‹ Les fondements de la moraleChapitre 12 sur 62 · PETER · texte numérisé non relu

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légitimement déduites de ce que nous croyons savoir de l’histoire du Maître, et dont les autres reposent sur une erreur certaine, relativement à la manière dont le Christ doit être imité. Sans doute il y a un passage de l’Ecriture qui nous enseigne que chacun doit charger sa croix, comme il l’a fait lui-même. Humiliations, persécutions, tortures, la mort même peuvent être infligées par ceux qui s opposent à la bonne Nouvelle, à l'Evangile; mais de ceci il ne résulte point que, sous une forme ou sous une autre, nous devions être tous les jours de notre vie, nos propres bourreaux. L'Ecriture ne l'impose point explicitement, catégoriquement, et cela n’a jamais été exécuté qu’à titre d'exception, si nombreuses ses exceptions soient-elles.

Ici nous reconnaissons le fruit d’un idéal tourmenté, poussé à l'extrême, qui conduit évidemment à une morale et à une vie qui ne sauraient être ni la morale ni la vie du grand nombre. Des moines, des solitaires d’abord, puis le communisme des couvents s’y peuvent astreindre sans doute, mais pourbien des motifs la société humaine, prise dans son ensemble, ne saurait accepter des conditions analogues d'existence à celles qui se pratiquent dans les monastères. On ne peut voir, dans cette vie sur la corde raide, que le.fruit d'une hypothèse ne pouvant paraître vraiment légitime qu à ceux qui ont rompu plus ou moins complètement avec leurs semblables. En tant qu'hypothèse, il n’y a qu'à laisser faire ce qu'inspire la conscience individuelle,

mais l'impossibilité d'une généralisation, par la pratique, est une réfutation suffisante de ceux qui s'inspirent de ces visées. Pareille morale ne saurait être générale et tel est bien cependant Île caractère que l'éthique doit offrir : elle doit être commune à tous, la même pour tous. Des erreurs de ce genre doivent néanmoins être respectées, parce qu'elles répondent à des exigences particulières de consciences, manquant de lumières suffisantes, il est vrai. Le monde transformé en une moinerie immense, et abstraction faite de la fin prochaine de l'humanité, en supposant qu’elle püt continuer à vivre, que deviendrait son destin? Que chacun s'interroge soi-même. A pareil banquet de la vie, combien peu voudraient prendre part parmi les admirateurs du collectivisme religieux ? M

C'est aussi un idéal quelque peu maladif qui, sous les auspices de saint Paul, a fait considérer le mariage comme un état inférieur de la nature humaine. Dans la vie d’un apôtre, une femme, des enfants pouvaient être une gêne, un embarras sérieux. C'est là un point de vue tout personnel, pouvant être vrai pour saint Paul et pour d’autres, mais qu'on ne saurait généraliser sans pousser à un véritable suicide de l’espèce humaine, bien propre à réjouir l’âme d'un Shopenhauër. Il peut être bon, à beaucoup d’égards, d’imiter saint Paul, comme lui-même était un imitateurde Jésus-Christ ; toutefois, sur ce point particulier, nous sommes en

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réalité en présence d'exceptions, qui doivent être aussi limitées que possible.

Le Maitre n'étaitévidemment pas un économiste, ni même un socialiste. Considéré comme tel, en 1848, par les uns, par les autres comme un montagnard (j'ai vu à l'aurore de la seconde république certaine image représentant Jésus le montagnard), il n'en est pas moins certain que peu de temps après le supplice du calvaire, se sont produits des actes à caractère socialiste très accentué. C’est ainsi que tous les nouveaux disciples ont commencé par vendre leurs biens, et que le prix, mis à la discrétion des apôtres, formait une masse commune à l'usage de la collectivité des fidèles. C’est un fait que l’on constate, mais ce n’est point un exemple qui dûüt être suivi à tout jamais. Il est même probable qu'il n'a jamais existé qu'à Jérusalem. Nous voyons dans les Actes que Paul vivait de son travail propre pour n'être à la charge de personne, et il rappelle la chose dans ses Epitres. Dans un autre passage de l'Evangile, nous voyons aussi que les fidèles de l’église de Corinthe (1) sont invités à donner, dans la mesure de leurs moyens, ce qui implique l'existence de propriétés individuelles. À cette idée du communisme chrétien, demeuré selon toute apparence un fait local, se rattache peut-être la mention à diverses repri-

(1) Première épitre aux Corinthiens, ch. XVI, v. 2.

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