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ses, dans les Épitres, de collectes faites ou à faire pour les saints qui étaient à Jérusalem.
Ce communisme chrétien ne pouvait durer qu'à titre d'exception. Il dut y être renoncé, complètement, lorsque-la ferveur initiale se fut tempérée, ne fût-ce que parce qu’une pareille pratique ne pouvait être sérieusement généralisée, même entre les fidèles. En effet, la nature humaine ne se prête que très difficilement à la suppression de la propriété personnelle. Ce n’est que plus tard, lorsque les solitaires ou moines se groupèrent entre eux, que la vie collective put être reprise dans des conconditions de discipline et d’abnégation absolue, qui peuvent seules lui donner et lui conserver son caractère essentiel. Le communisme est à ce prix. Donc il n’est et ne peut être qu'une exception.
La solidarité entre les membres de la famille chrétienne est incontestable. Le principe est excellent en lui-même. On voit néanmoins combien il est facile de tomber dans l’exagération, et dans l'erreur, si l’on veut trop généraliser en donnant à ce principe un caractère absolu. Une société monacale vit pour la tombe; ceux qui en font partie n’aspirent qu’à la tombe. Essayez donc de ramener la grande société à un pareil idéal, qui n’est et ne peut être qu'individuel, ou limité à un petit nombre d’individualités. Que deviendrait cette grande société, comme progrès et développements detout genre, si elle s’inspirait exclusivement du : Frère il faut mourir! On sait d’ailleurs que la vie mona-
cale, que la pratique des austérités, ou même de ce qu’on peut appeler la crucifixion de la chair, ne sont pas choses seulement propres à la religion chrétienne qui a eu, sous ce rapport, de nombreux précurseurs en Orient, précurseurs dont la race n'est point éteinte. Il y a donc là un fait humain, sans aucun doute, mais on ne saurait dire qu'il soit chrétien, en lui-même et par lui-même, bien que la doctrine chrétienne en ait été, et en soit encore l’occasion, pour nombre de gens qui pensent ainsi atteindre à un plus haut degré de sainteté et de mérite, hypothèse que je n'ai point à discuter. Nous savons que Jésus-Christ a aimé les pauvres, en quoi il a eu grandement raison, et qu'il n'aimait guère les riches, au moins ceux de sa nation, qui étaient sans doute de mauvais riches. Faut-il faire des sentiments du Maître sous ce rapport un principe général? Faut-il condamner la richesse et ne rechercher que la pauvreté? Fautil vendre tout ce que nous avons et le donner aux pauvres ? Pratiquement, c'est chose impossible, ne fût-ce que par le motif très simple qu'il n'y aurait personne pour acheter. Supposez néanmoins qu'on applique pareille règle à l'humanité toute entière, et vous comprendrez le sort qui lui serait réservé comme développement économique. Il y a, nous le voyons dans l'Evangile, tel principe dont la réalisation restreinte n’a sans doute aucun inconvénient sérieux, mais qu'il faut bien se garder de généraliser. Kant nous a montré toute
De
importance de la généralisation pour la direction de notre vie morale. Et on peut dire que, par sa conduite, chacun prouve qu'il est de cet avis.
- L'idée de sanction est profondément gravée. dans l'esprit de l’homme, aussi l'a-t-il appliquée à toutes les législations. Or, si elle existe à titre de nécessité dans les lois humaines, elle y existe aussi à un autre titre. Une morale dépourvue de sanction peut être imaginée dans un monde vieilli, mais personne n'oserait en faire un fruit naturel et spontané de la pensée primitive.
Sous ce rapport, le christianisme est à la fois l'écho et la confirmation de la doctrine générale qui domine et inspire l'histoire. Il na même de raison (l'être que si l’idée de sanction est absolument vraie. Toutefois, il y a ici une remarque très importante à faire. L’obéissance à la loi morale est-elle subordonnée purement et simplement à notre intérêt bien entendu, ou bien cette obéissance découle-t-elle d’un motif supérieur à l’intérêt lui-même ?
On a combattu la morale chrétienne comme étant une morale intéressée, sous le prétexte spécieux et faux que tout ce qui est intéressé est immoral. Or, s'il arrive maintes fois, ce qui n'est pas douteux, que certaines adhésions au christianisme soient intéressées, cela ne prouve nullement que le principe fondamental de la morale chrétienne ne soit l’amour pour Dieu, ce Dieu que nous aimons, dit Ecriture, parce qu'il nous
a aimés le premier (L). Si nous sommes les serviteurs dociles et attentifs de sa loi, est-il impossible d'admettre que c'est la reconnaissance qui nous sollicite et nous guide, et non la recherche de récompenses que l’on doit considérer comme un véritable surcroît ? Le Bien, aimé pour luimême, n'est point si rare dans l'humanité. On n'a qu'à interroger son propre cœur, et aussi un peu celui des autres.
(1) L'amour pour Dieu, traité de pathologique par Kant, est impossible d’après lui. Un tel sentiment sous cette forme peut être difficile à comprendre, mais celui de la reconnaissance l’est-il ?
. Kant entend par amour pathologique un amour qui réside dans un penchant de la Sensibilité {Fondements de la métaphysique des
mœurs, traduction Barni, P. 2