‹ Les fondements de la moraleChapitre 36 sur 62 · PRE · texte numérisé non relu

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ou. d’hallucination,» (1). « L'instinct devient impuissant à fournir une règle de conduite » (2). Il n'y a plus qu'à conclure, comme le fait l’auteur luimême: « Nous arrivons toujours à cette conclusion, qu'une morale exclusivement scientifique, ne peut donner une solution définitive etcomplète du problème de l'obligation morale » (3).

Dans les temps modernes, parmi les Intellectualistes, le devoir (et par suite l'obligation) se retrouve chez les plus grands d’entr'eux, tels que Spinoza, Descartes, Leibniz, Malebranche, avec le caractère rationnel que lui avaient attribué les Stoïciens. Tel est le jugement qu'en porte M. Renouvier (4). À ceci on peut ajouter que chez Epictète et les derniers Stoïciens, il y avait une profondeur.et une intensité de vie morale qui ne se rencontrent pas chez les philosophes que je viens

de nommer. Kant, venu après eux, a donné aussi

au principe de la morale un caractère rationnel, et par là il se rapproche, lui aussi, du stoïcisme. L'autonomie de la volouté n'est au fond que l’autonomie de la raison, et la raison, avec un cachet panthéistique, il est vrai, chez les Stoïciens, étant la loi essentielle de tous les êtres intelligents, est le fondement même de la loi morale. Vivre confor-

(1) Zbid., p. 54.

(2) 1bid., p. 55.

(3) 1bid., p. 136.

(4) Renouvier, Critique religieuse, 1884, p. 8%.

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mément à la nature est devenu pour eux vivre conformément à la raison, et cela dès Chrysippe. La plus grande école morale de l'antiquité, malgré des contradictions évidentes et des exagérations fâcheuses, a posé la pierre angulaire sur laquelle s'est élevée toute l’œuvre éthique de la philosophie intellectualiste. |

Kant a voulu donner à la morale un caractère exclusivement scientifique, en lui assignant la raison pour fondement exclusif, d'où la métaphysique des mœurs. à à |

La partie rationnelle de la philosophie morale doit se déduire toute entière de la raison seule. Une règle de conduite qui s'applique sur l'expérience, la connaissance des hommes et des choses ne saurait avoir une valeur absolue; aussi, la morale établie sur l'expérience est ruinée d'avance ; on ôte à ses lois tout caractère obligatoire.

Les jugements que nous portons sur la valeur morale des actions, se fondent sur une certaine idée qui est celle d’une bonne volonté. Celle-ci a un prix absolu, c’est-à-dire qu'elle tire sa bonté d'elle-même, tout en étant soumise au gouverne-

ment de la raison. La nature, en nous donnant la

raison et, en la chargeant de diriger notre volonté, doit avoir une autre fin que notre conservation et notre bonheur. Elle a eu pour but de faire que l'homme puisse se donner à lui-même une bonne volonté, en la soumettant au gouvernement de la raison, et qu'elle acquière ainsi une valeur absolue.

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Et si cetle volonté n'est pas le bien tout entier, elle est tout au moins le bien suprème auquel doit être subordonné tout autre bien.

En fait, la volonté humaine n'est pas absolument bonne, et peut être déterminée à l’action par des objets sensibles.

L'idée du devoir implique celle d'une bonne volonté. En quoi consiste cette idée du devoir ?

Il y a certaines actions qui sont conformes au devoir mais auxquelles nous sommes portés par les penchants de notre nature (la conservation de notre vie, le soin de notre bonheur, la bienfaisance etc.). Alors notre conduite, bien qu'extérieurement

conforme au devoir, n’a aucun caractère moral. Au contraire, lorsque nous agissons par devoir, et non par inclination, notre acte devient moral, A cette

première proposition s’en rattache une autre, c'est qu'une action faite par devoir ne tire pas sa valeur morale du résultat qu'elle a en vue, mais du principe qui la détermine. Il faut regarder, non au résultat, mais au motif qui dirige la volonté. Une troisième proposition, déduite des deux précéden-

tes, contient la définition du devoir. Le devoir, qui

esten soi une contrainte(1l), est la nécessité d’obéir à la loi par respect pour la loi. Ce respect est un sentiment qui est la conscience qu'a notre volonté

d'être soumise à la loi morale, et il est l'effet

même de la loi morale sur le sujet.

(1) Principes métaphysiques de la morale, p. 48, édit, Tissot.

La loi détermine par elle-mème la volonté (point de concours des penchants, ni de considération des résultats), et ne la détermine qu'à titre même de loi, c'est-à-dire à titre de principe universel. D'où la formule : Agis toujours de telle sorte que tu puisses vouloir que ta maxime devienne une loi universelle.

Tel est le caractère de la loi qui est le fondement du devoir. C’est même d'après cette règle que juge lé sens commun en matière de moralité : c’est par là qu'il distingue ce qui est bien d’avec ce qui est mal.-Non qu'il conçoive la loi sous une forme générale et abstraite et qu'il puisse en rendre compte, maisill'applique, dans ses jugements, avec une grande exactitude.

Y a-t-il ou non des actes qui relèvent vraiment du devoir pur? La chose est incertaine, mais le devoir n’en est pas moins la règle, l'idéal à poursuivre, et celui-ci procède de la raison seule.

La Volonté est la faculté qu'ont les êtres de conformer leur conduite à la raison: elle n’est autre que la raison pratique.

Pour une volonté absolument bonne, il n'y aurait point de devoir, parce qu'alors la volonté serait nécessairement conforme à la loi. Cela étant, la volonté humaine, qui n’est point absolument bonne, est soumise au commandement de la raison qui lui dit : Tu dois agir de telle sorte. Les impératifs, en morale, expriment le rapport des lois de la raison à une volonté imparfaite. Telle est l’origine des idées de devoir et d'obligation.

Il y a deux ordres d'impératifs. Ceux-ci, en ordonnant une action, la prescrivent ou bien comme bonne en elle-même, absolument, ou bien comme bonne relativement à quelque autre chose. Dans le premier cas, ils sont apodictiques ou catégoriques, dans le second, ils sont kypothétiques. Ces derniers se subdivisent en deux espèces, selon qu'ils ont en vue un but possible ou un but réel. Dans la première condition, ils sont problématiques, dans la seconde, ils sont assertoriques.

Le titre de l'impératif catégorique est sa forme même de loi : il commande en tant qu'universel. La raison seule est le fondement de l'impératif catégorique. Or, l'idée de volonté emporte celle de but et de fin. La nature raisonnable a une valeur absolue, et elle existe comme une fin en soi, ne pouvant être subordonnée à aucune autre. D'où une nouvelle formule de l'impératif catégorique : Agis de telle sorle que tu traites toujours l'humanité, soit dans ta personne, soit dans celle d’autrui, comme une fin et jamais comme un simple moyen.

L'impératif catégorique a son principe dans l'autonomie de la volonté. L'Ëtre raisonnable y reconnaît une loi qui lui est propre en mêmetemps qu'elle est universelle. L’autonomie de la volonté est l'unique fondement de la loi morale. (La liberté et l'autonomie dela volonté sont une seule et même chose. Une volonté libre et une volonté soumise à

Ja loi morale sont choses identiques. La liberté ne Dupuy 10

signifie autre chose que l'indépendance de la volonté, par rapport aux lois de la nature).

(Les tres raisonnables forment un ensemble d'êtres liés par des lois qui sont propres à chacun et communes à tous, ou un règne. Or, puisque chacun de ces êtres est une fin en soi, le règne qu'ils constituent est le règne des fins).

Le fondement de toute obligation n’est autre que l'autonomie de la raison même.

Nous ne saurions expliquer comment nous pourrions prendre un intérêt à des lois telles que les lois morales. La nécessité pratique inconditionnelle que nous attribuons à l'impératif catégorique ou loi morale nous est incompréhensible : il y a Ià un mystère. Nous sommes aux limites de l'Intelligence humaine.

Telle est la partie de la doctrine de Kant qui concerne l'obligation, Y a-t-il [lui-même apporté certains correctifs? C’est ce qu'il faut bien admettre, comme l'a parfaitement établi M. Renouvier, par l'examen de divers passages de la /iaison pratique (4). Kant reconnait qu'il peut même être bon de joindre, à l'obligation, la perspective d’une vie heureuse {« Ce peut même être un devoir de sonser à son bonheur ») au mobile suprême et déjà suffisant par lui-même de Ia moralité, pourvu qu'on n'ait recours à ce genre de considération

(1) Critique de la raison pratique,p.227, 272; 279, 280,202, 263,

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