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CHAPITRE V

La Substance.

§ I. — Phénoménisme et agnosticisme.

S'il est un mot contre lequel se soit particulièrement acharnée la philosophie moderne, depuis Kant, c'est bien celui de substance ou d'essence. Ou plus exactement, quoique par condescendance pour le langage commun, Ton ait pu quelquefois tolérer le mot, à tout prix on s'est efforcé d'abolir la chose, afin de renverser le dernier rempart qui s'offrait aux partisans de Y absolu.

Les néo-kantistes et les positivistes s'unissent pour attaquer l'idée de substance. Une simple nuance les sépare ; les premiers ne nient pas absolument la substance, mais ils la rangent sans hésiter dans la catégorie de l'inconnaissable ; les derniers font un pas de plus et rejettent tout à fait son existence : ils ne voient en elle qu'un pur mot, fîatus vocis.

Tout le système kantiste repose sur une distinction célèbre, la distinction des phénomènes et des noumènes. L'entendement peut atteindre les phénomènes, parce qu'ils rentrent dans le domaine de Texpérience, mais il n'a aucun moyen scientifique d'arriver aux noumènes, qui échappent à toute intuition. Seul le sensible est objet de connaissance, le supra-sensible ne relève que de la foi. « Les concepts de la réalité, de la substance, de la causalité... n ont, en dehors de l'usage empirique j aucun sens qui détermine un objet^ puisqu'ils rendent possible la connaissance empirique d'un objet ». — « Que la raison ne s'abandonne donc pas au-delà de ce terrain (l'expérience j à l'incompréhensible et à l'ininvestigable ». — « L'illusion est inévitable si outre les objets qui frappent nos sens, nous voulons apercevoir ceux qui sont loin de nous en arrière » ^

Les positivistes, dans les déclarations qu'ils ont émises sur la métaphysique en général et et les essences en particulier, n'ont fait que copier le philosophe de Kœnigsberg. Ecoutons Spencer et Taine, nous croirons entendre Kant lui-même : « La science progresse en groupant des relations particulières de phénomènes sous des lois ; puis en groupant ces lois spéciales sous des lois de plus en plus générales, et son progrès consiste nécessairement à découvrir des causes de plus en plus abstraites. Or des causes

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