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sans doute dans le miracle que dans le moindre des faits ordinaires ; mais aussi il n'y a rien de moins dans le plus ordinaire des faits que dans le miracle ; les miracles ne sont miraculeux qu'au regard de ceux qui sont déjà prêts à reconnaître l'action divine dans les événements et les actes les plus habituels » ^

La théorie qu'on vient d'exposer, un peu longuement peut-être, donne lieu à plusieurs observations.

Et d'abord, il est inadmissible de présenter le miracle comme un fait compris dans le déterminisme universel, « exigé et conditionné par les événements antérieurs et par toutes les circonstances du présent )>. Professer une- pareille doctrine, c'est oublier qu'en dehors et au-dessus du déterminisme de la nature planent deux libertés capables d'intervenir dans les choses de ce monde : la liberté de l'homme et la liberté de Dieu. Si grande qu'on fasse la part de la nature

1. M. Blondel. L'Action, p. 386. Firmin, pseudonyme de M. Loisy, écrivait en 1000 : « De même que le miracle, chez les peuples primitifs, y compris le peuple juif, et au point de vue de la foi, nest qu'une action divine un peu plus sensible que les autres, de même, au point de vue rationnel et scientifique, le miracle le mieux constaté n'est qu'un fait moins commun que les autres, mais qui doit rentrer dans le même ordre que les autres, puisqu'il y est réellement contenu ; le miracle, à le bien prendre, est le train du monde et de la vie contemplé par la foi qui seule en pénètre l'énigme ; le même train du monde et de la vie, observé en quelque sorte du dehors par la raison, est Tordre de la nature, le domaine de la scif^nce et de la philosophie » {Bévue du Clergé français, 15 mars 1000, Les preuves et l'économie de la révélation).

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et du milieu dans Thistoire, il faut faire plus grande encore la part de cet agent supérieur qui s'appelle Ihomme et ne point oublier, qu'avant tout, l'histoire est faite d'actes et d'événements humains.

En ce qui concerne Dieu, sans en faire un « personnage historique » comme l'homme, il suffît de se rappeler que c'est lui qui a tiré le monde du néant, et qui a librement établi les lois qui régissent toutes choses. Mais « s'il a astreint la nature à certaines lois, il ne s'y astreint lui-même qu'autant qu'il lui plaît, se réservant le pouvoir suprême de détacher les effets qu'il voudra des causes qu'il leur a données dans l'ordre cpmmun, et de produire ces ouvrages extraordinaires que nous appelons miracles, selon qu'il plaira à sa sagesse éternelle de les dispenser » ^

Ces graves paroles de Bossuet ont inspiré à Brunetière les réflexions suivantes : « Si nous y voyons clair, la notion du surnaturel conditionne la notion de Dieu ; ou encore, l'idée de Dieu n'a de réalité que dans la catégorie du surnaturel. Dieu se manifeste par la liberté qu'il a de défaire les liens où notre courte science essaye de l'emprisonner ; et il faut renoncer à s'entendre quand on en parle, ou il faut convenir que, de tous les attributs par lesquels nous essayons de le caractériser, il n'y en a pas un

1. Bossuet, Elevât, sur les mystères, 5* élév., 5' semaine cf. S. Th., 1^, q. 105, a. 7, ad 1.

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qui lui soit plus essentiel que sa liberté... Quand on at'lirme le surnaturel, on affirme tout simplement que la nature et l'humanité qui ne sont pas leur propre cause, ne sont pas davantage à elles-mêmes leur loi et leur fin » K

De son côté, la science moderne a mis en plein relief la '( contingence » des lois de la nature. Et M. Boutroux, dans un livre justement remarqué-, a déduit de ce fait plusieurs conclusions d'un haut intérêt. Après avoir longuement exposé la superposition des degrés divers qu'on observe dans l'échelle des êtres et comment les activités hiérarchiques, malgré leur déterminisme spécial, peuvent subir la domination d'une activité supérieure qui vient en modifier le cours, il poursuit ainsi : « La doctrine de la contingence ébranle le postulatum qui rend inconcevable la liberté dans le cours des phénomènes... Elle se prête à la conception d'une liberté qui descendrait des régions suprasensibles pour venir se mêler aux phénomènes et les diriger dans des sens imprévus... Dieu n'est pas seulement le créateur du monde, il en est aussi la Providence, et veille sur les détails aussi bien que sur l'ensemble » ^.

On objecte que l'historien comme le savant ne peut saisir que des faits K Mais le miracle est

1. Les difficultés de croire, conférence donnée à Amsterdam le 0 mai 1904.

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