‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 60 sur 208 · Philosophie de Platon, t. II, p · texte numérisé non relu

Philosophie de Platon, t. II, p

ciiAP. IV. — l'absolu 115

Nous le reconnaissons sans détour, tout objet réel est par lui-même déterminé, mais toute détermination n'est pas essentiellement une négation, comme on l'a beaucoup trop répété depuis Spinoza. Bien plus, suivant nous, la formule doit être retournée et il faut dire : Omnis negalio indeterminatio est ; en effet, la négation supprime le positif, mais elle ne met rien de réel à la place, elle laisse l'esprit dans le vague et Vindéierminé. La détermination, au contraire, dit quelque chose de précis, d'arrêté, d'accompli €n son genre. Regardez de près les êtres divers que la nature expose à notre vue ; Téchelle de la perfection et l'échelle de la détermination sont parallèles, elles descendent ou montent en même temps. L'être vivant est plus déterminé que l'être inanimé, l'animal plus déterminé que que la plante, l'homme plus déterminé que Tanimal, que les animaux inférieurs surtout, dont l'individualité a quelque chose de flottant et dont l'organisme uniforme et mal défini se prête facilement à la division. De même, dans chaque espèce, l'individu le plus imparfait est aussi le plus indéterminé, le plus difficile à saisir, tandis que l'individu le plus parfait est précisément celui dont les formes sont le mieux dessinées, dont le caractère est le plus tranché, le mieux défini.

S'il en est ainsi, la détermination n'emporte pas nécessairement les limites avec elle, elle les repousse au contraire à mesure qu'elle s'accuse davantage ; il ne faut donc pas dire que l'absolu

ne saurait être déterminé, parce qu'il est parfait, mais qu'il est au sommet de la détermination, parce qu'il est au sommet de la perfection. 11 comprend en soi tous les degrés de l'être, dans ce qu'ils ont de positif, mais il rejette tout ce qu'ils peuvent avoir de négatif, parce qu'il est l'être sans restriction et sans bornes, placé par sa nature même au-dessus des espèces et des genres, l'être simplement dit, l'être subsistant. Mais Hamilton a raison de dire que l'homme connaît le relatif avant l'absolu, par la même raison qu'il connaît le fini avant l'infini, car le relatif est bien plus à la portée de notre esprit que l'absolu. Seulement il n'en faut pas conclure que l'absolu {non-relatif) est une pure négation. L'absolu implique bien, il est vrai, une négation, à savoir celle des conditions qui rendent le relatif, relatif, comme l'infini [non- fini) implique la négation des bornes qui rendent le fini, fini. Mais cettG négation est dans les mots, ou dans la manière dont nous concevons l'absolu, elle n'est pas dans la chose elle-même. Nier la condition ou la restriction qui limite l'être, n'est pas appauvrir l'être ou faire le vide dans l'esprit, comme le croit Hamilton, c'est au contraire étendre l'horizon au-delà de toutes les frontières assignables, pour se trouver face à face avec l'être sans conditions et sans limites, c'est-à-dire l'idée la plus positive et la plus affirmative de toutes.

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