‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 72 sur 208 · Qfj. dispp. If. unicade anima, a. 12, c · texte numérisé non relu

Qfj. dispp. If. unicade anima, a. 12, c

tion de sa vertu, partant de sa substance ? N'estce point un axiome de la raison universelle qu'on reconnaît Tarbre à ses fruits et l'ouvrier à ses œuvres? Je vois, je goûte, je savoure un fruit délicieux, et je ne saurais rien de l'arbre qui l'a porté ? Vingt fois, cent fois, j'aurai vu à Toeuvre un ouvrier du commun et un artiste de génie, Phidias ou ^lichel-Ange, et je n'aurai rien découvert de l'àme de l'un et de l'autre ? J'aurai lu la vie tout entière de sainte Thérèse ou de saint Vincent de Paul, et j'ignorerai ce que c'est que l'amour, et je ne saurai rien du vase de choix qui a renfermé ces deux cœurs magnanimes ?

Qu'on nous permette d'insister encore sur une vérité si simple et si élémentaire. La faute en est à ceux qui ont obscurci l'évidence et mis en doute les lois essentielles de la raison. Si par une analyse minutieuse des faits, j'arrive à savoir ce que c'est que vivre, que sentir, que penser et que vouloir, j'aurai par là même une idée distincte du sujet ou de la substance qui vit, qui sent, qui pense et qui veut. Et si, faisant l'application de ces principes, je place dans une catégorie à part, dans des espèces distinctes, les êtres qui vivent, ceux qui sentent et ceux qui pensent, qui pourra, de bonne foi, soutenir que ces dénominations sont purement verbales, que ces divisions sont arbitraires, que ces classifications n'ont rien d'objectif et que les espèces n'ont aucun fondement dans la nature ?

Les kantistes et les positivistes répètent après Locke : « Les universaux ne sont que des pro-

duclions de notre esprit... les espèces (comme les genres) sont purement nominales, simples dénominations dont on se sert pour ranger les choses )). BufTon et Guvier tenaient un langage bien difTérent : <* Les espèces sont les seuls êtres delà nature » (Buffon). — « Les individus sont les ombres dont l'espèce est le corps » (Cuvier). Ce témoignage nous suffit pour montrer que l'ancienne métaphysique n'était pas trop arriérée en soutenant la réalité objective des essences et des espèces.

11 est vrai, la connaissance que nous avons de Tessence des choses est imparfaite, incomplète, discursive. Nous ne les saisissons point en ellesmêmes, mais seulement dans les actes qui les exprmient. Et ces actes ne les expriment pas entièrement, car l'effet produit est le plus souvent inférieur h la cause. — Ajoutez qu'il n'est pas toujours en notre pouvoir d'embrasser un acte dans sa totalité et de réunir toutes les circonstancesqui l'accompagnent, toutes les nuances qui le modifient. — Sans doute, je puis circonscrire les puissances d'un être dans des lignes qu'elles ne franchiront jamais, mais je ne saurais dire tout ce qu'elles peuvent produire dans le cercle restreint où s'exerce leur activité ; je connais l'essentiel de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté humaines, mais toutes les variétés sans nombre qu'elles peuvent revêtir chez le dernier comme chez le plus parfait des hommes, en traversant les individualités intermédiaires qui séparent l'un de l'autre, je ne les connais pas.

Au reste, parmi les essences qu'il nous est donné d'atteindre, on peut signaler plus d'une différence: il en est qui sont plus à notre portée, comme celles des substances matérielles, et celles-ci forment ici-bas l'objet proportionné de notre esprit : « Primum qiiod intelligitur a nobis^ seciindiim slatiim prsesenlis vitœ.est quidditas rei mcderialis, qiise est nostri intellechis objecliim » ' ; il en est qui sont moins accessibles à notre regard, telles que les choses immatérielles, et nous ne pouvons guère nous les représenter qu'en nous aidant des comparaisons empruntées à la nature sensible. — Souvent même, faute de pouvoir pénétrer jusqu'à l'essence, nous sommes réduits à distinguer certains êtres les uns des autres par des différences purement accidentelles.

On le voit, la doctrine thomiste n'exagère point la portée de l'esprit humain, elle ne méconnaît pas les limites que lui impose sa nature; mais d'un autre côté, elle se refuse à bon droit à le faire descendre jusqu'au niveau des facultés sensibles, en lui assignant pour toute occupation « d'épeler des phénomènes et de les réunir en une synthèse qu'il puisse lire comme une page d'expérience ».

Conclusion. Ne finissons point notre étude sur la substance sans montrer l'harmonie des phénomènes et des noumènes, c'est-à-dire de V essence, de la puissance et de V action.

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