‹ Les fondements de la moraleChapitre 17 sur 62 · CELA E · texte numérisé non relu

CELA E

pure contemplation » (1). «Aussi loin que va la contemplation, aussi loin va le bonheur » (2). « Ce qui est propre à l'homme, c'est la vie de l’entendement, puisque l’entendement est vraiment tout l’homme, et par conséquent la vie de l’entendement est aussi la plus heureuse que l’homme puisse mener ».

Le même Aristote a dit que le vice est volontaire, de même la vertu; qu’une action n'est juste que si elle est volontaire et libre; que l'esclavage est de droit naturel ; que la cité est une production de la nature, un &&ov, un être vivant qu'il faut étudier par la méthode expérimentale comme tous les êtres animés. Je n'ai point à concilier ce qui est inconciliable, mais j'en ai assez dit pour montrer le caractère éminemment idéaliste de la morale d’Aristote. R

Ce caractère idéaliste n’est pas moins frappant chez les Stoïciens. Pour eux la raison des choses est la pensée, la raison faisant effort dans la nature entière à laquelle elle s’associe intimement; son expression la plus élevée, Jupiter, Dieu, tout en étant l’âme du monde, s’en distinguant toutefois assez pour devoir lui survivre, lorsque ce dernier sera atteint par une conflagration universelle. « Alors, disait Chrysippe, il ne subsistera plus que Jupiter vivant seul avec ses pensées » (3). L'homme fils de

(1) Zbid., ch. VIU, $ 6, p. 461.

(2) Zbid., ch. VII, $ 8.

(3) Denis, Histoire des théories et des idées morales dans l’anti-

quité, I, p. 253.

EM Es

Dieu (affirmation très fréquente chez Epictète) doit vivre conformément à la nature, c’est-à-dire conformément à la raison, c’est-à-dire conformément à la volonté de Dieu. Dieu est esprit, savoir, vertu, raison, La volonté de l’homme doit s'appliquer

incessamment à la pratique de la loi divine. La loi

est la reine de toutes les choses divines et humaïnes ; elle est l’arbitre du bien et du mal, du juste et de l’injuste. Jupiter est le principe de la justice ; il est lui-même le droit et le juste, la seule loi véritable. | |

L'idéalisme panthéistique de Spinoza donne évidemment la prééminence à l'intelligence, malgré certaine valeur qu'il attribue à la volonté quand il dit : « Deo parere summa libertas est ». C’est bien

l'idée stoïcienne dont se rapproche ici le spino-

zisme. Pour celui-ci Dieu est immanent au monde qu'il pénètre de son essence nécessaire, sous le double mode de la pensée et de l'étendue, La méthode géométrique : axiomes, définitions, démonstrations donne une éthique des plus rigoureuses dans un domaine qui n’est point celui de la réalité. Cela n'empêche point Spinoza de parler de la conscience du devoir rempli.

Leibniz est un intellectualiste non douteux bien

qu'il soit aussi autre chose, car il fait jouer un grand rôle à la volonté. On constate l’idéalisme dans les données suivantes : l’âme est un miroir de l'univers, la nature et l'esprit se répondent.

Dieu est essentiellement une intelligence comme.

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