‹ Les fondements de la moraleChapitre 34 sur 62 · UN LAS · texte numérisé non relu

UN LAS

expérience, que les actions n'étaient bonnes qu'en

tant qu'elles étaient conformes à la fin de l'être, et que c'était par cette règle qu'il fallait les juger» (1). | LEË __« Nous débutons par les instincts, nous continuons par la raison empirique, et nous finissons

par la raison proprement dite; c'est-à-dire que

nous commençons par l'instinct, que nous continuons par l'égoïsme, et que nous finissons par la morale... L'instinct n'est autre chose que la loi de notre organisation, que la voix de notre nature qui, par cela qu'elle vit, aspire à ce pourquoi elle a été faite, et va à sa fin avant de la compren-

dre » (2). « La raison laisse subsister le but de.

l'instinct, elle ne le change pas, elle le laisse tel

qu'il est; ce qu'elle change c'est uniquement la.

manière de l’atteindre : elle substitue au mode naturel, un mode calculé. Telle est la détermination égoïste. La raison accorde quil faut satisfaire

ma nature, contenter mes instincts, mais elle nie

que le moyen naturel soit bon » (3). te

« Avant que la raison füt éveillée, notre nature nous poussait à sa véritable fin. Elle nous y poussait par les mille voix du désir. Nous allions donc

à notre fin avant que nous eussions l’idée que nous en avons une, Quand, au point de vue de l’égoïsme,

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(2) 1bid,, p. 340, (3) 1bid., p. 340,

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nous avons assigné à notre conduite la plus grande satisfaction de nos instincts, de nos désirs, ou, ce qui revient au même, de notre nature, nous allions encore à notre fin... Nous faisons par désir ce que nous sommes appelés à faire par intelligence, par devoir, par raison » (1). « De même que l'instinct n'est autre chose que la voix de notre nature, l’'égoïsme n'est que le résumé de l'instinct » (2).

« Jusqu à présent nous n'avons pas trouvé notre

véritable loi. Nous arrivons à l’état moral le jour

seulement où nous avons compris que nous avons une fin, et que cette fin n'est qu'un élément du bien; car dès lors nous sommes sous l'empire d’une proposition évidente qui remplit pour nous, par une équation vraie, l’idée de bien et l'idée d'obligation, de devoir » (3).

« De ce que nous avons une fin, nous induisons, en vertu de la similitude et de légalité qui existent entre la nature de nos semblables et la nôtre, que nos semblables ont aussi une fin et que ces deux fins sont égales... Etant intelligent et libre, il s'ensuit que j'ai la mission spéciale, sous ma responsabilité, d'accomplir ma fin » (4).

« La raison pour laquelle le but de l'instinct, le but de l’égoisme et le but moral coïncident n’a pas été donnée... Cela est venu de ce qu'on ne

(2) Zbid., p. 362.

ITS RE de ea (5) Zbid., p. 345,

s'est pas formé une idée précise et complètement vraie de ce que représente le mot bien. Du moment que l’on comprend que le bien d’un être c'est sa fin, on comprend parfaitement comment et pourquoi l'instinct dans cet être, doit, dès le principe, le pousser à sa fin; comment l’égoïsme, qui n’est que l'instinct raisonné, doit à plus forte raison y pousser; et comment, par conséquent, ily a et il doit y avoir coïncidence entre le bien instinctif, le bien égoïste et le bien moral » (1). |

« Divers moralistes, ont condamné et le but pas-

sionnel et le but égoïste, c'est-à-dire le but vers lequel nous poussent et nos instincts et l'égoïsme. Cependant le sens commun ne condamne pas du tout la poursuite du but personnel; il la condamne si peu qu'il condamne les hommes qui se conduisent imprudemment, en un mot les prodigues, les imprudents. 11 y a une foule de vices qui ont pour principe l’imprudence, c'est-à-dire l'absence d’égoisme, d’intérèt bien entendu. Cependant ces

moralistes, en vertu de leur système, sont obligés

de condamner toute recherche du bien personnel. Eh bien il ya une branche de la morale qui est la

recherche même de l'intérêt personnel; seulement

il ny a pas de moralité dans la conduite qui va à un but personnel, tant qu'elle n'y va qu'en vue de la personne.Il faut, pour qu'il y ait moralité, dans cette conduite, que le rapport du bien personnel et

(1) Zhid., p. 399.

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du bien absolu soit saisi, c'est-à-dire que la bonté intrinsèque du bien personnel, indépendamment de la personne, soit comprise » (1). « Le bien absolu n'est autre que la fin totale de la création toute entière » (2). «J'ai l'idée du bien absolu et j'en sais la forme; mais ce bien en quoi consiste-t-1l? Je l'ignore complètement... ». « Ainsi Je sais que l'univers a une fin; je sais que cette fin c'est la pensée de Dieu, je sais que cette fin étant le bien absolu est sacrée, mais | ignoreen quotelle consiste; j'en sais la forme, je n'en sais pas la matière » (3). | Jouffroy a fait un rapprochement intéressant entre sa propre doctrineet celle, un peu mélangée, ‘propre au stoïcisme, grande et noble école dont les solutions du problème moral n'ont pas été surpassées, dit-il, dans les temps modernes; à peine ont-elles été atteintes (4).

Bieu qu'ilsoit difficile, sur plusieurs points fondamentaux, d'établir l’uniformité des doctrines stoïciennes, un point qui n'est pas contesté, c'est que les Stoïciens professaient la doctrine qu'il fallait agir conformément à la nature. D'après Diogène de Laërte, par cette maxime: «agir conformement à la nature, les Stoïciens entendaient que chaque être devait aller à la fin, vers laquelle ou pour

(1) Zbid., LL, p. 401, (2) Ibid., p. 342, 347.

(3) bid., p. 342.

Hastre

laquelle notre nature est faite, et qui résulte de sa constitution. De’‘plus, les Stoïciens pensarent que chaque individu, en allant à la fin pour laquelle la nature l'a destiné, devait tenir compte de la fin même de l'Univers et de chacune des choses que l'Univers comprend. D'où il résulte que tout a une fin et que cette fin est le bien même » (1). Tou- Jours’ au dire de Diogène de Laërte, d’après Îles Stoïciens @ 1l y a un bien pour tous les êtres, car l'y a une fin pour tous les êtres » (2).

On voit que les théories morales de Jouffroy

sont bien voisines de celles du stoïcisme et lui-

même en fait la remarque. Mais le stoicisme avait

de trop vastes ambitions, pour l'individu, lorsqu'il exigeait, de lui, de tenir compte non seulement de sa fin propre, mais aussi de la fin de l'Univers et de tout ce qu'il contient. Jouffroy déclare également que, pour qu'il yait moralité dans la conduite, il faut que le rapport du bien personnel et du bien absolu soit saisi, ce bien absolu n'étant autre chose que la fin totale de la création tout entière. En parlant ainsi, Jouffroy tombe en plein dans l’intellectualisme et l’abstraction. Les mots ici remplacent les

choses.

(1) Zbid., p. 240, 241.

(2) Zbid., p. 241, 242.

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