice de son activité.

C'est le dessein général de la Providence de soumettre tout ce qui a vie dans ce monde — corps et esprits — à la loi de la croissance et du progrès, d'enfermer le grand chêne dans un faible germe et le puissant génie dans un frêle organisme. Auriez-vous plus d'admiration pour le chêne, s'il naissait et s'épanouissait le même

jour, pour le corps humain s'il ne connaissait, point d'enfance, et pour l'esprit s'il n'avait aucun progrès à réaliser, s'il ne devait rien ajouter aux dons qu'il a reçus d'en haut ?

La raison comme la volonté apporte en ce monde des germes féconds, mais des germes seulement : laissez à ces deux nobles puissances le mérite de développer ces germes, sous l'influence bienfaisante du temps, laissez-les s'éie-

ver, par leurs propres efforts, à la conquête de la science et de la vertu.

Ut quidqiiid geiieri demas, virtutibus addas.

L'intelligence humaine ne reçoit point, dès son berceau, la visite de Fidéal, comme le croient les partisans de l'innéisme ; elle n'a point non plus à le tirer de son fond ou du néant, par une sorte de pouvoir créateur, comme le veulent les néo-kantistes ; mais elle a assez de pénétration I pour le découvrir sous le voile des choses sensibles, en interprétant la nature, comme l'artiste, j en s'instruisant comme lui, à cette école du Sou- j verain Maître où les maîtres d'ici-bas trouvent j toujours à apprendre. Homo additiis natiirse.

D'autant mieux que l'intelligence humaine s'allume au flambeau de l'intelligence divine, où brillent comme autant de rayons lumineux les \ idées des choses *.

S'il nous était donné de regarder en face le soleil divin, nous verrions en lui, d'un seul regard, le type ou l'idée de chaque chose ; mais une telle lumière est trop éblouissante pour notre faible vue. Et c'est pourquoi, afin de remédier à notre impuissance, Dieu a mis sous nos yeux non pas son essence infinie, mais les créatures sorties de ses mains, comme autant de copies de sa perfection immuable. Oui les

1. a Lumen rationis naturalis nihil est aliud quam impressio divini luminis in nobis ». S. Th., 1» 2*% q'^ 91, a. 2 c. et qq. De Verit., q. XI De Mcujistro, a. 1^ ad 13.

contemple toutes d'un regard profond, découvre en chacune d'elles au moins une partie de l'éternelle raison des choses et soulève ainsi un coin de l'idéal absolu ^ Il ne le voit pas directement et face à face, mais il en saisit quelques rayons dans le fidèle miroir de la nature.

N'est-ce pas assez pour assurer l'objectivité de l'idéal humain et relever la noblesse de notre esprit, sans recourir à la théorie surannée de Yontolofjisme ?

1. Suivant la belle remarque de S. Thomas, notre science est une empreinte des choses créées et les choses créées sont elles-mêmes une empreinte de la science divine. « Sicut scientia in nobis est sigillatio rerum in animabus nostris, ita e converso formse non sunt nisi quœdam sigillatio divinœ scientise in rébus. » Oq. disp. «j. De scientia Dei, art. 1.

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