II. CONXAISSAN-CE DE l'lXIVERS
Sans entrer, à ce sujet, dans des détails qui nous éloigneraient de notre plan, observons que les assertions de Fauteur, si tranchantes et si absolues, ne reposent sur rien et n'ont pas même en leur faveur un commencement de preuve.
Au reste, rien de mieux établi que l'autorité et la valeur « historique » des évangiles ^ Leurs auteurs, il est vrai, ont un but essentiellement « religieux» et « dogmatique», mais ils le poursuivent par la voie et avec les procédés de l'histoire. — Les faits qu'ils rapportent sont nombreux, importants, publics, souvent précis et circonstanciés, en parfaite harmonie avec le milieu, corroborés sur plusieurs points par divers témoignages profanes. — Les narrateurs sont des témoins oculaires, comme S. Mathieu et S.Jean, ou des contemporains comme S. Marc, disciple et organe de S. Pierre, comme S. Luc qui remonte jusqu'au commencement, interroge les ministres de la parole et ceux qui ont vu les choses de leurs yeux, et dispose les faits dans un ordre méthodique et meilleur. Ecoutez ce début si classique du troisième évangéliste : « Plusieurs ayant entrepris d'écrire l'histoire des choses qui se sont accomplies parmi nous, suivant ce que nous ont transmis ceux qui les ont vues eux-mêmes dès le commencement, et qui ont été les ministres de la parole, j'ai résolu, moi aussi, après m'être appliqué à connaître
1. Cf. Jacouier. Les évanr/iles sijnopli'jiies : le P. Rose, S. Mathieu, S. Marc, S. Luc ; Mgr Batiffol, Six leçons sur les évangiles ; Calmes, S. Jean.
exactement toutes choses depuis Torigine, de t'en écrire le récit suivi, excellent Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus » *!
Modestes jusqu'à s'effacer en toutes circonstances derrière leur héros, jusqu'à raconter leurs défaillances et les justes reproches de leur maître ; impartiaux jusqu'à une sorte de neutralité qui retient sous leur plume tout blâme des ennemis, toute appréciation des événements; si peu crédules que Jésus les reprend à plusieurs reprises de leur lenteur à croire, et en même temps si courageux et si désintéressés qu'on ne peut les réduire au silence et qu'ils donnent leur vie pour rendre témoignage à la vérité : tels sont les hommes qu'on a osé représenter comme « n'ayant nul souci de l'exactitude historique », comme « traitant la matière traditionnelle avec une liberté qui rend bien inutiles tous les artifices au moyen desquels une certaine exégèse s'efforce de la dissimuler ».
Si Pon remarque dans leur récit quelques divergences, quelques contradictions apparentes sur des points d'ailleurs secondaires-, n'est-ce