‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 77 sur 208 · S. Th., in Melaphysicor.. lect · texte numérisé non relu

S. Th., in Melaphysicor.. lect

Lorsque l'ogeiil est un èlre doué de raison, il commence par concevoir ou se représenter le but à atteindre, ensuite il songe aux moyens à prendre, puis il emploie ces moyens et enfin réalise la fin qu'il s'est proposée. L'ordre d'exécution reproduit l'ordre de représentation, mais en sens inverse, puisque ce qui est au commencement dans la représentation (le but), se trouve à la fin dans l'exécution.

Mais il n'est pas nécessaire à la finalité d'être connue de l'agent ; du moins de l'agent immédiat chargé d'en poursuivre la réalisation. Nous verrons plus loin que l'animal, que la plante, que la nature inanimée elle-même sont sollicités par la fin et s'avancent vers elle entraînés par un irrésistible attrait. Mais alors une intelligence supérieure conçoit le but et dirige en conséquence tous les mouvements des ouvriers subalternes employés à sa réalisation.

On le voit, partout où il y a une fin, il y a (\e> maliens et l'on ne conçoit pas plus la fin sans les moyens que l'etret sans la cause, (^est que la fin est un résultat à atteindre : or, si le principe de causalité dit vrai, son résultat ne se réalise pas de lui-même, il demande l'emploi de certains moyens en rapport avec le but en question.

La fin mérite donc le nom de cause, puis- <ju'elle a sur l'effet une influence considérable. Bien plus, on a pu, sans exagération, l'appeler la cause par excellence, la cause des causes, causa causarum. Sans elle, en effet, l'agent

CIIAP. VI. LA CALSli

n'agirait pas. « Nul, dit Aristote, ne commencerait à agir, s'il ne devait parvenir à une fin quelconque ». C^est donc la fin qui donne le branle et détermine le mouvement. — D'un autre côté, puisqu'il faut des moyens proportionnés pour atteindre la fin, c'est elle encore qui les commandera et les dictera pour ainsi dire à Tagent. Ainsi tout est ordonné vers le but, tout travaille pour lui.

§ III. — Théories anticaiisalistes.

Serait-ce le magnifique usage du principe de causalité que nous venons d'indiquer qui a valu à la théorie de la cause les attaques de nos adversaires, sceptiques, kantistes et positivistes? Peut-être une telle supposition n'est-elle point téméraire : la peur de la cause première a pu fermer les yeux à plusieurs sur la réalité des causes secondes.

Quoi qu'il en soit, voyons ce qu'on a voulu et cherché à ébranler dans la notion de cause.

Kant raisonne sur la cause comme sur l'espace et le temps : Nous avons incontestablement cette idée, mais elle ne relève pas de l'expérience, elle est une pure forme de l'esprit, forme a priori^ vide de tout objet réel, puisque l'observation ne saurait la révéler, et que l'esprit ne découvre aucune liaison nécessaire entre l'idée d'événement et Tidée de cause : « Le concept

de la causalité, considéré comme nécessité physique, ne concerne l'existence des choses qu'autant qu'elles sont déterminables dans le temps, par conséquent qu'autant qu'on les considère comme phénomènes et non comme des choses en soi ». — « Je ne dirai donc pas que, dans le phénomène, deux états se succèdent, mais seulement qu'une appréhension en suit une autre, ce qui est purement subjectif et ne détermine aucun objet, et ne peut, par conséquent, valoir comme connaissance d'un objet, même dans le phénomène » ^

Et les positivistes d'applaudir. Qu'il nous suffise d'entendre M. Taine. Il parle au nom de tous avec la clarté un peu brutale que nous lui connaissons déjà. (^ Nous apprenons par Texpérience qu'il y a dans la nature un ordre de succession invariable et que chaque fait y est toujours précédé par un autre fait. Nous appelons cause l'antécédent invariable, effet le conséquent invariable... Il n'y a pas de fondement scientifique dans la distinction que l'on fait entre la cause d'un phénomène et ses conditions... La cause est la somme des conditions négatives et positives prises ensemble, la totalité des circonstances et contingences de toute espèce, lesquelles, une fois données, sont invariablement suivies du conséquent ». De même pour la volonté. — '( Il V a là un antécédent comme ail-

1. Crit. delà raison prat. r« part 1. I, c. III; n. 2 et Logique transcendant. 1. II, c. il, sect. 3, n. 3.

leurs, la résolution ou état de l'esprit, et un résultat comme ailleurs, l'effort ou sensation physique » ^

Les adversaires de la cause finale ne sont pas moins nombreux que ceux de la cause efficiente. Lucrèce la trouve contradictoire ; Kant la regarde comme indispensable à Tesprit humain, mais sans aucune réalité objective. Spencer et Taine l'attaquent au nom de la science. Descartes la range parmi les objets inconnaissables.

D'après Lucrèce, disciple fidèle d'Epicure, la croyance aux causes finales nous fait intervertir l'ordre des choses : elle fait prendre l'effet pour la cause. L'œil voit parce qu'il est capable de voir, l'oreille entend parce qu'elle est propre à l'audition, l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, mais ni l'œil n'a été fait pour voir, ni l'oreille pour entendre, ni l'oiseau pour voler. Nos membres n'ont pas été faits pour notre usage, mais on s'en est servi parce qu'on les a trouvés faits -.

Kant applique sa théorie subjective à la finalité comme aux autres notions générales. La fin fournit à l'esprit un principe régulateur, utile pour concevoir une certaine unité systématique dans la nature, mais non pas un principe objectif, constitutif de la réalité. « Le jugement le trouve en lui-même (le principe de finalité)... Il ne le prescrit pas à la nature..., on ne peut attribuer à la nature quelque chose de semblable à

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