‹ Les fondements de la moraleChapitre 20 sur 62 · CD 7 PER · texte numérisé non relu

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On ne peut aborder la philosophie de Kant qu'avec un. respect profond. Ce fut un génie de premier ordre et cependant il est difficile, en se plaçant au point de vue de sa philosophie de la volonté, de ne pas lui reprocher tantôt une méta- physique quintessenciée, tantôt de véritables contradictions, tantôt des omissions d’une gravité singulière. | La volonté est la Palile des êtres vivants, en. tant qu'ils sont raisonnables, et la liberté serait la propriété qu'aurait cette causalité d'agir indépen-damment de toute cause déterminante étrangère (1). « La volonté est à elle-même sa propre loi » (2). « Le troisième principe pratique de la

volonté est que la volonté de tout être raisonnable

est législatrice universelle. La volonté ne doit

pas être considérée simplement comme soumise

à une loi, mais comme se donnant à elle-même la loi à laquelle elle est soumise » (3). « Toute volonté humaine constitue pour toutes ses maximes une législation universelle » (4). « L'homme n'est obligé d'obéir qu'à sa propre volonté, mais à sa volonté constituant une législation universelle » (5). « L’impératif catégorique est la for-

(1) Kant, Métaphysique des mœurs, trad. Barni, p. 98, (2) Zbid., p. 99.,

(3) Zbid., p. 74.

(4) Zbid,, p. 76,

(5) Zbid., p. 77.

mule d’une volonté absolument bonne » (1). « La moralité est le rapport des actions à l'autonomie de la volonté » (2). Le principe de l'autonomie de la volonté est l’unique principe de la morale » (3).

Les propositions qui précèdent paraissant, à première vue, faire de la volonté l'essence même de l’homme, ne recoivent-elles point comme une consécration nouvelle dans le passage suivant : « L’honnête homme peut dire : je veux qu'il y ait un Dieu, que mon existence en ce monde soit encore, outre son rapport avec la nature, une existence dans un monde purement intelligible, enfin que ma durée soit infinie; je m'attache à ces

croyances et ne les abandonnerai pas » (4). Le

moi de l’honnête homme, par un acte de volonté, ne pose-t-1il point Dieu et la vie à venir? Kant n'at-il pas dit, au surplus, qu'il remplacçait l'évidence par la croyance ?

Mais il y a aussi l'antithèse à la conception apparente de la volonté comme principe éssentiel de la nature humaine. En effet une idée importante chez Kant et sur laquelle il revient souvent, c'est que la liberté est d'ordre intelligible, métaphysique, si l'on veut, ou nouménal, mais que tous les actes de l'expérience commune sont soumis à

(1) /bid., p. 84.

(2) Zbid., p. 88.

(3) Zbid., p. 90.

(4) Kant, Critique de la raison pratique, trad. Barni, p. 363.

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une nécessité rigoureuse. La liberté est hors du temps, la nécessité dans le temps(1). Pareille morale à inévitablement un caractère abstrait et tombe dans l’intellectualisme, legs de tradition, legs du passé.

Fichte A cicablenct dé Kant sur certains points, bien que celui-ci ne l'ait jamais considéré comme son disciple. Dans sa première manière (Idéalisme subjectif), le moi se pose, s'affirme : « Je juge, donc moi qui juge je suis ». « Le moi de chacun est la substance unique suprême ». Je me pose comme actif, cela veut dire

que je distingue en moi quelque chose qui sait,

et une force réelle qui, comme telle, ne sait pas mais est. Le sujet qui sait et la force qui est sont identiques, un seul et même être. Je ne me trouve moi-même que dans ma volonté comme voulant.

Pour me trouver moi-même et rien que moi, il faut

faire abstraction des objets extérieurs à la volonté,

et ce qui reste alors est mon être pur, volonté ab-

solue. Le moi ne doit être déterminé que par luimême, tel est le principe suprème de toute moralité. La nécessité de la loi morale n’est pas une nécessité réelle, elle est devoir. La compassion, la bienveillance naturelle n’ont rien de moral. Le critérium absolu de la justesse de nos convictions morales est un certain sentiment qui ne trompe

(1) Métaphysique des mœurs, p. 101, 106, 109, 113, 114, 116,

. 119. — Critique de la raison pure, p. 282, 283, 286, 287,

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jamais. La morale a pour principe la liberté ; sa loi est la détermination absolue de soi par soimême, sa fin est l'indépendance absolue du sujet raisonnable,

La philosophie première de Fichte évolua ou plutôt se transforma en idéalisme objectif, panthéistique et mystique, car il continua néanmoins à donner un rôle prédominant à la volonté. Il paraît même agrandir ou même exagérer ce rôle. Citoyen de deux mondes, dit-il, l'un sensible, l’autre spirituel, je règne sur celui-ci par la volonté pure qui est le principe vivant de la raison. Dans le monde surnaturel, éternel, c'est la volonté qui est la loi fondamentale. La loi souveraine du monde spirituel ne peut être qu’une raison agissant par elle-même et absolument indépendanfe, c'est-à-dire une volonté pure, se déterminant d'après sa propre loi, volonté immuable, infaillible. Le moi est la puissance absolue, la volonté est la source de toute existence, l'être premier, le principe de l’être. La volonté est le

principe absolument créateur qui produit par ellemême sa propre sphère, son propre monde, et la nature n'est pour elle que la matière passive de son activité.

J'arrive Séhdbentanec qui, sous plusieurs rapports essentiels, est un véritable disciple de Kant, dont il parle avec une admiration qu'il n’a jamais témoignée à personne. C’est à Kant quil doit l'inspiration d’une volonté qu'il donne comme

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le principe de la nature humaine, pour lui c'est en effet la volonté qui constitue l'essence même de l’homme ; elle saisit l'essence universelle en se saisissant elle-même. Cette volonté est inconsciente et c’est un æ. « Le fondement sur lequel j'aile dessein d'établir la moraleest fortétroit » (1). « Le vrai ressort moral, c'est la pitié » (2).Et celleci est une expression de la volonté, comme l'entend Schopenhauër, car pour lui la pitié, c’est la volonté poursuivant le bien d'autrui (3). « La pitié, voilà le seul principe réel de toute justice spontanée, de toute vraie charité. Si une action a une valeur morale, c’est dans la mesure d’où elle en vient; dès qu'elle a une autre origine, elle ne vaut plus rien. Dès que cette pitié s’éveille, le bien et le mal d'autrui me tiennent au cœur aussi directement que peut y tenir mon propre bien. Certes, le fait est étonnant, mystérieux même. C'est là, en vérité, le grand mystère de la morale; c'est pour elle le fait primitif, la pierre de borne » (4). Ainsi dans la nature humaine est le fondement dernier de la moralité (5). La morale, d’après Schopenhauër, comme d’après Kant, exige un désintéressement absolu : l’absence de tout motif égoiste,

(1) Schopenhauër, Fondement de la morale, traduct. Burdeau, ERA (2) Zbid., p. 151.

(3) Zbid., p. 119.

(4) Zbid., p. 118.

(5) Zhid., p. 127.

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