‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 71 sur 208 · Cf. s. Th., 1\ q. XXI.X. a. 3, ad · texte numérisé non relu

Cf. s. Th., 1\ q. XXI.X. a. 3, ad

CTIAP. V. LA SUBSTANCE 139

appris à son sujet, dans nos précédentes recherches, nous pouvons lui reconnaître déjà plusieurs attributs précis et positifs :

Il subsiste en lui-même ;

Il supporte et relie entre eux les accidents ;

Il est immuable ;

[1 est un.

Pourrons-nous le déterminer davantage et entrer dans sa nature intime ? Ici se pose le problème de lessence.

Impossible de le résoudre, si Ton n'est absolument fixé sur la signification précise de ce mot. Essayons-donc de le définir, ou si l'on aime mieux, de l'expliquer.

Le mot essence, dans son acception vulgaire et étymologique, veut dire la même chose qu essentiel, par opposition à ce qui est accidentel et accessoire. Par exemple, une qualité est essentielle à un être, quand il ne peut s'en passer à aucun prix, et dans aucun temps. Sous ce premier rapport, doit être dit essentiel à un être tout ce dont la privation entraînerait pour le même être la privation de l'existence réelle ou possible. Je ne conçois pas un esprit dépourvu de la faculté de comprendre, un homme dépouillé d'un corps ou d'une âme raisonnable, un animal à qui la nature aurait refusé la sensibilité, une plante qui ne pourrait exercer aucune opération vitale.

En second lieu, l'essentiel, c'est ce qui siiffiU absolument parlant, c'est ce qui, tout en demeurant apte à div^ers compléments plus ou moins

désirables, n'en serait pas moins concevable sans ces compléments. Si je ne puis imaginer riiomme sans qu'il ait un corps et une àme, je puis, à volonté, me le représenter petit ou grand, bien ou mal fait, blanc ou noir, ignorant ou savant, maladroit on habile, de vertu médiocre ou extraordinaire.

Il suit de là que l'essence d'un être, c'est ce qui se présente d'abord à l'esprit quand on pense à cet être, ce qu'il doit posséder avant toute autre chose, puisque le reste lui est donné par surcroît. — C'est encore ce qui le met dans un rang à part, ce qui le fait lui et le distingue absolument de ce qui n'est pas lui. Les hommes peuvent se distinguer les uns des autres par l'esprit, la vertu et la fortune, mais ils appartiennent tous à la même espèce, parce que, sous les différences accidentelles, si nombreuses qu'on les suppose, se cache un fond identique. Mais entre l'animal le mieux doué et l'homme le plus déshérité il y a un abîme, parce que le premier ne s'élève pas au-dessus de la sensation et des appétits, tandis que le second a reçu en partage, dans la mesure du nécessaire, le don précieux de l'intelligence et de la volonté.

Enfin, un dernier caractère de l'essence, c'est qu'elle doit suffire à rendre compte de toutes les propriétés de l'être, toutes doivent trouver en elle leur raison et se rapporter à elle comme à leur source première. Par exemple, si je mets dans riiomme un corps sensible et une âme raisonnable, je pourrai, grâce à ce double principe.

CIIAP.

expliquer tout ce qu'on remarque en lui : phénomènes vitaux, sensations, passions et mouvements, pensées et volitions.

Pour réunir et résumer en une définition complète les diverses propriétés assignées à l'essence par l'analyse qui précède, nous dirons qu'elle est « ce sans quoi un être ne se conçoit pas, mais qui suffit pourtant à en donner une idée distincte, ce qui se présente tout d'abord à l'esprit quand on pense à cet être, ce qui le différencie dans son fond de tout ce qui n'est pas lui, ce qui, enfin, une fois donné, peut expliquer tous les attributs, tous les phénomènes observés en lui ».

S'il en est ainsi, découvrir l'essence des choses doit demander un assez grand effort. L'intuition ne nous dit rien sur ce fond intime et caché, la perception sensible ne va pas jusque-là, et les sciences qui s'appliquent à observer et à classer les faits n'en approchent pas davantage. Sous ce rapport, l'essence des corps n'est pas plus facile à atteindre que celle des esprits. Vous voyez l'étendue, la figure, la couleur, et les autres propriétés sensibles ; mais l'essence n'est rien de tout cela, car tout cela peut être augmenté, diminué, modifié de mille manières, passer par toutes sortes d'états contraires, sans que l'essence ait été touchée et qu'elle se soit révélée sous sa forme véritable.

Puisque la sensibilité ne réussit point à atteindre l'essence, faisons appel à la raison et à la métaphysique, appuyées elles-mêmes sur les

données de rexpérience. Saint Thomas caractérise la raison par la faculté de pénétrer jusqu'à l'essence des êtres, tandis que les sens ne saisissent que les accidents et le dehors des choses. Et, d'après lui, la raison ne se trompe pas plus sur l'essence que la sensibilité ne se trompe sur les sensibles propres K

Mais comment la raison peut-elle passer des « phénomènes » aux « noumènes », des accidents à l'essence, voilà ce qu'il nous faut expliquer.

A la vérité, la nature des choses ne se révèle pas par elle-même non plus que les puissances. Mais elle se révèle au dehors par ses actes, et ceux-ci nous conduisent sûrement, bien que lentement, jusqu'à elle.

Tout être agit et il nous est donné de le saisir dans l'épanouissement de son activité. Or l'activité suppose le sujet agissant, et teile activité suppose tet sujet, c'est-à-dire telle substance, car tout être agit par sa nature et suivant sa nature; il faut donc qu'il y ait proportion entre l'efTet et la cause, entre Tacte et le principe dont il découle. « Oportet qiiodex eo qiiod ar/it, eonsicleretur principium rjiio agiiiir : oportet enim atrumqae esse conforme » -.

Qu'est-ce que l'action, sinon l'être manifesté, révélé, épanoui, rendu sensible par une émana- ,

1. « Inlcllectus solus apprehendit essenlias rerum, unde ij de anima, IIL dicitiir (iiiod objeclum iiitellcctus est qiiod ^ quid est, circa quod non errât, sicut neque sensus circa pro- j prium sensibile ». S. Tu., 1% q. 5, a. 1, ad 2, et S'' 2", q. 8, J a, 1, c.

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