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EXPOSITION DES PRINCIPALES DOCTRINES MORALES

Morale élémentaire

Pour traiter cette question on peut procéder, sinon tout à fait à priori, au moins s'inspirer d'une généralisation abusive, comme Ta fait M. Létournau. Cette généralisation s'appliquerait, dans Tespèce, à ce qu'on peut observer dans les races inférieures ou barbares ou même civilisées. En effet, de cet examen il a été conclu que nos premiers parents ne sont rien moins que des singes dégénérés, beaucoup plus immoraux que leurs cousins germains les orangs-outangs et les gorilles. Pour justifier cette appréciation, il est nécessaire d'admettre, au point de départ, non seulement un anthropopithèque, mais encore une animalité pillarde, meurtrière, se nourrissant de la chair de son semblable, en un mot, à passions exclusivement malsaines. Or, chose étrange, l'homme frugivore, granivore au besoin, pouvant vivre exclusivement de végétaux, n'a point l'organisation spéciale du Carnivore. Peu importe, du criminel né on arrive, par le dressage évolutif, à la civilisation présente

et aux biens relatifs qu'elle peut produire. D'ailleurs la méchanceté des grands singes anthropoïdes actuels est évidemment très inférieure à celle des tigres à face humaine, dont bien gratuitement i)eut-ètre on nous fait descendre. Et il n'impliquerait nullement contradiction que les ancêtres singes, dont on nous gratifie, fussent des êtres doux et pacifiques.

Tous les savants ont pour méthode, avant de généraliser les faits d'observation, de lessoumettre à une étude, non pas absolument complète, sans doute, mais suffisamment approfondie pour rendre, autant que possible, les erreurs négligeables, dans les inférences qu'ils tirent de ces faits mêmes. On ne passe à l'induction, à la synthèse qu'après une analyse poussée aussi loin que possible.

Qu'a fait M. Létournau? 11 a constaté qu'il y a actuellement des tribus ou des races voleuses, assassines, anthropophages, de nature résolument criminelle, ce qui quadre très bien avec les imaginations de M. Lombroso, et il en a conclu à la perversité profonde de l'humanité primitive. En réalité pareil raisonnement est radicalement faux, parce qu'il repose sur une observation fort incomplète, ou, ce qui revient au même, sur une erreur de méthode dans laquelle un naturaliste ne devrait jamais tomber. )

J'accorde qu'il y a des cas donnant raison, au moins en apparence, à M. Létournau, qui ne s'est point demandé, d'ailleurs, si la créature qu;il

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décrit ne pouvait point représenter autre chose qu'un état primitif. N'y a-t-il point, relativement à la moralité, une distinction fondamentale à établir entre les peuplades pacifiques et les peuplades guerrières? Suivant la remarque très juste de Spencer, plusieurs cas |)articuliers se présentent ici (l). Certains de nos premiers ancêtres, s'ils n*ont pas une bienveillance active, n*ont pas une malveillance active; d'autres ont des sentiments sym pathiques très prédominants ; d'au très associent à ces sentiments sympathiques une conscience très nette du droit; d'autres, qui les manifestent encore nettement, peuvent devenir très cruels dans l'occasion. Suivant une autre remarque de Spencer, les hommes un peu civilisés sont plus souvent cruels que ceux qui sontde purs sauvages.

Je vais donner maintenant les preuves d'une moralité incontestable chez des peuplades dont Tétat social est tellement élémentaire qu'on peut les assimiler aux hommes primitifs : ,

« Les Papous, les Alfarous et les naturels des îles Dalrymple n'ont pas de chefs : les gens vivent si bien en paix, et si fraternellement entr'eux, qu'ils n'ont pas besoin d'autre autorité que celle des décisions de leurs anciens. Les Todas n'ont pas non plus d'organisation militaire; ils sont pacifiques, doux, et n'ont pas de chefs politiques. Il en est encore ainsi des Bodos et des Dhiraals, d'un

(1) Principes de sociologie, I, p, 101.

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naturel aimable et qui sont honnêtes, véridiques, sans aucun esprit de vengeance, de cruauté ou de violence. Les Lepchas, dont parle Hooker, sont réellement aimables, et, d'après Campbell, très honnêtes, oublieux des injures, enclins à se faire des concessions et des réparations mutuelles (1). L'absence des règles coercitives s'accompagne d'un sentiment puissant de la liberté individuelle constaté chez les Bodos, les Dhimals (2). Les pacifiques Lepchas subissent de grandes privations plutôt que de se soumettre à l'oppression et à l'injustice (3). Le Santal, à l'esprit simple, possède un vif sentiment de la justice (4). J'ai vécu, dit M. Wallace, dans les sociétés de sauvages de l'Amérique du Sud et de l'Orient où n'existe aucune loi, aucun autre tribunal que l'opinion publique du village qui s'exprime librement. Chacun respecte scrupuleusement les droits de son compagnon, et il est rare, si jamais, qu'une infraction soit faite à ces droits (5). Dans ces sociétés tous les hommes sont égaux, a En même temps qu'ils témoignent d'un vif sentiment de leurs propres droits, ces hommes pacifiques montrent un respect rare pour les droits d'autrui. On le voit d'abord à la rareté

(1) Spencer, Principes de sociologie, II, p. 98.

(2) Hudgsun, Journal of society,

(3) Campbell, Journal of Ethnological sociely,

(4) Hunter, Annals of Royal Bengal,

(5) Cité par Spencer dans Principes de sociolog,, I, p. 96.

— iodes collisions de personnes chez eux. Hodgson dit que les Bodos et les Dhimals s'abstiennent de tout acte de violence contre les membres de leur race et contre leurs voisins. D'après le colonel Ouchterlong, chez les tribus pacifiques de la chaîne des Niigherries, l'ivrognerie et la violence sont inconnues (1). Campbell remarque que les Lepchas se querellent rarement entr'eux (2). Les Jakuns ont aussi très rarement des querelles entr'eux, et les disputes y sont réglées par des chefs choisis par le peuple, sans combat ni violence (3). Chez les Santals, les crimes et les magistrats chargés de les punir sont inconnus(4). Les Todas, comme nation, n'ont jamais été convaincus de crimes atroces d'aucun genre (5). Chez les tribus des monts Chervaroys les crimes graves sont inconnus (6).

« Naturellement avec ce respect de la personne d'autrui existe aussi le respect de la propriété d'autrui. Je rappelle les témoignages que j'ai déjà cités en faveur de la grande honnêteté des Lepchas, des Santals, des Todas et d'autres peuplades qui leur ressemblent par la forme de la vie sociale. Une mention spéciale doit être faite en faveur des Jakuns qu'on n'a jamais accusés d'avoir volé quoi

(1) Memoirs of Survey ofN, H,

(2) Journal of Elhn, Society,

(3) Révér. P. Favre, Journal of Indian Archipelago,

(4) Hunier s Annals of rural Bengal,

(5) Sliortt, ///// ranges ofS. S. India,

(6) rbid.

que ce soit, même l'objet le plus insignifiant (1). Il en est de même de certains indigènes de la presqu'île de Malacca.

• » L'ensemble de ces peuplades montrent des sentiments d'humanité à un degré inusité. 11 y a chez elles une inclination marquée à la reconnaissance et à la bienfaisance. Les Jakuns ont l'étrange penchant de ne point demander de faveurs, mais d'en accorder, au dire de Fabre.

» Ces éléments de supériorité, dans les relations sociales, chez les tribus qui vivent dans une paix permanente, entraînent une supériorité dans les relations domestiques. La condition des femmes, d'ordinaire très inférieure chez les tribus adonnées à la guerre et dans les sociétés belliqueuses plus avancées, est au contraire très élevée dans ces sociétés pacifiques primitives. Les Bodos et les Dhimals, les Rochs, les Santals et les Lepchas sont monogames comme l'étaient les Pueblos; avec la monogamie il y a chez eux une moralité sexuelle supérieure. La conduite des femmes est extrêmement bonne. Elles sont traitées, avec bonté, respect, égard » (2),

a 11 n'y a pas de peuple où les femmes occupent, relativement aux hommes, une position plus favorable que chez les Lapons. C'est parce que les Iiommes ne sont pas guerriers; cliQz eux, point de

(1) Favre, Journal in Archipelago,

(2) Speacev, Principes de sociologie, III, p. 836 à 840. IJupuy 2

soldats, point de guerres ni avec les étrangers, ni entre eux. Malgré leurs misérables huttes, leurs figures malpropres, leurs vêtements primitifs, leur ignorance des lettres et des sciences, ils nous sont supérieurs dans l'élément le plus noble de la civilisation : l'élément moral, et toutes les nations militaires du monde peuvent se découvrir devant eux » (1).

C'est le même esprit des considérations précédentes qui se retrouve dans les paroles suivantes de M. Tarde : « Il faut, je crois, se représenter ces groupes habitant des cavernes (troglodytes de la Vézère et de la Dordogne) comme des fédérations paisibles, unies par des échanges commerciaux. Si c'est là le début de l'humanité, mais je crois que ce n'est là qu'un de ses nombreux débuts, je ne vois nul motif de vous peindre nos premiers ancêtres comme des tigres buveurs de sang. C'étaient de tranquilles chasseurs, pêcheurs à l'occasion » (2). Ailleurs, et plus souvent peutêtre, il s'est agi, non de féroces sauvages, mais de pasteurs vivant à l'état patriarcal. On retrouve des traces historiques de cet état à l'origine de toutes les grandes civilisations de l'Orient.

Dans son récent et très intéressant ouvrage : L'Anthropologie et la Science sociale, un anthropologiste éminent, M. le D' Paul Topinard, insiste

(1) Miitliieu Williams, Through Norway wilh Ladies^ II, p. 384,

(2) Tarde, Transformations du droit, p. 49.

à plusieurs reprises sur le caractère doux et pacifique de l'homme primitif.

Un jugement sévère de Spencer : « Il s'en faut que les membres de la nation anglaise soient au niveau des peuplades incivilisées, si on la compare avec elles au point de vue de la véracité, de l'honnêteté » (1). Ce qui est vrai des Anglais ne le serait-il point de toutes les nations civilisées, ou à demi-civilisées, qui ont toutes traversé un nombre incalculable de fois l'état de guerre? Cette condition spéciale a déterminé chez ceux qui l'ont subie une véritable déchéance morale, une chute profonde (2).

Il y a donc chez l'homme moderne, rappelant au plus près l'homme primitif, la vie sociale élémentaire en étant aux premiers rudiments, il y a, disje, des mœurs impliquant un degré de moralité vraiment supérieur. C'est ainsi qu'on constate le sentiment du droit personnel, le respect du droit d'autrui, de sa propriété, la sympathie, la bienfaisance, un véritable esprit de solidarité. De plus, avec l'égalité de tous, la condition de la femme de beaucoup préférable à ce qu'elle est ailleurs.

Les peuples civilisés ont, plus ou moins, des religions positives auxquelles on pourrait être

(1) Spencer, Ihid., III, p. 841.

(2) De cette chute et de sa cause, savoir la guerre dans ses formes diverses, personne, parmi les philosophes, n'a eu un sentiment plus net et plus vif que M. Renouvier.

disposé à rattacher, comme à leur principe, la règle des mœurs. Mais chez le sauvage ou Thomme primitif demeuré pacifique, il iVexiste point de religions comparables à celles que je viens de mentionner. Chez lui, les notions de cet ordre sont vagues, à peine ébauchées, absolument insuffisantes pour qu'on puisse y chercher des conditions de moralité supérieure. C'est donc avec raison que M. Uenouvier a pu dire : « Des hommes qui auraient existé sans posséder les bases de la moralité, conscience du bien et du mal, passions opposées bonnes et mauvaises, c'est-à-dire jugées telles par cette même conscience, puissance de réflexion et de choix, liberté enfin, n'auraient pu les acquérir dans le cours ordinaire des choses, car ce n'eût pas été moins qu'une genèse nouvelle; et, avant cette genèse, nous ne pouvons admettre qu'ils fussent vraiment hommes » (1). La moralité est un développement spontané de notre nature, si contrarié soit-il par des conditions adverses. Je rappelle, à l'adresse de certains esprits, que M. Guizot a écrit quelque part, dans son Histoire de la civilisation : « Il est évident que la morale existe indépendamment des idées religieuses ». On pourrait ajouter que son indépendance n'est pas moins évidente, jusqu'à ce jour, relativement à la philosophie et à la science. Mais, aucun ne

(1) Essais de critique générale, 4» essai, p. 211, 212.

l'ignore, quand celle-ci est muette, certains savants n'en parlent que plus fort. C'est ainsi que M. Lctournau nous apprend que la morale n'est autre chose que le dressage, que les conditions de milieu, les sociales surtout, impriment à notre centre nerveux principal. D'après cette hypothèse, les idées et les sentiments auxquels nous attribuons un caractère moral, ne sont que le résultat d'une accumulation héréditaire. Aussi le meurtre d'un de nos semblables n'est condamné, par notre conscience, que parce que le pouvoir social nous l'interdit depuis une longue série de siècles, et que cette défense est accompagnée d'une sanction terrible. De même en est- il pour le vol. Le sentiment du devoir tire son origine d'un lent et pénible dressage du cerveau.

Ainsi donc il y a, en fait de morale, des dresseurs et des dressés. Les dresseurs sont les diverses autorités sociales, en un mot le pouvoir social; les dressés c'est la tourbe des humains, la vile multitude. D'où il faut nécessairement conclure que la morale sera en raison directe de l'énergie déployée par le pouvoir, et en raison inverse de la faiblesse ou de la non-existence d'une autorité dirigeante. C'est le moment ou jamais d'interroger l'expérience et de voir ce qu'elle nous révèle à cet égard. Ladite expérience nous apprend, précisément, que partout où il y a eu un pouvoir social fort la morale est en déchéance manifeste, et qu'au contraire, une moralité supérieure ou très

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supérieure existe là où ce pouvoir est à peu près nul, sinon même vraiment nul.

Chez les peuplades pacifiques, à caractère social si élémentaire qu'on peut les considérer comme nous offrant une sorte de survivance de Tétat primitif, tout est à peine tracé, rien de fixe, rien de précis, rien de développé, sau( la morale qui nous offre le spectacle inattendu d'une supériorité incontestable, ce qui signifierait deux choses, dans rhypothèse de M. Létournau. La première que, sous le rapport politique et social, relativement à tout ce qui touche à la civilisation proprement dite, il n'y a guère eu d'empreintes cérébrales puisque celles-ci n'ont pas réussi à s'accumuler, héréditairement, et à constituer un progrès appréciable. La seconde que, par un étonnant contraste avec ce qui a lieu partout ailleurs, cette accumulation, si on l'admet, qu'elle provienne du pouvoir ou de toute autre condition de milieu, a fait des peuplades pacifiques, paraissant nous représenter si bien l'état des hommes primitifs, les organes les plus autorisés de la moralité.

Des considérations qui précèdent se dégage une conclusion générale. On doit reconnaître qu'historiquement parlant, la morale nous offre un caractère empirique dans son origine; elle est comme une efflorescence spontanée du germe humain. Notre esprit et notre cœur sont ainsi faits que les notions de droit et de devoir, que l'idée de justice, que les sentiments de sympathie, de pitié, de

solidarité sont des émanations directes de l'être que nous sommes. De même en est-il des conceptions de la logique, mathématiques comprises, qui seront, à un moment donné, une expression également spontanée de notre intelligence arrivée à l'état de réflexivité. On pourra, sans doute, invoquer l'expérience générale nous montrant une différence profonde dans les destinées comparatives des règles de la conscience et de celles de la logique. Les premières ont présenté de singulières variations, dans le cours des âges, à s'en rapporter aux traditions des différents peuples occupant la surface terrestre. Aussi en a-t-on pris argument contre la vérité de la morale elle-même, que l'on trouve ondoyante et par trop diverse. Mais, ici, on oublie le fait perturbateur essentiel, à savoir l'état de guerre dans lequel ont vécu la plupart des membres de la famille humaine ; d'où la déchéance, la chute profonde. Heureusement, pour la logique, que vivant en dehors du conflit incessant des passions malsaines, elle échappe à des influences héréditaires d'aberrations mentales intéressées, dans leur principe, lui faisant dire 2 + 2=5; la partie est plus grande que le tout; le tout n'est pas égal à la somme des parties en lesquelles on l'a divisé.

Il y a donc une morale spontanée, comme il y a une logique spontanée, et l'homme naturel est un être moral que l 'état de guerre a profondément vicié. « La conscience, telle qu'elle est donnée par la na-

ture, est complète et saine » (t). « L'Homme est doué crime faculté positive, la conscience, qui le porte à la justice » (2).

Aux conclusions qui se dégagent de celte étude sur la morale élémentaire il n y a qu'une réfutalion à opposer, savoir de déclarer que les mœurs des peuplades pacifiques ne sont qu'oeuvres du diable, puisqu'elles ne sont point l'œuvre de Dieu. Depuis la chute, dans le paradis terrestre, l'humanité est totalement et absolument corrompue, à telles enseignes que certain auteur, au dire de Proudhon, avec l'aj^probation d'un ancien évoque, M. Gousset, a pu s'ex|)rimer ainsi : « Aucune raison purement humaine ne peut établir la distinction du bien et du mal; et s'il n'avait plu à Dieu de nous faire connaître son intention, le fils pourrait tuer son père sans être coupable » (3). Cet auteur ne s'inspirait-il point de Duns Scot?

Je me contenterai de faire une citation de saint Paul, pour réfuter ces conceptions étranges.

« Or, quand les Gentils qui n'ont point la loi font naturellement (cpuciei) les choses qui sont de la loi, ceux-ci n'ayant point la loi sont loi à euxmêmes.

(1) Proudhoii, De la justice dans ta Hévolution et dans l'Eglise, I, p. 87.

(2) Proudhon, Ibid., III, p. 2.

(3) Proudhon, op, cil,, II, p. 426.

» Ils montrent, par là, que l'œuvre de la loi est écrite dans leurs cœurs, leur conscience rendant témoignage, et leurs pensées s'accusant entr'elles ou aussi s'excusant » (1).

Il s'agit ici, lies manifestement, non de la loi cérémonielle des Juifs, mais de la loi morale, laquelle, d'après le dire de l'apôtre, est, par nature (<pu<xei), gravée dans le cœur des Gentils. De même qu'il y a une logique spontanée, il y a donc aussi une éthique spontanée antérieure à la religion révélée, et je crois pouvoir ajouter à la philosophie et h la science.

Certaines races humaines ont |)eu ou pas de civilisation, les autres sont civilisées. Comme l'a dit M. Paul Janet, on admet que les premières n'ont point de morale et que les secondes ont une morale contradictoire. Chute inégale, décadence inégale, moralité inégale pouvant arriver, sur certains points, à la contradiction que nous ne trouvons point dans l'éthique des peuplades pacifiques, où le fonds commun des notions de cet ordre est manifestement le même. Les contradictions, quand elles se produisent, sont de fait et non de principe et de nature, car alors la tendance manifeste à un même idéal de moralité que l'humanité semble disposée à s'assimiler, ne se comprendrait point, serait même impossible.

(1) Epître de saint Paul aux Romains, ch. II, v. 14, 15.

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