acte de pure contemplation
(1) Aristote, Morale à Nicomaque, ÉCEXSNIT S 7, p. 456de la
traduction de Barthélémy Saint-Hilaire, passage cité, (2) /bid., $ 8, p. 457, passage cité, (3) 1bid,, C. VIIT, $ 7, p. 461, passage cité,
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Lutile.
Celui-ci répond-il toujours à une idée bien claire ? L'histoire de la doctrine utilitaire prouve précisément l'inverse, et l'expérience journalière dépose dans le même sens. Epicure n'a évidemment compris l'utilité que‘par rapport à l'individu : L'école anglaise a cru faire merveille en donnant comme but à notre activité morale le bien collectif: c'est ainsi qu on doit arriver au désintéressement, au dévouement, c'est-à-dire à ce que l'on considère généralement comme le fondement essentiel de l'éthique. Mais suivant la remarque de Guyau : « L'union de l’égoisme et de l'altruisme est la pierre philosophale des moralistes (1). Comment conduire l'individu à une pratique aussi peu attractive que celle du désintéressement et du dévouement ? Renoncer à ce que l’on trouve utile pour soi-même, en faveur de l'utilité sociale, est sans doute une règle que peut appliquer le très petit nombre et qui n’est point à la portée de l'immense majorité des humains. Que sera-ce donc si le
dévouement doit aller jusqu'au sacrifice, à l’immo-
lation de soi-même ? De tels faits ne sont-ils pas contraire à la nature des choses, à cet instinct de la conservation qui exprime une loi fondamentale
chez les êtres vivants ?
Etant au surplus si peu sûr de bien connaître ce
(1) Guyau, Essai d'une morale sans obligation, nt sanction, p.246,
qui est vraiment utile, qu'il s'agisse de l’un ou de l’autre des deux intérêts, on doitconvenir que l’uti: litarisme ne possède ni un critère pour décider ce que chacun doit faire dans un cas déterminé, ni un impératif pour commander l'action (1). On doit reconnaître aussi que nous sommes, généralement, mieux en mesure de juger, lorsqu'il s'agit de nos besoins personnels et de ce qui est propre à les satisfaire. Epicure s'en était sagement tenu à ce point de vue restreint, condamné comme immoral par les utilitaires modernes. Mais la règle qu'ils lui substituent n’a point de détermination précise ;
elle ne peut donc servir de œuide à la conduite
des hommes, lesquels détournent presque toujours leurs yeux de ce mirage théorique, ne poursuivant guère que leurs intérêts personnels. En quoi ils peuvent avoir tort, en quoi ils peuvent avoir raison, suivant les circonstances, car il y a à faire la différence des choses.
Pour l'intelligence du sujet, je crois devoir ajou-
ter ici quelques mots d'historique sur la genèse et l’évolution de la doctrine utilitaire. ;
D'après Épicure, toute connaissance est d’origine sensible. Le plaisir est le souverain bien de
(1) Renouvier, Science de la morale, 1, p. 213.
l’homme et on peut dire que tous les êtres vivants recherchent le plaisir et fuient la peine. L'objet de la morale c'est le bonheur, les sensations agréables et douces. Le bonheur paisible, soustrait aux
maux corporels et aux troubles de l’âme, l’ataraxie P
en un mot, tel est le but à poursuivre. Il s'ensuit par cela même les règles de la prudence et de la tempérance sans lesquelles il n'y à point de tranquillité personnelle. Les plaisirs, les peines de l'esprit sont d’ailleurs. plus grands que ceux du corps, il est donc nécessaire, pour arriver au bonheur, de faire un choix.
Pour les Epicuriens, la Justice est liée à des conventions, et celles-ci fondées sur l'utilité. Le respect de la justice est un point essentiel pour la conservation de l'harmonie mentale chez chacun. La justice, ainsi que la sagesse en général, est une condition du bonheur.
Hobbes professe une doctrine analogue et il considère également toule connaissance comme d'ortgine sensible. Le motif universel de toutes les déterminations humaines est la recherche du plaisir et la fuite de la douleur. À son dire, le bien-être est la fin de l'homme. Donc, le bien-être c'est le bien, et parvenir à ce but, par des moyens quelconques, est le droit imprescriptible de tout individu, le droit natureltout entier. D'où, la conséquence que la guerre est l’état de nature. D'où cette autre conséquence quil faut que chacun renonce à son droit, sur toutes choses et le trans-
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fère, tout entier, à une volonté unique, celle de l'Etat. | | He Bentham, grand légiste et peu philosophe, déclare, lui aussi, que la recherche du plaisiret la fuite de la douleur, tel est le véritable mobile de nos actions. Le bien, c’est le bonheur, et le bonheur, c'est le plaisir. Cela posé, il définit Putilité, la propriété qu'a une action ou un objet d'augmenter la somme de bonheur ou de diminuer la somme de malheur de l'individu ou de la collectivité.
J'arrive à Stuart Mill. D'après ce philosophe, la croyance qui accepte comme fondement de la morale l'utilité ou principe du plus grand bonheur, tient que les actions sont bonnes selon qu'elles tendent à accroître le bonheur, et mauvaises selon qu'elles tendent à produire le contraire du bonheur. Par bonheur, on entend plaisir et absence de peine’; par malheur, peine et absence de plaisir. Il est impossible, au point de vue de cette doctrine, de ne pas placer le bien dans l'utilité individuelle, mais Stuart Mill, à l'exemple de Bentham, voudrait remplacer celle-ci par l'utilité collective. Pareille
démonstration est encore à faire. Une autre dé-. monstration à faire serait le droit de tenir compte :
de la qualité du plaisir, beaucoup plus que de la quantité. On sortirait ainsi de l’arithmétique morale de Bentham et aussi un peu de lutilitarisme.
Le sensationnisme, parti de l'intérêt individuel,
n'a donc jamais pu établir la légitimité du passage
de celui-ci à l'intérêt collectif.
Dans les écoles socialistes contemporaines, il n'est pas douteux que la morale ne repose généralement sur le fondement même de la doctrine Epicurienne (1). Le bien pour elles est le bonheur, et celui-ci, le plaisir, la ] jouissance. Pour elles, les notions de justice et de droit sont absentes de l'idéal poursuivi par l'éthique. Parexemple, au dire de Fourier, la Providence a tout disposé dans l'Univers pour arriver à la réalisation de l’harmonie, c'est-à-dire du bonheur. Ce bonheur exige le plein, l'entier fonctionnement des sentiments naturels et des passions. La raison, le devoir, n'ont plus aucun rôle à jouer dans cette économie de la conduite.
Tous les socialistes du présent siècle, férus de - leur chimère du millénium, qui doit faire le bonheur universel, ne comprennent l'humanité future que savourant, à longs traits, la coupe de félicité. Ce que sont pour eux le droit et la justice, nul ne l'ignore. Et il faut reconnaître que leur morale est très inférieure à celle d'Epicure,'qui faisait, lui, une part importante à la modération, à la prudence, choses aussi ignorées des conducteurs du troupeau socialiste que de la masse confuse,
(1) Il y a des exceptions sans doute, Là aussi on trouve des idéologues, pour ne pas dire d'étranges rêveurs, par exemple ceux qui disent que le socialisme c'est la liberté, c’est l’exaltation de l'individu, et ceux qui mettent le principe de toute réalité, de toute mo-
ralité dans la société elle-même.
Du bien d’après l’évolutionnismé
Je ne passerai point ici tous les évolutionnistes
en revue. Je n'en citerai qu'un certain nombre,
après avoir présenté quelques observations préa-
lables.
Tout d’abord le sensationnisme, ou sensualisme, est bien la philosophie originale qui est à la base
de l'évolutionnisme. Le plaisir, le bonheur, l’uti-*
lité sont le bien propre de chacun, mais, en regard de celui-ci, il y a le bien propre de l’espèce qui doit être db au premier, d'après Darwin, 1 qui doit lui céder successivement la prééminence, d’après Spencer.
Une autre observation est relative au point de
départ du naturaliste et du philosophe. Le natura-
liste part d'un minimum ou de plusieurs minima d'organisation, sans remonter plus haut; tandis que le philosophe, sans remonter jusqu'au non être, comme Hégel, pour arriver à l'espèce, part d'une poussière impalpable, Ja matière impondérable, la soumet à la force, c’est-à-dire au mouve:ment, et en fait sortir toute l’économie des choses. Entre les deux doctrines, il y a néanmoins ce commun caractère, cest que pour elles le progrès,
c'est-à dire le bien, le mieux, consiste dans le pas-
sage de l’inférieur ou supérieur. ;
Darwin, comme je viens de le dire, a distingué le bonheur, bien particulier, et le bien général ; mais la logique eût demandé mieux, car, dans