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MORALE PHILOSOPHIQUE

La diversité des points de départ comporte, néanmoins, une certaine unité de nature psychologique. De par l'observation, nous savons qu'il existe en l’homme des phénomènes de sensibilité, des phénomènes intellectuels, des faits volontaires. Cela posé, il a sulfi d'affirmer l'essence sensitive, intellectuelle ou volontaire de notre être pour y chercher le principe supérieur d’où émanent les règles de l'éthique. Mais il faut convenir que la pensée réfléchie a présenté maintes contradictions, de ce chef, bien des associations mal justifiées. De là quelque désordre dans l'exposition générale, dû à certaines répétitions nécessitées par le défaut d'harmonie des doctrines. Ainsi par exemple, Descartes, Leibniz, ne sont pas exclusivement des intellectualistes. De même en est-il pour les stoïciens.

A. La sensibilité, principe fondamental de la nature humaine, n'est point une expression ramenée à un sens strict et toujours le même, puisqu'elle comprend et l'élément physique et l’élément moral, deux termes quon ne peut point

toujours différencier d’une manière nette. Le second de ces deux éléments a eu un développement des plus remarquables en Orient. Sa première expression, l'Amour, se trouve dans le Brahmanisme, puis il prend un essor extraordinaire avec le Bouddhisme, qui est essentiellement une philosophie. On le retrouve dans la morale des Chinois, avec Confucius, que le Bouddha n’a certainement point influencé, surtout avec Mencius, et cela malgré le caractère impératif et rationnel que ces sages attribuent à la loi du devoir. Dieu est Amour, dit de son côté Empédocle. Platon, rationaliste s'il en fut, prétend s'élever par l'Amour jusqu'à la possession de la Beauté suprème. Israël a affirmé l'amour de Dieu et du prochain. Le christianisme, lui, sous le nom de charité, en fait le fondement essentiel de sa morale. Dans la voie du sentiment et de son rôle capital en Ethique, le christianisme, on le voit, a eu des précurseurs.

La doctrine du sentiment moral est née en Angleterre; elle a eu pour premier interprète lord Shaftesbury, qui qualifie de sens réfléchi ou de sens moral les penchants bienveillants ou SOCIaux. Hutcheson, après lui, s'inspirant de la même donnée, déclare nettement que le bien est une qualité simple des choses, comme celle de saveur ou d'odeur, et qu'elle est perçue par un sens particulier : le sens moral. Puis vint Adam Smith, le célèbre économiste, dont la doctrine peut se formuler ainsi : « La bonté d’une action est en raison

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directe de l’assentiment qu’elle excite chez les autres hommes, et les actions les meilleures sont celles qui sont de nature à obtenir la sympathie la plus pure et la plus universelle possible ».

L’Altruisme de Comte n’est qu’un fait subjectif, une expression mal sonnante, malgré son origine latine, et qui fait regretter son harmonieux synonyme provenant du grec.

Le grand apôtre de la Volonté (ou de ce qu'il appelle ainsi), Shopenhauër, donne à la morale pour fondement exclusif la pitié, déclarant que celte base est suffisante; il s’est ici inspiré, au moins dans la forme, du Bouddhisme, point de départ de ses doctrines pessimistes. En réalité, il fait de la pitié un cas particulier de la volonté, ce qui renvoie à plus tard l'exposition sommaire de sa doctrine qui, dans l’acception commune du mot pitié, devrait ici trouver sa place (1).

Dans un ordre inférieur, et avec une prédominance certaine, mais non constante, dela sensibilité organique, il y a le plaisir individuel, d'où le bonheur individuel, cherché pour lui-même dans l’ataraxie et sans règle certaine, comme chez les Epicuriens. La tradition du plaisir, qui se ramène à l'utilité personnelle, se retrouve dans Hobbes, Hume, et plus tard chez Bentham, Stuart Mill

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(1) Cette exposition faite ailleurs, paraît, j'en conviens, complètement déplacée. Mais j'ai voulu me conformer, le plus possible, à Ia

pensée du philosophe.

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