‹ Les fondements de la moraleChapitre 33 sur 62 · DD · texte numérisé non relu

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parable de l'autre. Si l'idée d'obligation n'est inhérente qu'à celle du bien, il n’y a de loi que le bien, et rien n'est loi que par sa participation au bien, car l'idée de loi implique cellé d'obligation et celle d'obligation, celle de bien . Une autre intuition de la raison c'est que la vertu mérite et le vice démérite.

Dugald Stewart adopte sensiblement la doctrine de Price. Pour lui il admet que c'est à la vue des actions que l’idée du bien pénètre en nous. Elle exprime comme l'idée du mal une qualité des actions. Ces qualités existent dans les actions indé-

pendamment de nous, comme les qualités pre- mières des corps. Quant à leur nature, elles sont

originales, simples, irréductibles et, par conséquent, indéfinissables. Elles ne sont point dues à la raison discursive qui perçoit les rapports et déduit les conséquences des idées, mais elles peuvent être saisies par la raison intuitive, qui nous donne les idées simples et originales d'espace, de durée, de cause.

J'arrive à la philosophie critique : Kant rejette un bien en soi antérieur au devoir. À son dire la loi du devoir ne repose que sur elle-même, et elle sert à déterminer le bien, au lieu d’être déterminée par le bien en soi ou absolu. C'est le devoir lui, ou l'impératif catégorique, qui est absolu. IL consiste dans une idée sui generis, irréductible à toute autre. Le bien réside dans la bonne volonté. (Epictète a dit la volonté droite (684). D'après lui,

le bien est ce qui dépend de nous (1). En dehors de la volonté, il n'y a ni bien ni mal (2). Le vrai bien et le vrai mal sont dans l'usage que l’on fait des idées et rien de ce qui ne rélève point de notre volonté ne peut être ni un bien ni un mal (3). La faculté de vouloir est à moi. Où chercher le bien et le mal ? Au dedans de moi (4). Où est le bien? Dans notre volonté. Où est le mal? Dans notre volonté (5). L'essence du bien est une certaine volonté et celle du mal une certaine volonté) (6).

Je reviens à Kant, qui nous met en présence d'une véritable révolution dans la théorie de la morale, bien qu'elle conserve toujours son caractère rationnel. L'idéalisme prétend régler la volonté sur le bien ainsi conçu, ou même perçu par la raison. Kant a eu le sentiment que ce bien en

, , 9 ° (] . Ô , y général n élait qu une abstraction, ce qui l'a con-

duit à admettre une raison pratique nous imposant

le devoir. Or celui-ci est le bien parce qu'il s’affirme ? 24 , ° . .

d'une manière absolue, catégorique. Ainsi le de-

voir c’est le bien, tandis que dans la donnée tra-

ditionnelle de l'intellectualisme, c’est le bien qui

appelle et impose le devoir. Dans le premier cas,

(1) Arrien, op. cit., trad. Courdaveaux, p. 74. (2) Jbid., p. 103.

(3) Zhid., p. 109.

(4) Zbid., p. 123.

(9) bid., p. 166.

(6) Arrien, liv.. I du texte, ch. XXXIX,

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nous sommes en présence de la raison pratique; dans le second, il s'agit de la raison théorique.

Le néo-Kantisme avec M. Renouvier reconnaît sans doute non pas un bien mais plusieurs biens. La moralité consiste dans l'acte de se déterminer pour le meilleur conforme à la raison, c'est-à-dire le bien moral. Celui-ei est une fin désirable à atteindre. D'où le devoir (1).

M. Renouvier complète sa pensée. Après avoir dit que l’agent est tenu d'agir en vue du bien, il ajoute que le devoir envers soi est le but que l'agent se représente en sa nature raisonnable et morale, et qui est de se conserver et de se développer dans toutes les fonctions qui le constituent.

La doctrine de Kant se trouve affirmée, à nouveau, soutenue avec force dans un ouvrage récent et plein d'intérêt, dû à la plume de M. Fulliquet. Pour lui, le bien, c'est ce qui est obligatoire. « Si le seul caractère que nous reconnaissons au bien c'est l'obligation, la seule méthode pour découvrir le bien c'est d'enregistrer soigneusement à quoi s'applique en nous l'obligation » (2).

Contre cette théorie Kantienne se sont élevés Cousin et son Ecole.

Le bien, disent-ils, est ce qui est obligatoire, et non ce qui est obligatoire qui est le bien. Kant leur paraît avoir pris le contre-pied de la vérité,

(1) Science de la morale, t. I, p. 1.

(2) Fulliquet, £ssai sur l'obligation morale, p. 133, 134,

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Telle est aussi l'opinion de Jouffroy, penseur indépendant, « C'est dans la solution de la question : en quoi consiste le bien dans les différents cas particuliers que réside la variabilité et la perfectibilité progressives de la morale, C'est dans l’idée du bien, et dans l’idée d'obligation qui y est attachée que résident son immutabilité et son universalité.. C'est dans l'application de la forme du bien à un cas particulier que les uns jugent mieux

que les autres » (1). Telle est aussi l'opinion de

Barni, traducteur et commentateur de Kant

« Quoi qu'en dise Kant, n'est-ce pas, au contraire,

l'idée du bien qui engendre et détermine celle de l'obligation morale ou du devoir...? Au lieu dedire : cela est bien parce que cela est obligatoire, il faut dire : cela est obligatoire parce que cela est bien » (2). ;

La ‘théorie ancienne du bien en soi, du bien absolu, de la perfection est abstraite. La théorie

nouvelle à priori semble contraire à la raison qui

a de la peine à comprendre une obligation qui paraît ne reposer sur rien. Mais il y a plus. L'expérience a bien prouvé, dans le passé, et continue à prouver, dans le présent, que ce qui nous paraît obligatoire n’est pas toujours le bien, le meilleur. Kant l’a sans doute compris, car il se souvenait

(1) Jouffroy, Droit naturel, t. IE, p. 313.

(2) Barni, Examen des fondements de la métaphysique des mœurs

et de la critique de la raison pratique, p. 225, 226,

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de Ravaillac et d’autres fanatiques. N'a-t-il pas eu le soin d'apporter au devoir, ou principe d’'obligation, comme un correctif, celui de [a généralisation le la maxime de nos actes. Cette loi pratique de la généralisation des maximes arrive tout

à fait à point pour donner, à notre conscience, la

lumière complète que le fait de l'obligation n’apporte pas toujours avec lui. Si l'obligation doit être contrariée, dans certains cas, par quelque autre impératif de la conscience faisant obstacle au premier nous sommes en présence d'une difficulté très sérieuse, Si donc l’obligation a parfois besoin d'être complétée, par une intervention rationnelle d’un autre genre, il est impossible de l'identifier avec le bien lui-même.

Ainsi d'une part la doctrine intellectualiste du bien en soi, comme principe de la morale, est inadmissible, parce que la morale ne saurait procéder d'une abstraction pure, et d'autre part le fait empirique du devoir (car on ne peut contester le carac-

tère empirique de l'obligation) ne saurait être

admis comme l'expression du bien lui-même.

J'ajoute que la théorie de Kant, tout en ayant un point de départ réel, concret dans l'homme luimême, n’en est pas moins à d’autres égards une sorte d’algèbre supérieure. Non seulement on ne sait point, d'après l’éminent philosophe de Kænigsberg, pourquoi la volonté obéit à l'impératif catégorique, mais on n'est pas même sûr que cette volonté ait jamais été adéquate au devoir, Une mo-

rale inappliquée, parce que sans doute elle serait

peu applicable, ne possède qu'une valeur pratique sensiblement nulle, malgré l'importance scientifique qu'elle pourrait avoir. La donnée téléologique en est absente, ou ne s'y retrouve qu'avec les fameux postulats de la Raison pratique.

La théorie du bien tel que le comprend Jouffroy m'a paru originale, importante, et mériter quelques développements : «Il y a dans tout jugement moral deux données : {° l’Idée du bien ou la forme ; 2° le cas particulier qu'il s’agit d'apprécier ou la matière » (1). ; |

« L'idée par laquelle je traduis l’idée du bien c'est celle de fin. Je dis qu'il est évident pour tout homme d’abord qu'il a une fin, ensuite que

cette fin est son bien, que cette fin est précisé-

ment ce qui est caché pour lui sous le mot de son véritable bien... Y'a-t-il ou hon une équalion absolue entre ces deux choses : la fin d’un être ou

son véritable bien ? N'est-ce pas une chose évi-

dente que tout être a une fin ? Quelle est cette fin ? C'est son bien, son véritable bien; c'est là en quoi consiste pour tout être intelligent etlibre son véritable bien, et par conséquent son devoir. Quiconque va de toute sa force à la fin pour laquelle il a été créé, fait ce qu'il doit faire (2).

» Chaque être a reçu une nature appropriée à sa

(1) Jouffroy, Op. cit., II, p. 311.

(2) Zhbid., p, 313, 314,

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destination, et c'est en vertu de cette nature qu'il va à sa destination.

» S'il est vrai que chaque être ait recu sa destination, ou sa fin de sa nature, il s'ensuit qu'on peut lire la fin de chaque être dans sa nature, dans son développement, dans sa vie » (1). « Deux moyens

de déterminer pour un être donné sa destination,

sa fin, son véritable bien, et, s’il est libre et intelligent, ce qu'il doit faire : 1e l'étude de sa nature; 2 l'étude de ses développements, de sa vie. Le premier moyen est plus sûr que le second » (2).

« L'accomplissement de notre fin ou de notre bien dont nous sommes chargés, puisque nous avons été faits libres et intelligents, et celui de la fin ou du bien des autres êtres, en tant que nous pouvons y concourir, voilà donc notre devoir, notre règle, notre fin légitime. Cela c'est la morale » (3). |

« Reste à savoir quelle est ma fin et cette fin déterminée à découvrir, dans chaque cas particulier, quelle conduite mène à cette fin, quelle autre m'en éloigne. Cette double détermination est la

matière de la morale. Je savais & priort que s'il y

avait des êtres, leur nature devait être appropriée à leur fin, et qu'ainsi leur fin pouvait être induite de leur nature, je savais également, avant toute

— En.

(1) Zbid., p. 315.

(2) bid., p. 316.

(3) Zbid., p. 335, 386. ENT Dupuy À É.

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