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analogues, mais qui au lieu d'accomplir passivement leur destinée, y collaborent d’une manière évidente, en obéissant volontairement à des lois spéciales et en subordonnant l'exercice de la passion au fonctionnement de Îla raison. Pareil fait sans précédent, quoi qu'on en ait dit, dans l’histoire du règne animal, nous donne, suivant M. de Quatrefages, la moralité comme caractéristique de l'humanité.
La morale est un fait, la moralité un idéal : être ‘et devoir être. La moralité a un but, une règle, une loi impérative, celle du devoir qui détermine en nous l'obligation. Celle-ci est sollicitée par le bien qui trouve, pour ce qui nous concerne, dans la fin de l’homme sa plus complète expression.
De ce que nous nous sentons libres, cela ne signifie nullement que nous soyons obligés. La liberté illusion, fait anormal de psychologie, n’a point l'obligation pour conséquence nécessaire. En réalité, il y a une loi morale à caractère obligatoire, d'où, aux yeux de la conscience, le pouvoir d'obéir, les responsabilités qui nous incombent, le remords possible si nous désobéissons à la loi. Voilà tout un ensemble de corrélations qui impliquent la liberté réelle, mais qui ne sont que des faits anormaux, flottant dans le vide, si la liberté n’est qu'une illusion. De même la dignité, la valeur morale de la personne sont impliquées dans le fait de la liberté morale. Il y a là aussi une corrélation rigoureuse, dont l'existence ne saurait
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se comprendre dans la donnée de l'illusion psychique. Encore une anomalie ne reposant sur rien,
De la morale individuelle je passe à la morale sociale. Qu'est-ce que le droit de la personne, si ce nest l'affirmation péremptoire de sa dignité, de sa valeur propre ? Simple phénomène ou agrégat de phénomènes, l'individu n’est qu'un fait comme un autre, il ne peut avoir aucune siguification particulière. Telle est la corrélation qui se présente à l'esprit dans le cas de la liberté illusion. Mais si la liberté est réelle, cette donnée entraîne comme corrélation nécessaire le droit social de l'individu. De même la justice ou égalité des droits, des libertés est une notion corrélative; de même en est-il de la responsabilité sociale. De même le droit de propriété, émanation de celui de la personne, sans lequel ce droit n'a d'autre origine que l'action toute puissante de la force particulière, ou collective, c'est-à-dire de l'Etat.
Or si toute notre économie individuelle et sociale (en y comprenant la politique et l’économie politique) à pour fondement le fait illusoire, dit-on, de la liberté, y aurait-il par hasard quelque indiscrétion à demander si jamais une 1llusion d'optique, par exemple, a pu servir de principe aux théories magistrales de la physique ? L’indiscrétion ne serait-elle pas plus grande encore, si je demandais aux adversaires de la liberté morale de vouloir bien établir, dans l'individu et dans la société, les
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corrélations nécessaires de la négation radicale de cette liberté ?
La liberté a son domaine le plus intéressant pour l’homme dans la morale. Mais elle ne peut exister seulement dans un champ d'application aussi exclusif, comme certains l'ont prétendu. Le choix du sujet peut s'exercer dans les conditions les plus variées, dont les unes intéressent la moralité et dont les autres lui sont étrangères.
Si le sujet a une existence distincte, comme l'entendait Malebranche, quand on en parle il s’agit de quelqu'un et non pas d'une abstraction, rapport ou loi, phénomène de phénomènes, ou simple résultante de faits en conflits, de ces faits qu'on appelle des forces. En réalité, notre esprit Juge, compare, raisonne, agit en un mot suivant la parfaite conscience que nous en avons. Quand il ya une décision à prendre, les idées, les passions viennent le solliciter, mais il n'en reçoit cependant aucune impulsion vraiment déterminante; il sent bien que c’est lui-même qui soumet les idées à son propre examen. Il ne les laisse point lutter ensemble sous son regard atone, permettant, sans aucune initiative de sa part à l’une d'elles, de remporter la victoire et de l’entraîner de son côté. N'est-cé point d’ailleurs chose bien étrange que ce conflit, que cette lutte entre les motifs ? Toute lutte par définition implique l'effort, et tout effort la volonté. Peut-on attribuer cette dernière concurremment à l'instinct, à l'appétit, à l'idée ?
Il n’y a ici qu'une image, une simple figure. Rien de précis, rien d’exact.
Ainsi, un phénomène mental, pas plus qu'un mouvement, dans l'espèce, ne prouve l'existence d’un sujet passif telle que l’agglomération phénoménale supposée. L’Idée sollicite simplement parce qu’elle n'est qu'une occasion, au lieu d’avoir une véritable efficacité causale.
Ce point de vue m amène à faire une citation d’un passage remarquable emprunté à un article de Claude Bernard : « Lorsqu'on injecte du sang oxygéné dans les tissus musculaires, nerveux, glandulaires, cérébraux dont les propriétés vitales sont éteintes ou considérablement amoindries, on voit, sous l'influence de ce liquide oxygéné, chaque tissu reprendre ses propriétés vitales spéciales. Le muscle reprend sa contractilité ; la motricité et la sensibilité reviennent dans les nerfs, et les facultés cérébrales reparaissent dans le cerveau. Tels sont les effets obtenus quand on injecte du sang oxygéné, par la carotide, dans la tête d'un chien décapité. Eh bien, ce qui se passe ne nous paraît extraordinaire que parce que nous confondons Îles causes avec les conditions des phénomènes » (1). Ici, en effet, on doit être naturellement porté, vu la constance dans la succession des phénomènes, vu l’invariable séquence, à dire que le fait primitif est la cause du fait consécutif, tandis qu'il n'en est en
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(1) Revue des Deux-Mondes, 15 déc, 1867, p. 883,
réalité que la condition ou l'occasion. La cause réelle est dans la spontanéité propre aux tissus doués de vie. Là où il y a rapport constant, là où il y a une loi, on a pris l'habitude de dire qu'il y a une cause, et qu'elle consiste précisément dans ce qui constitue la loi. Ce sont là des notions très différentes, psychologiquement parlant. |
Ce rôle d'occasion se rencontre très fréquemment chez l'homme, dans l’étiologie des conditions morbides et. on en a même des exemples dans le monde inorganique. Pour l'homme, je me contenterai de dire qu'un même fait, tel que le froid humide, est susceptible d'entrainèr les conséquences les plus variées suivant la nature propre des individus : ainsi des pneumonies, des pleurésies, des péritonites, des fièvres intermittentes, des rhumatismes. Il existe, en chacun de nous, des circonstances qui favorisent ou non des causalités plus réelles que celles que je viens d'indiquer, savoir le froid humide. De même en est:l dans le cas des poudres fulminantes. Une simple étincelle peut être l’occasion d’explosions formidables, et par elle-même elle n’a point donné lieu à une transformation de phénomènes moteurs calorifiques en mouvements extérieurs d’une énorme puissance. Elle a seulement provoqué une rupture d’équilibre dans une force de tension, en en fournissant l'occasion. |
Si maintenant nous nous transportons sur le terrain psychologique, et si nous comparons (malgré
la différence des choses) le sujet à une force de tension, l’idée, la passion, ne se présenteront plus qu’à titre d'occasion, provoquant une activité qui les domine de haut, et qui, loin de se dépenser tout d’un coup, suivant l'exemple cité, survit à chacun de ses actes. Sous ce rapport, distinction radicale du sujet et du monde inorganique.
D'après les considérations qui précèdent, la liberté consisterait dans le choix (xiosnus des Stoïciens) sous l'influence de sollicitations variées, d'ordre intellectuel ou passionnel. Si nous consultons notre conscience, il n'y a pas d’hésitation possible, quant à la réalité de notre choix. Tandis que si nous nous inspirons du phénoménisme, pareil fait est inadmissible. Il faut donc alors admettre que nous avons le sentiment illusoire d’un acte inexistant, manière de voir qui paraît manquer de raison suffisante. Toujours la même objection d’ailleurs, encore l'illusion. De plus, et lorsque nous choisissons, et lorsque nous agissons en conséquence, nous avons la parfaite conscience d’être un pouvoir personnel qui se dirige lui-même, après examen préalable. À ceci on répond encore que nous sommes le jouet d’une illusion nouvelle. Pareil argument ne gagne point, en poids et en valeur, à se répéter invariablement le même,
Un philosophe moraliste, H. Marion, trop tôt enlevé à la philosophie et à ses nombreux amis, a publié un ouvrage intéressant sur la Solidarité morale dans lequel il atténue, rien de plus, le
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rôle de la liberté. Voici comment il s'exprime : « La liberté morale est limitée, liée à des conditions. Elle est en chacun de nous, à chaque instant, solidaire de quelque chose qui n’est pas elle, qui ne dépend pas d’elle et dont elle dépend » (1). À ceci M. Renouvier a répondu : « La liberté n'est pas solidaire et ne dépend pas d’autre chose que d'elle-même » (2). L'influence du milieu est incontestable sur la moralité, mais c’est celle-ci qui me paraît en cause plus que la liberté morale, qui consiste essentiellement dans la faculté de choisir. Celle-ci demeure entière malgré les mauvais choix düs à la Solidarité morale. Je suis donc disposé à admettre le bien fondé de l'objection de M. Renouvier.
La question de solidarité comprend un autre point de vue. Nous naissons, dit-on, en tant que personne morale avec un caractère propre qui rend singulièrement difficile la conception de la personnalité. Pouvons-nous être responsables de notre propre nature ? L'activité volontaire n'apporterait-elle point avec elle une prédisposition innée ? N'y at-il point une solidarité nécessaire dans l'héritage physique, intellectuel et moral ?
Ici nous sommes en présence d'une objection spécieuse parce qu'elle viseune vérité incontestable dont il s’agit de déterminer les limites. Il est cer-
(1) H. Marion, Solidarité morale.
(2) Renouvier, Critique philosophique, 1880, II, p. 168.
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tain que chacun naît avec un caractère donné, avec des facultés sensibles et un état passionnel, dont l'hérédité fait les frais en partie, le reste relevant dela nature propre de l'espèce humaine. D'un autre côté, en regard, nous avons l'intelligence et la volonté. Or Stuart Mill lui-même, le grand déterministe, n'a-t-il point reconnu que nous pouvons et devons avoir par notre volonté une action directe et certaine sur notre caractère ? Celui-ci est non seulement susceptible d’être modifié par l'éducation, c'est-à-dire par une volonté étrangère qui fait appel à l'intelligence de l'enfant pour l’amener à conformer sa conduite à la loi morale, mais de plus, de pleine évidence, notre volonté propre peut exercer, après réflexion, cette même influence sur nous-même, Dans toute vie humaine ne s’abandonnant point de parti-pris à toutes les spontanéités affectives, il y a une action de ce genre plus ou moins accentuée qui se produit; aussi devons-nous conclure que, par l'effet de notre causalité intérieure, nous sommessusceptibles de nous améliorer nous-mêmes, en subordonnant de plus en plus l'inférieur au supérieur, la nature sensible à la loi de la raison. Et là giît précisément la liberté morale.
M. Littré, déterministe aussi décidé que Stuart Mill, n'a-t-:il pas conclu dans un sens analogue et tout en faveur de notre causalité personnelle lorsqu'il a dit que : « Au point de vue psychique, le libre arbitre consiste à augmenter le nombre des
motifs qui déterminent notre volonté, et à les Dupuy 1
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choisir parmi ceux qui ont le plus d'efficacité morale » ? Il y aurait donc en nous un pouvoir particulier, pouvant faire un choix entre les motifs, et présentant à la volonté ceux qui ont sur elle l'efficacité la plus grande. Mais si le moi que nous sommes, au lieu d’être déterminé par les motifs, propose à la volonté ceux qui jouissent sur elle de la plus grande efficacité morale, la volonté est bien déterminée moralement (non métaphysiquement), mais le pouvoir qui a choisi les motifs ne l'est point. Ou s'il l’est, dans la pensée de M. Littré, la distinction était inutile à faire et le passage n'a
plus de sens.
De nos jours, on a fait intervenir dans une large mesure en philosophie non seulement la physiologie mais aussi la médecine. Après avoir consacré un demi-siècle de mon existence à cette dernière, il me sera sans doute permis d'imiter, sous ce rapport, des philosophes dont l'entraînement médical a bien quelque chose d’artificiel, à très peu d'exceptions près, :
On me paraît avoir triomphé, un peu facilement, de la liberté morale, en s'appuyant sur certains faits d'automatisme, question qui offre le plus haut intérêt, soit au point de vue normal, soit au point de vue pathologique.
L'état normal nous offre un commencement d'automatisme dans la rèverie, lorsque lâchant la bride à nos pensées, et nous réduisant au rôle de
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spectateur, nous les voyons aller deci, delà, errant à l'aventure. Nous avons la conscience conservée de nous: même et nous sentons, en même temps, que nous n'exerçons aucune direction sur les idées présentes à notre esprit, Nous pouvons sans doute y porter quelque attention, mais nous pouvons aussi n'en porter aucune et le sommeil nous surprendre dans la confusion mentale qui s’en suit, lorsque nous sommes comme passés à l’état de miroir, d’une réflexion fort imparfaite.
Avant le sommeil et après le sommeil, il y a une période singulièrement favorable aux hallucinations, en dehors de tout état morbide. C’est la période que M. Maury, qui l’a bien étudiée sur lui-même, a qualifiée d'hypnagogique. L'automatisme est ici parfaitement caractérisé et ne fait aucun doute. De même que dans le cas précédent la personnalité s’atténue sans s’évanouir et le sujet est devenu comme le témoin d'un spectacle auquel il ne prend aucune part, et qui est dü à la manifestation de l'activité spontanée des centres d'organes sensoriels. Ces organes sont particulièrement la vue et l’ouie. Dans la même période hypnagogique peuvent aussi se produire des phénomènes du même ordre, c'est-à-dire des hallu- cinations, que pour distinguer des précédentes dites psycho-sensorielles, d’après la classification de mon ancien maître M. Baillarger, j'ai placées parmi les psychiques, et qui ont les mêmes caractères que les hallucinations observées dans
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le sommeil lui-même. J'ai, pour mon compte personnel, observé beaucoup de cas de ce genre, dont j'ai rapporté quelques-uns dans un ouvrage spécial({). On voit sans hallucination des sens, on entend sans hallucination des sens, et ces faits se produisent avec la conscience parfaite, absente du rêve, que nous leur sommes absolument étrangers, du moins comme principe directeur. Ces phénomènes se développent tout d’un coup et sans relation aucune, dans le très grand nombre des cas, avec les idées aui nous occupent l'instant d'avant. Parfois, avant leur apparition, état complet ou peu s’en faut d’inaction mentale, ne nous laissant plus, pour ainsi parler, qu'une vague conscience de notre être.
Dans le sommeil lui-même, les hallucinations, comme je viens de le dire, ont aussi le méme caractère psychique, mais, dans cette forme d’automatisme, nous arrivons à une illusion véritable, qui ne s'était point produite dans les cas que je viens de signaler. Cette illusion consiste à nous attribuer la paternité réelle des actes qui nous semblent les nôtres dans le sommeil, au point même d’éprouver à leur égard un véritable sentiment de responsabilité. Il y a donc en psychologie des faits d'illusion réelle, ce qui veut dire d’abord que tout n’y est point illusion, et ensuite qu'il s’agit de mettre ces
(1) De l’Automatisme psychologique, 1894,
faits à leur véritable place, en faisant la différence des choses.
Dans tous les faits d'ordre normal qui précèdent, Je n'en vois aucun portant une atteinte quelconque à la liberté. Caractère éminent de la personnalité humaine, quand celle-ci s’atténue, semble prête à s’évanouir, il ne peut en aller différemment de la liberté qui s'estompe, s’efface et n’est plus appréciable.
J'arrive maintenant à un phénomène qui semble occuper une place intermédiaire entre l’état pathologique et l’état normal, je veux parler de la suggestion, qui a été, on le sait, diversement interprêtée. Tandis que mon ancien camarade et ami Charcot y voyait toujours un fait pathologique, l'école de Nancy ne veut y reconnaître qu'un état accidentellement développé, chez des sujets parfaitement normaux. Il est probable qu'il y a une certaine exagération des deux parts, que l’état pathologique favorise certainement la suggestion, mais que celle ci peut également se produire chez des sujets en parfaite santé.
Quel est maintenant l'effet général de la suggestion ? Quelles que soient les conditions de milieu nécessaires pour la produire, elle a pour résultat certain d'exalter le fond d’automatisme qui est en chacun de nous, et, par cela même, de frapper d'obnubilation le pouvoir directeur qui est en nous etqui est nous. Les procédés magnétiques ou autres, produisant la suggestion, portent une atteinte sé-
rieuse et pouvant être durable à notre personnalité véritable. Même après le retour à l’état de veille, l’action peut subsister sans être consciente. De là des actes auxquels se livrent les patients de ces expériences, parce qu ils cèdent à un véritable entraînement. Quelquelois, cependant, l'automatisme est le moins fort, le sujet résiste à la contrainte qu'il éprouve et se soustrait à l'exécution des ordres qu'il a reçus. Dans tout cela Je ne puis voir que de l’automatisme, susceptible d'amener sans doute de véritables illusions. Nous pouvons nous imaginer que les actes qui nous ont été imposés nous appartiennent, car nous n'éprouvons alors aucune contrainte, mais dans le sommeil aussi, où l’automatisme bat son plein, nous nous attribuons des actes auxquels nous sommes certainement étrangers.
Malade ou non, le sujet suggestionné nest certainement pas dans un état normal, la personnalité est atteinte et l'illusion se comprend.
Je vais me placer maintenant sur le terrain d’un ordre pathologique avéré, celui de laliénation mentale, qui exerce également des influences automatiques. Le cas dont je vais parler d’abord est celui de folie incomplète. Alors il peut arriver au début que le malade soit le maître de sa pensée, qu'il se rende un compte exact de ses conceptions délirantesetdecertaines impulsions, s'ilen éprouve. Un pareil homme n’est pas encore un aliéné, mais il est un candidat à l’aliénation. IL peut combattre, lutter pendant des années, contre des sollicitations
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de plus en plus impérieuses, et finalement céder à la contrainte qui l'obsède. Combien de meurtres et de suicides qui n’ont pas d'autre origine que cet automatisme pathologique! Dans [es faits de ce genre, il n'y a que sollicitation à l'origine, puis contrainte finale. De plus, je le rappelle, distinction très nette établie, par le sujet, entre lui-même et les pensées qui l'assaillent. Eh bien, iln°y a pas plus d’illusion dans la première période que dans la seconde, celle où le malade succombe. La conscience a rendu un compte exact des faits : sollicitation qui n'est pas une contrainte, puis contrainte inéluctable.
Lorsque, au contraire, la folie est constituée d'emblée, ou sans passer par une période préalable plus ou moins longue, alors l’automatisme agit en toute liberté. Et ici lesentimentde la contrainte n'existe plus. La conscience ne nous rend donc pas un témoignage fidèle, il faut en convenir. Mais on nest pas complètement aliéné impunément, et on ne peut voir, dans ce fait, qu'une conséquence du désordre qui domine notre être intellectuel et moral. Dans une mesure plus où moins faible, ce désordre laisse à la conscience l'autorité qui lui appartient. Mais si la mesure est comble, nous ne pouvons plus, c’est un fait d'observation, ajouter foi au témoignage intérieur. Nous sommes donc conduits à admettre une différence incontestable, suivant que nous sommes en présence de l’état sain etde l’état pathologique, ou de quelque chose
qui s'en rapproche. Quand notre esprit fonctionne normalement, ou qu'il conserve une part importante de normalité, nous devons accepter l'absence de contrainte, lorsque tel est le dire de la conscience. Nous devons l’accepter aussi lorsqu'elle éprouve ce sentiment par le fait de la folie qui nous maîtrise enfin, qui prend possession de nous, et dans certains cas de suggestion. De même que nous comprenons, par opposition, l'absence dudit sentiment lorsque l’automatisme nous domine absolument, soit par le fait de l’aliénation, soit par celui de la suggestion.
Après avoir traité la question primordiale du sujet, je vais passer à celles de l'intelligence et de la volonté. |
L'intelligence,
La théorie de l’occasionnalisme, dans les conditions sus-indiquées, me paraîtavoir quelque importance pour qui cherche à échapper au déterminisme psychologique. Voilà bien des siècles que celui-ci pèse sur la philosophie, et cela pour des raisons qui n'ont point d’analogie entre elles. Socrate l’attribuait à l'empire souverain de la raison. Platon accepta cette parole du maître qui fut combattue par Aristote, lequel se déclara en faveur de la liberté. Descartes, dont la définition de la volonté est confuse (avoir de l’aversion, assurer, nier, douter, facons différentes de vouloir), prétend à son tour que «lavolontéde l’'hommeest telle qu’elle
ne se peut naturellement porter que vers ce qui est bon » (1). Plus récemment, avec Hume, le phénoménisme fait une éclatante apparition, et la raison du déterminisme n'est plus la même. Le phénomène psychologique antécédant est la cause du conséquent, et dans la chaîne ininterrompue des choses, il n’y a place nulle part pour la liberté. D'ailleurs, la liberté de quoi ? d’un sujet? C’est vieux jeu. D'un ou de plusieurs de ces phénomènes qui dérivent nécessairement les uns des autres ? D'une loi rapport des faits ou d’une catégorie qui les embrasse ? Qu'on le veuille ou non, qu'on le sache ou qu'on lignore, le phénoménisme est le tombeau de la liberté.
Dans la donnée socratique, le déterminisme psychologique se discute ; dans la donnée du phé-
noménisme, il s'impose.
De tout ce qui précède, il résulte que la première des conditions pour la liberté c'est d’être rattachée à l'existence d’un sujet. Mais il yena une autre qui n'est pas moins indispensable, à savoir l’intelligence dépassant la simple intuition, par conséquent réflexive, douée de jugement et de raisonnement. Telle est la pensée qui guidait Henri Marion lorsqu'il disait : « Si l'acte libre est l’acte délibéré, motivé, résolu en connaissance de cause, évidemment je ne suis libre en chaque cas donné, qu'autant que je suis en état de réfléchir,
(1) Descartes, Objections.