‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 73 sur 208 · s. Th., 1% q.Sy, a. 3. c · texte numérisé non relu

s. Th., 1% q.Sy, a. 3. c

La philosophie moderne confond d'ordinaire ces trois choses, et cette confusion entraîne les plus funestes conséquences. Etre, pouvoir agir et agir, voilà trois propriétés parfaitement distinctes. Avant tout, il faut supposer que Têtrr esL qu'il appartient à une espèce déterminée , c'est le propre de la substance ou de l'essence de faire cela, et c'est assez. — Mais un être qui ne peut agir, un être réduit à ne jamais sortir d'une complète inertie, c'est chose difficile à imaginer, presque impossible à concevoir, certainement impossible à connaître. — A l'essence ajoutez des facultés. — Mais une faculté demeure incomplète tant qu'elle n'agit pas; elle est pour son acte et son acte est sa perfection. Donnez à Tètre ce dernier complément, il aura tout ce qu'il peut avoir, il sera achevé.

L'essence est une, les facultés sont multiple^ et les actes presque innombrables.

L'essence est uniforme, immuable, toujours en acte et toujours semblable à elle-même ; les facultés sont diverses, passent à chaque instant de la puissance à l'acte ou réciproquement, et se modifient autant de fois qu'elles entrent en acte ou en repos.

L'essence représente la stabilité et assure l'identité de Tespèce ; les puissances, complétées par leurs actes, représentent le mouvement et le progrès et rendent raison des nombreuses différences individuelles qu'on observe dans une même espèce.

Sans l'essence, il n'y aurait point d'unité dans

Tôtre, tout y serait collection et amas de parties à l'infini ; sans les puissances et leurs actes, il n'y aurait ni variétés ni nuances possibles.

L'essence, c'est le tronc de l'arbre^ attaché au sol et immobile ; les puissances sont les mille rameaux qui l'embellissent et les actes sont les fleurs, les feuilles et les fruits.

Tout part de l'essence et tout repose sur elle ; elle est la base, la source et le point de ralliement ; mais les facultés et les actes viennent lui donner la vie et la beauté, et surtout la révéler, l'exprimer en dehors.

On connaît l'arbre à ses fruits^ on connaît la puissance à ses actes, et l'essence à son énergie ou à sa vitalité.

A ne consulter que le sens commun, l'idée de cause est peut-être la plus claire de nos idées. Aucun esprit qui en soit dépourvu et qui ne sache l'appliquer à propos dans des circonstances données. Et pourtant, il n'est pas de notion que la philosophie positive ait davantage obscurcie, ni dont elle ait combattu la valeur avec plus d'opiniâtreté.

D'un autre côté, nous ne pensons pas qu'il y ait pour l'esprit humain une idée d'une importance plus grande ou plus générale que l'idée de cause. Dans l'ordre physique comme dans l'ordre intellectuel et moral, tout la suppose et rien ne s'explique sans elle. Si les êtres sont, c'est parce qu'ils ont une cause, et si nous en acquérons une connaissance raisonnée, c'est que nous pouvons indiquer cette cause. De là ce mot d'un philosophe moderne: « Les causes sont l'alphabet de la science, sans lequel on ne peut lire dans le livre de la nature » ^

1. Glanville, Scepsis scientifîca. — Aristote avait dit avec plus de précision : <« Quia scire opinamur cum scimus causam, consequens est quod médium demonstrationis sit causa ». Poster, analyl. II.

§1. — Acte et puissance.

Dans la doctrine péripatéticienne, le mot acte a un sens plus profond et plus étendu que dans le langage ordinaire. Est appelée acte toute entité complète dans son genre et qui na plus rien à attendre pour posséder la perfection qui convient à sa nature. Bien plus, l'acte est destiné à compléter et à perfectionner la puissance à laquelle il vient s'ajouter. Par exemple, on dit que l'càme est l'acte du corps, parce qu'elle l'informe et le place dans son espèce ; que l'existence est l'acte de l'essence, parce qu'elle la fait passer de la puissance à l'acte, et que l'opération est l'acte de la faculté, parce quelle lui donne son dernier complément.

Dans le langage ordinaire, le mot acte est synonyme (ï opération. Mais dans son acception philosophique, il est synonyme de perfection. Voilà pourquoi Dieu est appelé acte pur. Au contiaire, toute créature est un mélange d'acte et de puissance ; car toute créature est parfaite sous un point de vue, et imparfaite ou en puissance sous d'autres rapports.

La puissance^ son nom l'indique assez, est le contraire, tille ne se révèle pas elle-même aux regards de Tobservateur, elle se laisse seulement apercevoir dans l'acte appelé à la compléter Dans sa signification la plus générale, on peut la définir une simple capacité; ou, pour être plus-

CIIAP. M. LA CAUSE

explicite, Ici faculté de recevoir ou de faire quelque chose.

La puissance est en premier lieu la possibilité d'(^tre ; un être existe ; par là même, il pouvait exister. Cette aptitude d'un être qui n'existe pas encore, à recevoir l'existence actuelle, est ce qu'on appelle puissance logique.

Au-dessus de la puissance logique se trouve la puissance réelle. J'existe ; mais je n'agis pas encore, ou du moins je ne fais pas tel acte particulier : j'ai la faculté d'agir, de faire cet acte : voilà une puissance réelle et active, puisque je suis capable d'agir par moi-même.

Voici au contraire un bloc de marbre : il peut recevoir telle forme spéciale qu'il plaira à l'artiste de lui donner : incapable de se la donner lui-même, il a seulement l'aptitude à la recevoir; cette aptitude est une puissance réelle, mais seulement passive. Leibnitz lui donne le nom de réceptivité, par opposition à la puissance active qu'il appelle une faculté K

Il n'est guère possible de mettre en doute la puissance passive. Mais y a-t-il réellement des puissances actives, au sens de la définition ? Taine le nie, et voici comment il raisonne : ^< On dit qu'un homme sain a le pouvoir de marcher et qu'un paralytique ne l'a pas. Cela veut dire simplement que la résolution de marcher, chez l'homme sain, est certainement suivie du mouvement des jambes et qu'elle n'est jamais suivie

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