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GuiBERT, Les Oriyines, ch. II

CHAP. VII. — CONNAISSANCE DE lYnIVERS 185

1° Il est essentiel à l'être physique que le mouvement lui soit communiqué avec une équivalence parfaite, sans que la réaction devienne jamais supérieure à l'action ou à l'impression reçue. Chez le vivant, le phénomène contraire est le cas général ; Tanimal en fournit des indices trop éclatants pour qu'il y ait lieu d'insister, mais la plante elle-même, quoique à un moindre degré, montre aussi une puissance de réaction et de transformation très remarquable. Dans la nutrition, par exemple, ce qu'elle reçoit, cest une matière inorganique, et ce qu'elle produit, c'est une matière organisée, à laquelle elle imprime sa forme et qu'elle fait à sa propre image.

2° La matière inorganique est, par nature, uniforme et indifférente, elle se prête à n'importe quelle direction et modification, elle se refuse à toute évolution et à toute création ; l'être vivant, au contraire, affecte toujours une forme spéciale, il agit suivant un plan fixe et se développe d'après un type déterminé et invariable.

3"^ Bien plus, il a pour origine un simple germe qui le contient tout entier, non pas en acte et comme en miniature, mais en puissance seulement et comme un canevas à développer. A lui de faire effort et de passer de la puissance à l'acte. Laissons parler Cl. Bernard.

« L'élément de création organique des êtres vivants est une cellule microscopique, l'ovule ou le germe. Cet élément est sans contredit le plus merveilleux de tous, car nous voyons qu'il a pour fonction de produire l'organisme tout en-

lier... Qu'y o-l-il de plus extraordinaire que cette création organique, et comment pouvonsnous la rattacher à des propriétés inhérentes à la matière qui constitue l'œuf?... L/œuf, la cellule embryonnaire, est un devenir ; or, comment concevoir qu'une matière ait pour propriété de renfermer des propriétés et des jeux de mécanisme qui n'existent pas encore ?... Je ne concevrais pas qu'une cellule formée spontanément et sans parents y)ût avoir une évolution, puisqu'elle n'aurait pas cette direction originelle, cette sorte de formule organique qui résume les conditions évolutives d'un être déterminé » K

Mais suivons l'évolution dans le détail des opérations qui s'y passent.

Deux points de vue y sont particulièrement remarquables : 1° la différenciation des cellules ; 2° la ligne ou la voie que suit le germe dans son évolution.

On sait que tout être vivant commence par une seule cellule : cette cellule paraît identique au point de départ de tout être vivant. Il n'y a aucune différence sensible dans la matière ; il faut bien que la différence se trouve dans une force simple qui contienne en puissance tout ce qu'elle va produire, résultat très différent suivant les diverses espèces, absolument semblable pour les individus de même espèce.

Mais comment vont sortir d'une cellule unique tant d'éléments et d'organes divers ? — La cel-

\. De la Physiologie (jénérale, pp. 148, loG, 177.

CHAP. Vil.

Iule se gonfle, se segmente, se multiplie. Les nouveaux éléments se segmentent à leur tour et produisent d'autres organismes. Comment chaque élément devient-il le commencement d'un organe déterminé? Gomment, par exemple, une cellule non caractérisée produit-elle une cellule nerveuse et un élément musculaire ? La cellule nerveuse ne devient pas telle sous Tinfluence des milieux physico-chimiques, par transformation subie après sa naissance ; elle est produite à l'état de cellule nerveuse par la cellule-mère. Or cette cellule-mère n'était pas une cellule nerveuse ; elle ne possédait cette propriété qu'en puissance. Cette puissance s'est réduite en acte dans la cellule engendrée. N'est-ce pas là une vraie création ?

Créalion de parties nouvelles, voilà bien la première note distinctive de l'évolution, établie par les données les plus autorisées de la science ^.

La seconde, qui n'est pas moins remarquable, c'est la voie que suit le germe dans la réalisation d\in plan déterminé, conformément au type de son parent.

On avait remarqué de tout temps que le germe marche dentement, mais sûrement à son but, passant toujours par les mêmes phases ou stades. Aristote faisait observer que l'homme est d'abord un ver, puis un poisson, puis un mammifère, puis un homme. L'embryologie était trop

1. Cf. Ronix, Analomie et Physiologie cellulaire, p. 294, note et p. 440, note.

peu développée jusqu'à ces dernières années, pour pénétrer plus avant les mystères de l'évolution embryonnaire.

Les transformistes ont cherché dans cette évolution une preuve à l'appui de leur thèse, et ils ont prétendu que chaque espèce actuelle reproduisait, dans la vie embryonnaire des individus, les divers stades par lequels elle avait passé depuis la monère primitive jusqu'à son état présent. Ainsi l'homme est d'abord monère, c'està-dire ni animal, ni végétal, puis successivement amibe, synamibe, planéade, gastréade, acœlonien, cœlomate, ver, acrànien, vertébré, cruniote, amphirhinien, poisson, amphibie, amniote, mammifère, etc.

Les longs travaux d'Agassiz sur l'espèce et sur Tembryogénie * lui ont permis de rétablir la vérité des faits. Avec cet illustre savant, suivons le germe dans son évolution.

Le germe est tout d'abord individualisé, c'està-dire rendu distinct de son parent. Dès que des traits caractéristiques se font jour, c'est pour indiquer à quel embranchement appartiendra l'être qui évolue, c'est à-dire que le plan général de structure apparaît tout d'abord.

Mais il en résulte que l'homme ne sera jamais amibe, ni mollusque, ni ver, quelque ressemblance confuse que le fœtus puisse offrir pour des yeux peu exercés avec ces animaux inférieurs. — Dès que le plan se dessine plus clairement,

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