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L'intelligence, t. 1. 1. IV, ch

Jusqu'ici Tagnosticisme était une théorie sceptico-matérialiste aux mains de ceux qui entendent se débarrasser de toute notion suprasensible et reléguer Dieu et l'âme dans la région hypothétique de l'inconnaissable. Il y a maintenant un agnosticisme catholique ou se disant tel, professé plus ou moins explicitement par quelques-uns, ouvertement par d'autres et appliqué, au nom de la logique, aux vérités de Tordre surnaturel aussi bien qu'aux vérités de l'ordre naturel.

Voici, à titre d'exemple, quelques assertions de M. l'abbé Loisy : « L'histoire ne saisit que des phénomènes, avec leur succession et leur enchaînement; elle perçoit la manifestation des idées et leur évolution ; elle n'atteint pas le fond des choses. S'il s'agit des faits religieux, elle les voit dans la limitation de leur forme sensible, non dans leur cause profonde. Elle est, à l'égard de ces faits, dans une situation analogue à celle du savant devant les réalités delà nature. Ce que le savant perçoit est un infini d'apparences, une manifestation de forces » ^

1. Autour d'un petit livre, p. 9, 10 et 191. — Dans une brochure inlilulée : Religion as a faclor af life, le D' Engels (pseudonyme , a émis des idées analogues.

M. Bhuxetière fait aussi d'assez larges concessions au phénoménisme : « Je ne sais pas ce que c'est que la chose en soi — la corporeité par exemple — et si je le savais, je soutiendrais encore que nous pouvons bien lui donner un nom, mais non pas l'atteindre ; et l'affirmer, non pas la connaître .>. Les difficultés de croire, confér. prononcée à Amsterdam, le 3 mai 1904 ; cf. Annales de philos, chrétienne, déc. 1903, A propos d'apologétique.

§ IL — Vidée de substance devant le sens commun et la science.

Spencer Ta reconnu après Locke, l'idée de substance est une des plus profondément enracinées dans l'esprit humain. Essentiel, substantiel, le fond, r intérieur, la substance des choses, voilà des mots qu'on retrouve dans toute langue et sur le sens desquels personne ne se méprend. Aux yeux de tous, aux yeux de l'homme du peuple comme à ceux du philosophe, la substance exprime quelque chose qui se cache derrière Tenveloppe extérieure, quelque chose de profond, de solide et de stable, une réalité supérieure à toutes les réalités mobiles, accessibles aux sens, quelque chose qui ne se voit pas, mais qui est le ressort, Tâme ou du moins le soutien de ce qui se voit.

Et le genre humain, avec son gros bon sens, ne doute pas qu'il n'y ait des substances. Il ne doute pas qu'entre la pierre et la plante, entre la plante et l'animal, entre l'animal et l'homme, il n'y ait une différence absolue, radicale, infranchissable, et que vivre, sentir, raisonner, ne soient des propriétés réelles, internes, essentielles, caractéristiques de la plante, de l'animal, de l'homme.

Et cette essence des choses que le bon sens place sous les phénomènes, sans pouvoir s'en l'aire une idée nette et précise, les savants la

reconnaissent aussi d'un accord à peu près unanime, car tous ou à peu près, ils la poursuivent de leurs pénibles efforts, de leurs patientes recherches. Il serait si facile de suivre le conseil de Kant ou de Taine, de se borner à l'observation et au classement des faits, d'envisager les choses dans leurs apparences ou dans leurs rapports avec notre sensibilité sans se soucier aucunement de leur être réel et de leur intime nature. Eh bien non, ils ne peuvent se contenter de si peu. Ils sont avides de connaître le mystérieux noumène, et se fussent-ils trompés vingt fois en prenant Tombre pour la réalité, ils ne désespèrent pas de l'atteindre enfin et les voilà qui recommencent leurs éternelles investigations.

Cet instinct universel du sens commun, cet impérieux besoin du savant, n'est-il qu^une folie généreuse, ou suppose-t-il une faculté réelle, ayant comme les sens un objet réel, quoique d'un ordre infiniment supérieur? Oubliant malgré lui son désolant scepticisme, Kant a écrit ces belles paroles : « La raison éprouve un besoin beaucoup plus élevé que celui d'épeler les phénomènes et de les réunir en une synthèse qu'elle puisse lire comme une page d'expérience ; elle s'élève naturellement à des connaissances trop hautes pour pouvoir correspondre à des objets empiriques » K

Si l'idée de substance a été combattue avec

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