CHAPITRE XI
dt: phénoménisme
Il est évidemment bien naturel, puisque nous sommes en rapport incessant avec le monde extérieur, d'y rattacher en majeure partie, si ce n'est en totalité, ce qui est pour nous connaissance «l'abord, et est appelé à devenir science ensuite. Rousseau n'a-t-il point dit quelque part : la vérité est dans les choses et non en moi ? La méthode objective a dû s'offrir et s'est offerte à l'esprit des premiers philosophes, de ceux qui ont vécu dans la période anté-socratique.
Telle a été la pratique de la pensée réfléchie lorsqu'elle a commencé à s'exercer. Néanmoins, il y a eu une autre pratique, non seulement pareil lèle mais encore antérieure à celle-là, et qui a trouvé son expression, à la lois religieuse et poétique, dans la mythologie ou faits analogues. La première tendance de l'esprit humain arrivant à la conscience de lui-même a été d'animer la nature entière; projetant dans les choses et les puissances de la nature sa propre personnalité et, par cela même, jugeant du dehors par le dedans, comme
si ce tlcrnior eût été le vrai point de départ de la vie menlalc. C'est ainsi que les idées de cause, de force, d'unité, de finalité ont passé du sujet à l'objet, du moi, au non moi. L'homme a d'abord créé le monde à son image.
Cette inlérence de l'esprit humain s'assimilant, subjectivant la nature, a été signalée par Turgot, dans son magistral article : VEaislence de la grande Encyclopédie.
Laissant de côté cet épanouissement tout spontané, que je qualifierai volontiers d'inconscient de l'activité mentale, je reviens à la philosophie proprement dite. A la suite de la révolution radicale accomplie par Socrate, qui prit pour point de départ le y>'*>8' «autov, on en vint à dilïérencier profondément, quant à leur nature propre, l'intérieur et l'extérieur. De là, l'idéalisme de Platon et celui, plus tempéré, d'Aristote. D'autres écoles, s'inspirant évidemment de la période anlé-socralique, se montrent sous les traits d'un matéria lisme évolutif ou non évolutif. De celte thèse et de celte antithèse on dut arriver à une synthèse panthéisliquc. à prédominance idéaliste ou matérialiste, mais plutôt idéaliste. Pareille synthèse ne pouvait être définitive et, si elle a eu dans l'âge moderne de nouvelles et éclatantes manifestations, il ne s'en est pas moins formé des écoles dissidentes dont le spiritualisme d'une part, le matérialisme de l'autre, forment les deux termes antagonistes les plus extrêmes. Entre les deux il existe
néanmoins, comme un ternie moyen : le sensualisme, principal point de départ de l'utilitarisme et du socialisme contemporain.
En regard de tous ces systèmes se dresse le Kantisme, qui est une négation hardie et démontrée, parla critique de l'esprit humain, de la métaphysique telle que l'avait faite la tradition.
Pendant cette mêlée philosophique, confuse s'il en fut, l'heure de la science était venue. Prenant pour accordés certains principes ou postulats, elle s'est conformée dans sa marche générale aux résultats de l'œuvre critique de Hume. Celui-ci, J)arlantde la donnée primitive de la sensibilité, et admettant cpie toutes les connaissances proviennent de l'exercice des sens dont nous sommes doués, n'a pas eu de peine à prouver que certaines idées, tenues comme fondamentales, par exemple celles de cause et de substance, ne pouvaient avoir l'acception qui leur est communément attribuée. L'expérience extérieure ne nous montre que des phénomènes concomitants ou successifs, sans nous apprendre quoi que ce soit touchant la substance propre au sujet d'inhérence de ces phénomènes, et touchant l'existence de causes proprement dites, c'est-à-dire de quelque chose dont l'essence serait de se déterminer par soi-même, non par une autre chose.
Hume a donc appliqué le phénoménisme qui s'impose, pour le dehors, au monde intérieur, et il n'admet dans l'ordre mental, et après lui toute
l'école anglaise n'a admis, que des faits réunis entre eux par la loi d'association. Il s'en est suivi que la notion de cause n'a plus été, pour le dedans comme pour le dehors, <|.run rapport constant de succession entre le lait qui précède et celui qu, suit. C'est la loi d'invariable séquence de Sluart Mill. Nous sommes en plein dans la période objective. Cette méthode, avec son caractère scientifique fort peu positif, a régné, comme je l'ai déjà dit, avant Socrale. La révolution accomplie par ce dernier a été précisément de reporter l'observation du dehors au dedans, se conformant au célèbre précepte : Connais-toi toi-même. Cette révolution a trouvé dans Hume, dans l'école anglaise contemporaine, dans le ,)ositivisme de Comte, de véritables contre-révolutionnaires.
La science proprement dite ne pouvait pas ne pas accepter le retour victorieux de la méthode objective. Ne connaissant, dans le monde réel, m la nature des êtres, ni celles des causes, tout se réduisait pour elle en phénomènes et en rapports déterminés ou lois. Elle ne tarda point à comprendre, de plus, que ces phénomènes ont un caractère général, sinon universel, savoir : le mouvement. .\ ce point de vue, la notion de cause se résume en phénomènes moteurs, qui en précèdent et en déterminent d'autres, par communication de l'énergie qu'ils portent en eu.x-mémes. La cinématique, ou théorie géométri(iue du mouvement de tous les faits en rapport avec l'exercice des sens,
tel est l'idéal, le but entrevu et poursuivi. C'est de ! atomisme antique complété par le système du monde; c'est, pour une très large part, le Cartésianisme dont s'inspirait Cabanis, quand il disait que la Sensibilité pourrait bien se rattacher aux causes et aux lois du mouvement, source générale de tous les phénomènes de l'univers (I).
En se donnant cet objectif, Ja science.' à l'exemple de Hume, non seulement néglige la question d être ou de substance, et de la quantité concrète qu. s y rattache, mais encore suj)prime les notions de cause, de force, de finalité, puisqu'elle ne veut admettre, dans la nature entière, que des mouvements communiqués et se conformant toujours aux règles d'une corrélation rigoureuse. Toutefois, 1 expression de cause subsiste encore dans le langage scientifique, et de ceci il y a une double raison. La première, c'est que la notion elle-même a ete dénaturée parce qu'on a voulu la voir dans certains phénomènes antécédents qui précèdent toujours certains conséquents, en vertu de la loi d invariable séquence. Le rapport invariable est donc la loi, et le fait qui précède toujours est la cause du lait consécutif ou effet. Dans cette conception, il ne reste absolument rien de la causalité intérieure, de la force intime qui nous est révélée par la conscience. Et on doit avouer que c'est à juste titre, puisqu'il s'agit ici de tout autre chose
(1) Rapports du physique et du moral, I Ve mémoire.
que lie lails tlobseivalion psychologique. Ces faits avaient été a,,|)rKlués indùmeul à l'objet, en venu d'une infé.encc, naturelle peut-être, mais erronée. La pcrsonnilicalion anticp.e de toutes les choses extérieures à l'homme est sans va-
*" L'impression de cause a dû être conservée pour un autre motif. La science étant entrée dans des voies nouvelles et ayant fait les |)rogrès énormes nue chacun sait, on ne peut être surpris de la tentative de ramener le subjectif à l'objectif, en appliquant au premier les méthodes merveilleuses propres au second. Donc, la psychologie a été soumise aux mêmes conditions générales que la nature extérieure, dont elle ne serait à vrai dire qu une dépendance, et nous n'avons plus à reconnaître, dans le domaine de la conscience, que des phénomènes et des lois d'association qui s'y rattachent, d'après les uns. ou, <i'après les autres, des phénomènes et des formes catégoriques aux<iuels ils sont assujettis. Uevenant à la cause, on ne pourra voir, dans celte notion, .[uand elle est relative à la vie mentale, <iuc l'expression d'antécédents qui déterminent rigoureusement des conséquents. En effet, les choses se passent ainsi dans le monde extérieur, et ne devons -nous pas à la science d'avoir donné de l'idée de cause une acception certaine
et définitive?
Arrivé àcepointde mon exposition, il me parait indispensable de bien préciser la valeur de cer-
tains termes généraux dont je viens de me servir : ceux de pliénomène et de loi.
Prenons tout d'abord le phénomène. Ce mot a évidemment comme origine première le sens d'une sorte de manifestation de la substance, dont il serait l'expression apparente. La substance est la partie cachée, le fondement de l'être, le phénomène est la partie de l'êtrequi se montre extérieurement. Mais nous vivons dans une époque où la notion de substance n'est guère en honneur. Nous sommes invités à n'y voir qu'une illusion imaginative, dont nous devons purifier nos esprits. Cela étant, il faut donc de toute nécessité, à l'exemple de M. Renouvier, interpréter l'expression de phénomènes dans le sens de faits et de choses, termes indéterminés, sans doute, mais ne se rattachant à aucune doctrine préconçue : « Les choses » (1). 0 Le mot de phénomène comprend les choses en tant que représentées et en tant que représentatives » (2). « La chose est identique avec le phénomène quant à la connaissance » (3). Le j)hénomène doit donc être tenu pour un simple fait d'expérienre, qu'il s'agisse du dehors ou du dedans.
J'arrive à la question de loi. De ce mot, il y a une acception première, celle d'un décret porté par un législateur. Il n'y a i)oint lieu ici de se pla-
(1) l'reinier Essai de critiijue générale, p. ".
(3) Jbid., p. 45.
lit
cer à ce point de vue spécial. Au dire de Montesquieu, dans leur acception la plus étendue, les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. Ainsi la loi est un rapport constaté entre les phénomènes, rapport que 1 expérience nous montre parfois exprimé par des formules mathématiques. En tant q..e rapports rrénéraux et abstraits, les catégories constituent aussi des lois fondamentales de l'esprit humain. A ceci je crois pouvoir ajouter que l'abstraction est le domaine le plus éminent de la science, dont la connaissance ou simple représentation n'est que
la primitive ébauche.
D'après M.Renouvier: « Tout ordre qu'une relation constitue, s'il est constant ou supposé tel, prend le nom de loi. C'est pourquoi relation et loi
sont synonymes » (1).
« Une loi est un phénomène composé produit ou reproduit dune manière constante, et représenté comme un rapport commun de rapports de divers autres phénomènes. 11 y a des lois de lois et pour ainsi dire des phénomènes de phénomènes » (2).
Je ne puis m'empêcher de constater ici que M. Renouvier fait entrer les lois dans les phénomènes. ,
Il s'agit maintenant de savoir si la loi n'est qu un
r.f. Cv',
(1) Op. Cit., p. ;)i-i)a.
(2) Op, cit., p. 54.
iï
rapport, une abstraction pure et simple en tant que rapport. S'il en était ainsi, les catégories mises à part, les lois, au lieu de régir les phénomènes, leur paraîtraient subordonnées, logiquement parlant. La question que je viens de poser doit être étudiée, à mon avis, dans deux sphères distinctes, au moins en apparence : Le moi et le non moi.
Je prends tout d'abord le non moi.
Le principe de causalité en a-t-il été définitivement banni par les progrèsde la sciencequi auraient conservé le mot, mais en supprimant toujours la chose ? Ecoutons Helmhoitz qui va nous donner quelques doutes : « La loi de causalité est une loi de notre pensée préalable à toute expérience (sensible). En général, nous ne pouvons obtenir aucun résultat d'expérience, relativementaux objets naturels, sans que la loi de causalité agisse déjà en nous. Elle ne peut donc pas être un résultat des expériences que nous faisons sur ces objets » (Optique p/iysiologique). D'où il suit que l'idée de causalité viendrait du dedans et non du dehors. Gela pourrait avoir de sérieuses conséquences.
Pour d'autres savants, la causalité est-elle ou non une force diffuse, qui se traduit par une série de métamorphoses, les unes en séries régulières (Histoire naturelle, Biologie), les autres en séries irrégulières, ou dont la régularité n'est point toujours susceptible d'une <lémonstration rigoureuse, quand il s'agit de la matière inorganique?
■js.-.»
C'est cette force qu'on invoque lorsque Ton parle (le révolution qui serait la loi souveraine des êtres et des choses, les emportant dans un tourbillon éternel, mais réglé comme la chute des graves.
N'est-il pas vrai qu'ici on appelle loi : la puissance qui fait jaillir de l'élher la poussière impalpable et invisible, puis visible et (inalement palpable de la matière cosmique, d'abord éparse au sein de l'étendue, puis agglomérée en astres lumineux ? La même puissance, toujours qualifiée de loi, lait passer ensuite, comme avec réserve et mesure, le monde inorganique à l'état organisé. Etat organisé singulièrement élémentaire, à l'origine, mais la puissance, mais la loi est là, toujours présente, poursuivant son œuvre et la conduisant, par des transformations infinies, de l'état d'ébauche primitive à cette cellule cérébrale, merveille de structure, merveille plus grande encore de dynamique, d'où s'élance avec une telle envergure la pensée de l'homme.
Eh bien! cette loi est-elle une puissance ou laut-il la ramener à n'être qu'un simple rapport, une relation invariable telle que celle-ci : les corps célestes s'attirent en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leurs distances? La loi, dans ce dernier cas, n'est qu'un rapport bien défini, rigoureusement déterminé, et ce n'est point l'attraction qui est la loi, bien qu'on ait commencé à interpréter ainsi les choses. La loi c'est le rapport lui-même, sous sa forme mathé-
matique, oflrant à l'esprit une idée nette et précise. Tandis que l'attraction est une apparence dont on ne sait, en réalité, rien, absolument rien, ce qui ne l'empêche pas d'être quelque chose. Oii a commencé incontestablement par y voir une force avant de proclamer l'inertie de la matière; on a admis également d'autres forces, dans il matière inorganique, sous le nom d'affinités. Et dans la matière organisée l'appétit, l'instinct et le reste ne peuvent recevoir une interprétation différente. Aussi, revenant à la loi d'évolution, qu'elle porte sur l'inorganique ou sur l'organique, et alors soit qu'il s'agisse de la cellule élémentaire ou de l'homme lui-même, considéré au point de vue des âges, des races et de leurs civilisations, je crois pouvoir conclure que nous sommes en présence de faits qui ne sont pas de simples rapports. 11 s'agit d'une véritable puissance, lorsque l'œuvre est prise dans son ensemble, d'une force qui peut avoir comme une enfance, une jeunesse, une virilité, puis un déclin, une mort provoquant un retour final à la matière éthérée. C'est de là que le monde, nouveau phénix, renaîtrait à une vie nouvelle, suivant les traditions antiques d'Héradite et du stoïcisme, rajeunies, modernisées par M. Spencer. Ce monde recommencerait un cycle en tout semblable à celui qu'il vient de parcourir, et ainsi de suite, indéfiniment, dans l'immensité des âges.
La science donc vise toujours le rapport des
phénomènes, parce qu'elle ne saurait saisir valablement autre chose, mais elle ne peut nier, à moins tie tout ramener au mécanisme, à côté de la loi rapport, une loi non rapport, un dynamisme qu'elle n'apprécie que dans ses résultats. Comme exemple, je donne la loi d'évolution, en faisant les réserves les plus expresses sur l'imagination débordante de ses adorateurs.
Je passe au moi. Pour demeurer sur le terrain scientifique, au dedans comme au dehors, on a voulu également n'y reconnaître que des phénomènes et des lois.
Il y a sans doute des catégories abstraites, ou formes enveloppant des groupements d'ordre expérimental, interne et externe. Or si, mettant de côté la généralité, nous entrons dans le détail des faits, nous trouvons que la catégorie de causalité a un caractère absolument concret, pour ce qui nous concerne, de même en est-il pour la catégorie de finalité, de même en est-il pour ce que j'appellerai la catégorie d'unité. H y a là un ensemble qu'on a groupé dans une catégorie plus vaste, celle de personnalité, dont le caractère concret n'est pas douteux. Là rien d'abstrait, sauf les rapports possibles entre les faits eux-mêmes. Mais si ces derniers ne sont pas des rapports, ils ne sont donc pas des lois, car avec la force et la finalité nous sortons de l'abstraction (1),
(1) Keiiouvier, Premier essai, p. 262.
et ce n'est qu'abusivement, en étendant les catégories du moi, au non-moi, qu'on pourrait leur donner ce caractère. C'est ainsi que la causalité, par exemple, devient une forme abstraite et nécessaire de l'activité mentale. Reste à savoir dans quelles conditions.
Lorsque nous appliquons la catégorie de cause au moi, elle tient, comme on vient de le voir, un certain langage, puisque nous avons la conscience d'une réalité de la dernière évidence, tandis que ce langage devient absolument différent lorsque nous appliquons cette catégorie au non moi. En effet, la science a dénaturé et a dû évidemment dénaturer la notion psychologique de la cause, qu'elle ne peut nier sans doute, mais qui ne répond point à l'objet direct de son étude. Le domaine où elle opère est; d'une manière générale, très différent.
Prenons une autre catégorie, celle du nombre. En dehors de nous-méme nous trouvons la pluralité partout, l'unité n'y existe nulle part, du moins à s'en tenir à nos propres représentations, à origine objective. Par conséquent, si nous possédons une telle notion pour le dehors, la valeur en est nécessairement arbitraire. Tandis qu'au dedans du moi nous possédons le sentiment très net d'une un'té,qui n'est nullement pour notre conscience, pour l'œil intérieur une abstraction, ni un agglomérat, ni une somme, ni une résultante de propriétés diverses. A l'extérieur, l'unité pour nos sens n'est pas autre chose.
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Dans le sujet la catégorie de (Inalité n'a pas un autre caractère. Là où est Tappétit, l'instinct, le désir, il y a équivalent de Tintelligence, et là où il y a rintelligence il y a le but à atteindre, il y a le but poursuivi. Voilà pour le domaine de la sousconscience et celui de la conscience. Donc ici finalité signifie fait réel, fait concret. De plus, cette catégorie de finalité peut entrer, comme sousgroupe, dans la catégorie plus étendue du devenir. Or, de celle-ci M. Henouvier a pu dire : « Puisque le monde est soumis à la catégorie du devenir, que cette catégorie à tout moment le représente et le détermine intérieurement » (l). Ici, la loi, la catégorie n'est plus un simple rapport, elle est un principe intérieur de détermination, une cause, une force. Elle n'est plus une simple abstraction, mais bien un fait réel, concret « Le devenir implique la puissance et la cause; il n'implique pas moins la tendance et la fin » (2).
La question de loi n'est pas encore épuisée car il y a la théorie de la conduite, la morale et ses règles, ou les lois qui lui sont propres. Faut-il faire de ces lois un groupe à part, ou les rattacher soit aux rapports normaux des phénomènes intérieurs ou extérieurs, soit à l'idée d'une causalité spéciale?
La méthode objective consiste à déterminer les
(1) Henouvier, op, cit,, p. 310.
(2) Henouvier, op. cit., p. 253.
rapports généraux qui résultent des phénomènes extérieurs. A ce point de vue, que je ne discuterai point, moralité et mœurs sont identiques.
La méthode subjective peut s'inspirer ou non de la méthode objective. Dans le premier cas elle admet que le moi est une simple collectivité de phénomènes, entre lesquels des rapports s'établissent aussi nécessairement qu'entre ceux de l'extérieur. Ces rapports sont des lois, et la morale se réduira à l'observation des faits psychologiques, de même que dans le cas précédent elle se réduisait à l'expression des mœurs générales, autrement dit des habitudes, des coutumes. Jusqu'à présent des lois ou rapports entre les faits. Aucun caractère impératif, aucun devoir être.
M. Renouvier, s'inspirant de Hume, est un phénoméniste convaincu, mais il se sépare de la méthode objective parce qu'il tient d'une manière absolue à l'autonomie de la morale, au devoir être. Si le moi était une simple reproduction du non moi, les phénomènes intérieurs, et leurs rapports propres ou lois, n'auraient rien qui les difïé-^ rencieraient de ceux de l'extérieur. Tout phénomène aurait sa raison d'être dans celui qui le précède, comme dans sa raison suffisante, et il n'y aurait aucune distinction à faire entre l'être et le devoir être, à moins qu'il ne survienne une interruption dans la série des causes et des effets, et que certains phénomènes ne se produisent n'ayant point leur raison suffisante dans les faits
qui les précèdent. Ce serait comme des laits nouveaux qui viendraient s'intercaler dans la série. Or, la place prise par M. Renouvier dans le mouvement philosophique contemporain a été si grande, et son action si profonde et si durable, que je dois m'attacher à reproduire sa pensée d'une manière aussi exacte que possible.
« Le moi est un tout, une somme de représentations liées entr'elles » (1). a Le vrai sens et la vraie réalité de l'ordre psychique individuel, c'est la loi d'assemblement et de coordination des phénomènes et de leurs séries diverses; c'est la constance et l'uniformité de leurs rapports, en leurs modifications successives ; c'est l'intervention dans les groupements enchaînés et nécessaires d'un principe de direction et de variations indépendantes, à ce qu'il semble, sous les noms de délibération et d'arbitre » (2). a On ne connaît l'esprit que comme une synthèse des facultés ou propriétés qu'il possède (imagination, raison) ou des phénomènes enveloppés sous leur nom » (3). (( Dans l'action psychologique, il y a un cas et le seul où des phénomènes sont liés par une force » (4). « La morale est comme tout le reste de l'ordre des phénomènes et se formule sur le terrain de l'expé-
(1) Henoiivier, op. cit., p. M.
(2) Renouvier, Crit. philos., II, p. 201,
(3) Renouvier, Premier essaie p. 61.
(4) Jhid., p. 225.
rience » (1). « Le phénoménisle criticiste remplace par des lois les forces essences et leur efficacité transitive; il conserve la force comme phénomène de conscience » (2). « Le phénoménisme ne reconnaît de force proprement dite que l'action mentale directement perçue et qui ne sort pas de la conscience » (3). « La manière dont le physique arrive à définir scientifiquement les corps et les lois de la matière, fait comprendre comment la psychologie doit procéder à son tour pour définir scientifiquement les âmes et les lois de l'esprit. Les sentiments et les passions, les idées, leurs modes généraux de groupement et de série, leurs associafions dont les classes font des catégories intellectuelles et des facultés, tout cela n'est en effet que phénomènes réglés, phénomènes et lois de phénomènes, dont les définitions et déterminations doivent être demandées à une méthode analogue à celle qui conduit les physiciens et les chimistes à la seule connaissance qu'ils aient et puissent avoir des éléments et de leurs composés, et qu'ils tirent de l'étude des phénomènes et de leurs modes spécifiques ou accidentels de succession, qui sont les lois constituantes et développantes des corps » (4). Ainsi, d'après M. Renouvier, les lois de la nature
(1) Crit, philos.. 1880, I, p. 27.
(2) CriL philos., 1883, I, p. 379.
(3) Crit, philos., 1883, II, p. 51.
(4) Crit. philos., 1875, I, p. 403.
ne sont pas extéilenres ni supérieures aux phénomènes; elles ne s'en distinguent pas ; ce sont les modes constants de production, de composition et de connexion des phénomènes (1). Ce sont des rapports, mais ne seraient-elles pas quelque chose de plus, si non contentes d'envelopper les corps, elles les développaient ? La relation deviendrait action. En effet : « Puisque le monde est soumis à la catégorie du devenir, que cette catégorie à tout moment le représente et le détermine intérieurement » (2). Les phénomènes considérés dans leurs lois, dans leurs fonctions, présentent le double caractère de persistance et de changement, de permanence et de développement ordonné (3). D'où il suit qu'il y aurait la loi simple rapport, fait neutre pour ainsi parler, et la loi principe de devenir.
Dans le domaine psychologique, il y a aussi les lois de phénomènes et ceux-ci se développent dans un ordre déterminé, constant. Ce lait nous conduit également à reconnaître deux catégories de lois, l'une de simple relation, l'autre de devenir. M. Renouvier n'a-t-il point dit en effet : a L'intervention dans les groupements enchaînés et nécessaires d'un principe de direction et de variation indépendantes, à ce qu'il semble sous les noms de délibération
(1) Crit, philos., 1875, II, p. 230.
(2) Premier essai, p. 310, passage cilé.
(3) Jbid,, p. 84.
et d'arbitre » (I). « Les catégories soumises aux conditions de Texpérience pour se manifester se présentent pourtant comme supérieures à l'expérience, capables de l'envelopper (relation), propres à la conduire et à lui imposer des règles » (2) (devenir).
Ces lois de la nature (relation) se trouvent donc complétées, et dans l'objet et dans le sujet, par d'autres lois paraissant d'ordre actif et supérieur (devenir). Dans le sujet, cesdernières lois, qui n'ont « rien de commun avec les précédentes, sont celles que les êtres intelligents se donnent à eux-mêmes et qu'ils violent si facilement » (3). Car il y a des lois qui n'appartiennent qu'au monde intelligent, et qui n'ont de commun que le nom avec les lois des phénomènes (de la nature évidemment). Ces lois sont appelées impératives et morales. Elles expriment non les connexions permanentes des phénomènes, mais un idéal d'activité et de vie raisonnable qui ne change pas. Elles impliquent la liberté (4).
Donc une loi de relation unissant les phénomènes naturels, une autre loi fort différente les développant vers une finalité quelconque, mais fatale sans doute; d'autre part, dans l'ordre
(1) Crit. philos,, 1873, 11, p. 201.
(2) £ssai, I, p. 99.
(3j Pillon, Crit. philos., 1875, II, p. 230. (4) Esprit des Lois, I, ch. II.
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psychologique, les mêmes lois de relation et de finalité ou devenir. Et cette dernière se dédoublant, car il s'en dégage un principe de direction (cause, force) et de variations indépendantes. C'est à ce principe évidemment que se rapporte le passage déjà cité : « Dans l'action psychologique il y a un cas, et le seul, où les phénomènes sont liés par une force ».
La force appartient à la catégorie de la personnalité ou de la conscience. Ou cette catégorie n'est point la loi des phénomènes, ou elle se confond avec la force, seul lien des phénomènes dans l'espèce. Alors la catégorie perd tout caractère abstrait. D'autre part de ce que la force est perçue par la conscience, ce caractère phénoménal ne prouve point ipso facto que la force ne soit qu'un phénomène. Elle est en effet le lien qui unit celui-ci au fait connexe, donc elle s'en distingue. De même en est-il des lois rapports, liens des phénomènes. Le rapport naît des positions des faits concrets et, par cela même, se différencie nettement de ceux ci. Le rapport énoncé par la formule qui caractérise les phénomènes sidéraux est une chose, et ces phénomènes en sont une autre. Qualifier les lois de phénomènes, comme l'a fait M. Renouvier, me semble conduire à la confusion des choses.
Donc la force ou causalité interne, lien des phénomènes psychiques, se distingue d'autant mieux des phénomènes qu'au lieu d'en indiquer les simples rapports, elle les produit et les détermine.
N'oublions pas d'ailleurs l'étroite conséquence de la force et du devenir, celui-ci impliquant la puissance et la cause, et n'impliquant pas moins la puissance et la fin. Or : « le développement de la finalité dans l'homme est immense et tout en lui s'y subordonne » (1).
Que la force soit saisie dans la conscience, et partiellement saisie, la plupart de nos énergies lui échappant, j'en conviens, mais malgré l'apparence phénoménale, il est très manifeste qu'elle est chose fort différente d'un simple phénomène. De ceci doivent tomber d'accord tous ceux qui qualifient de lois certaines puissances de la nature, comme par exemple la loi d'évolution. Des considérations qui précèdent, il y aurait lieu de déduire une conclusion générale, c'est qu'on a semé la confusion comme à plaisir dans la question, en assimilante la loi rapport la loi force, en assimilant aussi le rapport ou la force avec le phénomène.
Il me semble résulter de la discussion générale à laquelle je viens de me livrer, et qui n'était qu'un préalable nécessaire, que le phénomène est une chose, que la cause ou force en est une autre, lors même que nous en aurions la conscience dans son action. Il me semble résulter aussi de cette discussion que la loi rapportest également fort différente et du phénomène et de la force.
(1) Essaie I, p. 254.
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Examinons maintenant les conséquences du phénoménisme,au point de vue psychologique d'abord, au point de vue de la morale ensuite.
La permanence du sentiment de l'unité, de l'identité de la cause, de la force ne semble guère se concilier avec le caractère éminemment successif de la phénoménalité générale. A cette première observation s'en ajoutent d'autres. Nous sommes cause personnelle, force personnelle, unité et identité personnelles, toutes choses absolument incomparables, inassimilables soit aux phénomènes extérieurs, aux impressions qu'ils produisent sur nous, soit aux faits ou phénomènes psychologiques, tels que sentiments, volitions, actes intellectuels proprement dits. Nous avons la parfaite conscience de la dépendance pleine et directe de toutes ces pensées (au sens Cartésien), relativement au sujet que nous sommes, au principe directeur qui nous gouverne, au moi proprement dit. Ces pensées dépendent bien de nous, car c'est nous qui les emmagasinons par la mémoire, les appelons et les maintenons sous l'œil de la conscience par notre volonté, de manière à les étudier et à en apprécier la valeur propre ou comparative. Par conséquent, expérimentalement, nous nous distinguons des phénomènes qui sortent de notre propre fond et nous disons : ma pensée, mon sentiment, ma volition, c'est-à-dire la pensée de moi, le sentiment de moi, la volition de moi. Tous ces éléments, nous les faisons pour ainsi dire manœu-
vrer, ou pouvons les faire manœuvrer sous nos yeux.
C'estau point de vueduphénoménismeemprunté au dehors, et faisant invasion dans le monde intérieur, qu'on a prétendu que tous les faits de pensée étant en série, il ne pouvait s'en produire qu'un seul à la fois, toute simultanéité entr'eux devenant impossible. Point de sujet, point de moi et l'affirmation se comprend. Mais s'il y a i/n sujet se distinguant des phénomènes qui évoluent sur le théâtre de la conscience, sous l'impulsion d'un pouvoir directeur, ou en dehors de son activité propre, activité sentie, aperçue directement, il n'y a plus de motifs pour ne plus admettre la simultanéité possibledes manifestations psychologiques. Quand une hallucination vous met en présence du diable, par exemple, vous voyez sa queue, ses griffes et ses cornes, vous sentez l'odeur sulfureuse qu'il a exhalée de tout temps et vous pouvez, par surcroît, entendre la voix du grand séducteur.
D'après la doctrine que je combats, le monde subjectif serait exclusivement constitué par des phénomèmes et des formes ou catégories qui seraient le lien et feraient l'unité, la permanence de notre être. Cette doctrine me paraît ne quadrer en rien avec l'observation intérieure, qui est la véritablepierre de touche dont nous disposons. Comme je viens de le dire, tout à l'heure, nous nous distinguons très certainement nous-mêmes des diverses manifestations de notre activité mentale, se
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passant sur le théâtre de la conscience. Mais ce nous-même ne serait-il, au fond, que des catégories multiples, formes du dedans comme du dehors, et venant s'absorber dans une catégorie suprême : celle de la personnalité qui, non seulement n'est point une catégorie générale, enveloppant le monde extérieur, mais qui semble être un véritable démenti donné au phénoménisme. Celuici se présente en effet, dans sa donnée primitive, comme un écoulement ininterrompu des choses, Tanlccédent entraînant invariablement le conséquent, tandis que la personnalité ne sedifiérencie de l'individualité que par l'apparition de l'élément moral. La catégorie de la personnalité n'a point d'application dans la nature.
Les catégories sont en elles-mêmes des procédés, des lois logiques, donc elles sont abstraites. Peut-on vraiment leur faire perdre ce caractère sans les dénaturer ? Si elles ne sont, en ellesmêmes, que des lois logiques, elles pourront bien constituer des liens abstraits, pour la pensée, mais de ces liens abstraits comment passer à une unité concrète, réelle, celle que nous sommes et dont l'évidence intuitive défie toute affirmation contraire ? Constituer l'esprit avec de simples formules qui feraient des faisceaux solides et durables des phénomènes de conscience, me paraît inadmissible. Est-ce les faisceaux concrets ou les catégories abstraites qui réfléchiraient, calculeraient, raisonneraient, toutes choses impliquant une unité
protonde? Le néo-kantisme, on le sait, refuse d'attribuer le même sens à la causalité extérieure et à la causalité intérieure, la première n'exprimant qu'une succession invariable tandis que la seconde exprime la véritable causalité. Alors si la force est cause c'est elle qui produit les phénomènes, et si elle ne les produit point, si ces derniers se produisent eux-mêmes, comme conséquence les uns des autres, alors nous retombons dans les conditions propres au monde extérieur, et qui dit phénoménisme dit nécessité inéluctable.
Transportons-nous maintenant sur le terrain de la psychologie morbide. Tel homme a perdu la possession de ses idées, de ses sentiments, de certains de ses actes et il le déplore. Ne se distingue t-il point ainsi de ses propres phénomènes |)sychologiques ? 11 se sent sollicité à un meurtre et s'y refuse ; il peut lutter des années entières contre l'impulsion, et, au moment de céder à l'entraînement, il supplie qu'on l'arrête, qu'on l'attache et qu'on l'enferme. Tel autre est victime de cette hallucination psychique, lui faisant croire à l'existence de deux êtres en lui-même, le nouveau et l'ancien. Si c'était une catégorie qui fit l'unité de Têtrc, alors C2 serait elle qui serait en cause et nous aurions une sorte de rupture d'un lien logique, c'est-à-dire d'une conception abstraite. Donc dans l'état pathologique, comme dans l'état de santé, notre conscience distingue nettement le sujet des produits de son activité, et la preuve qu'elle
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le fait, c'est que celte distinction existe clairement dans notre esprit, chose non seulement impossible dans le cas contraire, mais, dont l'idée même n'aurait pu nous venir. Cette conscience contestée mais certaine d'un sujet force ou cause, un, identique (sauf l'état morbide) ne nous vient certainement pas du dehors, ne fût-ce qu'à titre d'occasion ou d'indication. Celui-ci ne nous apprend nen sur l'unité, l'identité et nous montre les deux applications différentes qu'on y a faites de l'idée
de cause.
J'arrive maintenant aux rapports du phénoménisme et de la morale. Phénomènes et catégories, faits d'observation se succédant en série, sans commencement ni fin, à en croire les apparences, tel serait le spectacle qui nous serait donné par le sujet comme par l'objet. Cette conception n'est pas nécessairement adéquate au mécanicisme, mais celui-ci en est l'interprétation la plus intelligible, les causes motrices devenant effets et ceux-ci devenant causes. Comment insinuer, dans Tenchaînement nécessaire des phénomènes de nature exclusivement motrice ou non, une législation nouvelle, celle qui est propre à Tordre moral et le caractérise? il faut, me semble-t-il, ou admettre des phénomènes premiers, venant à surgir spontané.
ment pour les besoins de la théorie, et tout autant de fois que besoin sera ; ou admettre une causalité différente, profondément distincte de celle attribuée aux phénomènes et en rapport de coexis-
tence avec ces derniers. A cette causalité on peut concevoir l'adaptation d une législation morale, tandis que vouloir l'introduire dans la phénoménalité ordinaire nous jette dans d inextricables difficultés. L'hypothèse d un commencement premier peut paraître séduisante, bien que contradictoire à rharmonie naturelle dont on s'inspire en ne voulant admettre partout que des phénomènes et leurs rapports. Je préfère invoquer l'expérience intérieure, la première, la plus incontestable de toutes, me donnant un sujet, un principe d'activité et de direction, se distinguant lui-môme des faits qui en émanent. Illusion suprême, dira-t-on sans doute, soit, mais ou l'argument ne vaut rien, ou il a la même force contre tous les phénomènes de conscience. Et alors le fatal : que sais-je ? s'applique à toute connaissance quelle qu'elle soit.
Sur la conception générale du sujet que nous sommes, je crois opportun de citer l'opinion de Malebranche qui, reprenant en sous-œuvre cette pensée de Descartes qu'il n'y a point à proprement parler distinction des facultés dans le moi, s'exprime ainsi : « Si nous avions une idée de Tàme aussi claire que celle que nous avons du corps, je suis persuadé aussi que son entendement et sa volonténe sont point différents d'elle-même. Nous verrions que l'àme est une substance essentiellement pensante ou apercevant tout ce qui la touche.... C'est donc proprement l'âme qui aper-
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çoitctnoii pas l'en lendement conçu comme quelque chose de distingué de ràmc. Il en est de même de la volonté, cette faculté n^est que Tâme même en tant qu'elle aime sa perfection et son bonheur (l). On dit ordinairement que la volonté est active, que la volonté est libre, au lieu de dire que Tàme est active et libre... de sorte que par ce mot de volonté ou de capacité qu'a rame pour différents biens je prétends désigner... Ainsi Tàme est entièrement elle-même dans toutes ses fonctions » (2).
Il y a là une véritable théorie de Tesprit unifié, dont les aptitudes, capacités, propriétés ou facultés font partie intégrante d'un seul et même tout, dont elles expriment les diverses manières d'être, mais celle-ci n'ayant aucune indépendance ou existence distincte, relativement au sujet dont elles ne sont que des expressions variées. Aussi peut-il y avoir des phénomènes intellectuels ou sensilifs très différents entr'eux, des mémoires diverses, des sensibilités diverses dont l'unité réside, non dans une faculté particulière, mais dans le sujet lui-même. On dirait un centre de lumière d'où s'échappent des rayons diversement colorés. Ceux-ci sont les phénomènes.
Certes si un homme lut un adhérent convaincu de la doctrine phénoméniste, cet homme a été Stuart iMill. H n'a pu cependant se mettre à l'abri
(1-2) Recherche de ta vérité. Deuxième éclaircissement sur le premier livre.
de certaines hésitations et il a, avec une entière bonne foi, laissé échapper l'aveu suivant : « Si donc nous regardons l'esprit comme une série de sentiments, nous sommes obligés de compléter la l)roposition en l'appelant une série de sentiments qui se connaît elle même, comme passée et à venir, et nous sommes réduits à l'alternative de croire que l'esprit ou le moi est autre chose que les séries de sentiments ou de possibilités de sentiments; ou bien d'admettre le paradoxe que quelque chose qui, exhypothesi, n'est qu'une série de sentiments, peut se connaître soi-même en tant que série » [Philosophie d' H a mil ton).
Quand on ramène la psychologie tout entière au phénomène et à la loi simple rapport, on arrive, avec des intentions contraires, à faire du moi un simple décalque de l'extérieur. La méthode objective implique, en effet, le monde objectif. Or comme nous passons, en réalité, du sujet à l'objet, l'usage de la méthode subjective se présente logiquement à Tesprit, non comme une règle absolue, maiscommeunecondition préalable : :ràvTa)v /.pïi.uLaTwv
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