Ihid., p. 182 et
3. Taine, De. r intelligence, p. 9. Cf. Fouillée, Psychologie des idées-forces, II, p. 69-80.
CHAP. VIII. CONNAISSANCE DE l\\ME *2'23
La psychologie thomiste ne s'arrête pas à la « simplicité » de l'àme, comme la psychologie cartésienne, elle va jusqu'à la << spiritualité » du sujet pensant. Ce qui n'est que simple n'a point de parties, mais dépend essentiellement de l'organisme, comme il se voit dans le principe vital de la plante et dans l'àme sensitive de l'animal. A la simplicité et à l'unité, l'être spirituel joint l'indépendance à l'égard de la matière, car il a des opérations et par suite des facultés qui ne relèvent aucunement de l'organisme. Telle est la propriété essentielle que nous revendiquons en faveur de l'àme raisonnable.
Notre thèse peut s'établir d'après les procédés les plus rigoureux de la méthode expérimentale. Le principe pensant se révèle à nous par ses actes ; or ses actes accusent des propriétés absolument irréductibles aux facultés organiques, portées à leur plus haute puissance.
L'homme connaît l'universel et l'absolu ; il parle et progresse; il veut et se détermine librement ; il commande à ses passions et à son corps aussi bien qu'à la nature ; il s'élève jusqu'à la moralité et à la sainteté ; voilà des faits courants et constants et que nulle critique ne saurait ébranler.
Mais ces faits demandent une cause proportionnée, et cette cause ne saurait être qu'un agent spirituel, supérieur à toutes les énergies de la matière, si parfaites et si développées qu'on les suppose. Mettons cette assertion dans tout son jour.
1" Dans notre étude sur la connaissance intellectuelle ^ nous avons donné comme note distiiictive de l'intelligence la faculté de saisir l'universel et Vabsolu, et nous avons montré que toute puissance sensitive étant assujettie à un organe, se trouve par là même emmurée dans le « particulier » et le « relatif ».
Spencer et Stuart Mill prétendent que les idées universelles et nécessaires ne sont, en réalité, que des notions empiriques, élevées à un plus haut degré d'abstraction, et dont on peut aisément rendre compte par Tassociation et l'hérédité. Une telle prétention est insoutenable. L'expérience généralisée peut bien donner les lois de la nature, et les lois de la nature peuvent bien nous apprendre comment se comportent les agents physiques dans des circonstances déterminées ; mais si elles nous disent ce qui est, elles ne nous disent pas ce qui doit être, ou ce qui pourrait être. Le pain renferme des principes nutritifs, l'eau élevée à une certaine température entre en' ébullition, pour se transformer en glace si on la fait descendre au-des sous de zéro degré ; voilà des notions empiriques généralisées, mais qui diffèrent absolument des vérités nécessaires, obtenues non par l'expérience mais par l'analyse des concepts. Quand j'énonce une vérité nécessaire, ou que je mets en tête de mes raisonnements quelques-uns de ces grands principes qui soutiennent le monde des sciences: