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métaphysique, « les diverses religions, ces métaphysiques à l’usage du peuple» ({),et, sous ce rapport, on ne peut contester le caractère hautement original de l’idée religieuse chez les Hébreux. Dieu ou Jéhovah est une cause volontaire et libre qui a créé le monde, sans aucune nécessité, lorsqu'il lui a plu de Île faire. L'homme, fait à l’image du Créateur, est aussi un être volontaire et libre, pleinement responsable de ses actes. Malheureusement le christianisme, cet enfant d'Israël, admet la thèse contradictoire de la prédestination qui exagère la liberté divine, en supprimant celle de l’homme.
Les Celtes admettaient un Dieu suprême et toutpuissant, doué d’une liberté réelle (?). L'homme est également libre, sa volonté peut s'attacher soit au bien, soit au mal.
J'ai parlé du stoïcisme comme d’une doctrine idéaliste, mais à une certaine époque, la volonté y joue un rôle d’une telle importance qu'il est impossible de ne pas compléter, ici, l'exposé fait précédemment. La raison est le fondement essentiel, auquel les Stoïciens joignirent un principe nouveau et singulièrement fécond.
Avec Epictète, on sort de l’idée pure. Chez lui, le terme de rpouipesx, analogue au reouperixn d’Aristote, désigne couramment le choix volontaire (2).
(1) Schopenhauër, Fondement de la Morale, p. 111. (2) Dans Arrien, j'ai trouvé une fois rpoutoettxn employé pour
rpoulpeois (liv. IT, ch, XXIII, Des entretiens d'Epictète).
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L'intellectualisme de ce philosophe ne l'a point détourné du libre arbitre. On serait tenté de dire la même chose des autres Stoïciens, pour le moins à partir d’Epictète. C’est une contradiction, sans doute, mais ne la rencontre-t-on point dans le christianisme, chez Descartes, chez Leibniz, chez Kant lui-même? L'esprit, pénétré de déterminisme, ne peut être conséquent avec lui-même jusqu'au bout. On sait, d’ailleurs, que ceux qui sont, de propos délibéré, les plus intrépides négateurs de la liberté morale, comptent toujours avec elle dans la pratique.
Au dire d'Epictète, cette personnification la plus haute de l'Ecole du Portique, l’homme est une volonté (1). C’est ton opinion qui t'a contraint, c'est-à-dire c'est ta volonté qui a contraint ta volonté (2). La volonté détachée de Dieu ne peut être contrainte par personne, pas même par Dieu (3). Dieu a confié l’homme à lui-même (4). Ce qu'il y a de meilleur dans les choses existantes, c'est la volonté lorsqu'elle est droite (5). La volonté est en notre pouvoir ainsi que toutes les œuvres volontaires (6). La volonté est libre par nature et
(1) Arrien, Entretiens d'Epictète, trad, Courdaveaux, p. 393, (2) Zbid., liv, II, ch. XIV du texte.
(3) Zbid., trad, Gourdaveaux, p. 61.
(4) Zbid., p. 137, (5) Ibid., p. 213.
(6) Zbid., liv. 1, ch. XXII, ‘du tetes
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soustraite à la nécessité (1). Rien ne peut triompher de la volonté qu’elle-même (2). Rien ne nous intéresse en dehors de la volonté (3).
L'exposé qui précède où ne figure ni la paternité de Dieu, ni sa providence, etc., me paraît justifier, d’ailleurs, singulièrement cette parole de Denis : « Le stoïcisme est la morale la plus complète de l'antiquité » (4). Ceci dit, malgré certaines lacunes, malgré des paradoxes, malgré la part faite à la casuistique et un panthéisme non douteux. Spinoza lui a fait plus d’un emprunt, comme le prouve la comparaison de son Ethique et du Manuel d’Epictète.
Dans le Moyen-Age, et en regard de ce qu'on peut appeler la philosophie de l'intelligence, chez saint Thomas d'Aquin, se produit avec Duns Scot,
le doctor subtilis, une véritable philosophie de
la volonté. J’extrais de l'ouvrage de M. Fouillée les lignes suivantes : « Toutes lés sympathies de Duns Scot sont pour l'individu... l’individualité est le principe positif de l’action. C'est la volonté qui est le fond de l'être, ét non pas la raison, enchaînée à ses formes immuables, soumise à la détermination et à la nécessité.
» I ne faut pas dire que la volonté divine trouve
(1) Zbid., liv, II, ch. XV (n'pév mooutpeoi ékedepov pÜoer xat aVLYXAGTOV).
(2) 2bid., liv. I, ch. XXIX.
(3) Zbid., trad, Courdaveaux, p. 17.
(4) Denis, op. cit., p. 362.
ART MENUEE
une loi toute faite à laquelle elle se conforme c'est elle qui fait la loi, c’est elle qui est la loi. La vérité n'est pas antérieure à la volonté divine, c'est la volonté divine qui pose et produit la vérité; la loi morale, en tant que loi, n'est pas antérieure à la volonté de Dieu. Dieu ne veut pas Île bien parce qu'il le reconnaît tel; mais le bien est tel parce que Dieu le veut.
» De même quand Dieu crée, c'est avec une liberté absolue » (1).
« Duns Scot attribue à Dieu le libre arbitre, et de là il déduit la volonté subjective de Dieu comme principe de toute moralité » (2).
J'arrive à Descartes, qui a été aussi un Hielles tualiste, sans doute, mais qui me semble avoir été surtout autre chose. L’essence de l’âme est la pensée. Or, « toutes les opérations de la volonté, de l’entendement, de l’imagination, des sens sont des pensées » (3). Les vérités métaphysiques ou éternelles ne sont point indépendantes de Dieu : « Il a établi ces lois en la nature comme | un rot établit les lois en son royaume » (4). La volonté de Dieu est immuable comme les vérités éternelles. « On ne peut dire que la vérité de
(1) Histoire de la Philosophie, p. 211. 2 . (2) Tenneman, Histoire de la Philosophie, UE P- 277. Traduct, Y. Cousin, (3) Descartes, Aspoete aux deuxièmes die : Définition, LINE, | pue ANR (4) Edition Cousin, t, VI, p. 109.
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quelque chose précède la connaissance que Dieu en a, car en Dieu ce n’est qu'un de vouloir et de connaître. Dieu a créé le monde par un acte de sa liberté et 1l le conserve par une création continuée » (1). PA |
D'après Descartes, la volonté est le pouvoir de faire ou de ne pas faire, de poursuivre ou de fuir une chose et d'agir sur l’âme; elle a prise sur les idées et sur les passions. De plus, la volonté est douée du jugement; c'est elle qui affirme ou nie les choses que l’entendement nous propose. Et cependant il accepte la tradition socratique du mal dû à l'ignorance du bien : Voluntas non feriur in malum, nisi quatenus et sub aliquä ratione boni representatur ab intellectu: d'où vient ce mot: omnis peccans est iIgnorans.
La volonté est pour ainsi dire sans bornes et sans limites. Elle est si grande que nous ne concevons pas l’idée d’une autre faculté plus grande, en sorte que c’est elle principalement qui nous fait connaître que nous portons l’image et la ressemblance de Dieu. Elle est en quelque sens infinie et elle s'étend à tous. ;
Dieu a fait trois miracles : les choses de rien, l'Homme-Dieu et le libre arbitre de l’homme, Avant que notre volonté soit déterminée elle a toujours la puissance de choisir l’un ou l'autre des deux contraires. Les motifs détruisent si peu la
(1) bid., p, 108.
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volonté que plus ils sont décisifs et rationnels, plus elle est libre dans son entière et franche adhésion. -— Le souverain bien, de chacun en particulier, ne consiste qu’en une ferme volonté de bien faire.
« Puisque c'est principalement la volonté qui -me fait connaître que je porte l’image et la res- semblance de Dieu, et puisque c’est le bien de la volonté qui est mon vrai bien, mon être véritable doit être aussi ma volonté. Si l'être n’était qu'intelligence lebien ne consisterait qu’à savoir, comme le soutiennent les rationalistes : Socrate, Platon, Aristote. Si au contraire le souverain bien se trouve dans la vertu, c'est que le fond de l'être est volonté; car le principe de la métaphysique ne peut différer essentiellement du principe de la morale. Descartes est ainsi conduit à placer l'essence de l’âme dans la volonté. La volonté est l’action de la pensée tandis que l’entendement n'en est que la passion » (1).
Leibniz n'est point exclusivement un intellectualiste et un déterministe ; il a été aussi autre chose. D’après lui, être c’est agir; toute substance est cause, toute cause est substance. La force active déposée dans chaque être enveloppe l'effort et le détermine de lui-même à l'action, sans aucun recours à l'assistance divine. C’est à la conscience que nous empruntons la notion de force. Le mécanisme est sans doute à la surface des choses, mais
(1) Fouillée, Æistoire de la Philosophie, p. 254-255,
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Je: dynamisme en est le fond et la nature des subs-. tances consiste dans la force. Tout effort suppose une fin et n'est qu'un désir qui constitue la spontanéité intérieure. Au-dessus du désir spontané s'élève la volonté libre dont les conditions premières sont la spontanéité, 14 contingence, c'est-.
à-dire l'exclusion de la nécessité logique ou méta-
physique, et l'intelligence. Celle-ci est comme l'âme de la liberté. Car rien ne se fait sans raison
et, si la liberté existe quelque part, c'est quand”
nous agissons avec des motifs. L'action libre n’est pas seulement spontanée, elle est aussi délibérée. La substance libre se détermine, par elle-même, et cela suivant le motif du bien aperçu par l’entendement, qui lincline sans la nécessiter. Dieu seul est parfaitement libre. Leibniz a certainement admis une nécessité purement morale, distincte de la nécessité intellectuelle. « Une connaissance
bien claire du meilleur détermine la volonté, mais
elle ne la nécessite point à proprement parler. IL faut toujours distinguer la nécessité métaphysique de la nécessité morale » (1). de |
Rousseau, peu métaphysicien, mais grand moraliste, malgré certaines contradictions a eu un sens très net des principes de philosophie sociale, et a vu, dans la volonté libre de l’homme, la caractéristique de sa nature ét le véritable fondement de
l'économie du corps politique.
(1) Théodicée, 3° part., K 310, p. 252 (édit, À. Jacques).
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