DES DOCTRINES MORALES. CLASSIFICATION
La conduite doit nécessairement procéder de certaines règles, quelle que soit l'origine d'où ces dernières découlent. Considérées d'une manière générale, ces règles peuvent être déduites de l'homme lui-même, ou du milieu dont il fait partie, ou bien encore se présenter à titre d'un impératif extérieur.
A. Le sujet, — Déduites de l'homme lui-même. Ici trois points de départ possibles :
1° L'élément rationnel ayant trait soit à l'Idéal moral, soit à l'Idéal du Beau moral. Celui-ci particulièrement visé par Platon dans l'antiquité, ce philosophe ayant une véritable tendance à unir sinon à confondre le Bien et le Beau. La même tendance de nos jours se retrouve chez M. Ravaisson.
2^* L^élément sensible ou sentimental de notre nature auquel se rattachent des points de vue très variés : la morale du plaisir, du bonheur, de l'In-
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térêt, du Sentiment moral ou Sympathie, ou Altruisme, la morale passionnelle (Fourier).
3° Ici le sujet est |)ris dans son ensemble physiologique et psychologique, au lieu de se limiter à la pure psychologie comme dans les deux cas précédents. 11 s'agit donc de l'ensemble biologique, dont la doctrine évolutionniste nous offre un remarquable exemple.
B. Le Sujet et V Objet. — Tout d'abord nous sommes en présence de ce qu'on a appelé la Psychologie extérieure. Le principe de la morale est placé dans la généralisation des faits observés chez l'homme, en tant que phénomène naturel. La moralité chez l'animal ce sont ses mœurs, de même en serait-il pour Thomme. De cette doctrine il faut rapprocher celle de certains sociologues qui font de la morale un fait essentiellement social et politique, lui donnant pour formule le terme de solidarité. Celle-ci ayant ses racines dans le monde minéral aurait dans la cité son entier développement. Platon et Aristote n'ont-ils [)as identifié eux aussi la morale et la politique?
D'autre part nous sommes dans un certain milieu physique dont, matériellement, nous faisons partie intégrante. Ici nous voyons se dresser devant nous la théorie mécanique du monde et de tout ce qu'il enferme. Tous les faits, quels qu'ils soient, sont l'expression pure et simple des lois londamentales du mouvement, et notamment de la transformation des forces ou métamorphose dyna-
mique, cette grande et inappréciable conquête de la science contemporaine. Ceci posé, il n'y a évidemment de règles des faits moraux que celles du mouvement lui-même. Leur valeur morale se confond avec leur valeur motrice.
C. L'objet ou le dehors, — Les règles sont déduites d'un impératif extérieur, et, par conséquent, sont étrangères à l'homme. Tel est le cas de toutes les morales ayant leur point de départ dans l'idée religieuse. Dieu parle, il suffit; la critique est muette.
Au point de vue de l'Exposition doctrinale et des comparaisons générales à établir, il est permis de distinguer quatre groupes, se rattachant à des données différentes :
«. La morale élémentaire observée chez certains peuples demeurés en dehors du courant de la civilisation.
b. La morale religieuse que je restreindrai, et pour cause, à la tradition Judéo-chrétienne.
c. La morale philosophique.
d. La morale dite scientifique.