De naturel, 1. IV, v. 822 et seq
un rapport de finalité, mais seulement se servir de ce concept pour réfléchir sur la nature » ^.
Aux yeux de Taine, la fin d'un être n'est que Tensemble des faits les plus saillants de cet être. « Tout être a une fin », cela signifie maintenant : « En créant un être, Dieu a eu quelque but en vue ». Je n'en sais rien ni vous non plus. Nous ne sommes point ses confidents ^.
§ IV. — Objectivilé de la cause efficiente.
On peut rétablir par le bon sens, par la raison et par l'expérience.
Félix qui potuil rerum co^noscere causas !
Que dites-vous, poète? connaître les causes, c'est le bonheur I Notre âge peut et doit s'en passer. Croyance au surnaturel, illusion théologique! Croyance aux causes, illusion métaphysique ! Et nous sommes en pleine période scientifique: adieu les songes d'enfants, les chimères des rêveurs.
Malheureusement on parle aujourd'hui comme au temps de Virgile, comme au temps d'Aristote et de S. Thomas; le genre humain a décidément pris parti pour les métaphysiciens et les
1. Criî. du jut/emeni. Intr. c. IV, n° 28,29, t. I et Gril, delà raison pure, t. 2, p. 114, Trad. Barni.
2. Les Philosophes classiques du XIX' siècle en France, ch. XI, n» 3. Cf. Spencer, Biologie.
poètes: il croit aux causes; il les voit partout, il les cherche toujours. Que demande l'enfant, dans ses questions sans cesse renouvelées ? Pourquoi ceci, comment cela? Ou est-ce que telle chose? Qui Va faite :^ Autant d'interrogations sur la cause.
Et l'homme mûr fait comme l'enfant, et le savant fait comme l'homme du peuple. 11 sait hien qu'il n'est pas facile d'atteindre la cause, que souvent on s'égare dans cette recherche et qu'il s'y est égaré lui-même plus d'une fois, prenant l'ombre pour la réalité. N'importe 1 II y a des causes ; on peut les connaître, il faut les poursuivre; l'esprit humain ne permet pas l'indifférence sur ce sujet, et, la cause trouvée, c'est le repos, c'est le contentement ^
Pour donner raison au positivisme, il faudrait changer la nature humaine.
11 faudrait aussi changer la nature (\e\2i science. Aristote a distingué deux espèces de démonstration : celle qui constate simplement un fait, et celle qui en démontre la cause. La première appelée quia^ o--., et la seconde propter quid, o: ^0-'.. Or la division péripatéticienne est devenue tout à fait classique: on ne la discute pas. Les modernes ont préféré l'appeler démonstration
1. S. Thomas a parfaitement traduit cet instinct universel de la nature intellectuelle : << Xaturaliter inest omnibus hominibus desideriura cognosccndi causas eorum qure videntur : unde propter admirationem eorum «luœ videbantur, quorum causse latebant, homines philosopliari cœperunt ; invcnientes autem causam quicscebant ». Cont. Geni. 1. III,